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Ce que la Calédonie est venue dire à Bercy

2 septembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
Ce que la Calédonie est venue dire à Bercy

Résumé IA

La délégation calédonienne menée par Milakulo Tukumuli présente ses comptes à Paris, du Sénat à Bercy, pour obtenir le soutien financier de l'État dans le budget 2027. Le taux d’endettement frôle 500 %, et une soixantaine de millions manquent pour boucler 2026. Les élus plaident pour un contrat pluriannuel de redressement, tandis que Virginie Ruffenach rappelle que les Calédoniens font leur part.

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La Nouvelle-Calédonie ne tend pas la main, elle présente ses comptes. Et Paris, cette fois, ne peut plus détourner le regard.

Du Sénat à Bercy, une journée pour convaincre

Ce mardi 1er septembre, la mission transpartisane venue de Nouvelle-Calédonie a ouvert son marathon parisien. La feuille de route est connue : obtenir le soutien financier de l'État et sécuriser les crédits destinés à l'archipel dans le budget 2027.

Première étape au Palais du Luxembourg. Lors d'un déjeuner de travail, la délégation conduite par Milakulo Tukumuli, président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, a été reçue par Gérard Larcher, président du Sénat, le rapporteur général du budget et les présidents de groupe. À l'issue de l'entrevue, le chef de l'exécutif calédonien a fait état d'une écoute attentive et d'un soutien total et unanime de la Haute Assemblée à la démarche calédonienne. Un appui qui compte, puisque c'est le Parlement qui votera le budget.

Mais le président du gouvernement ne s'y trompe pas. Les rendez-vous décisifs sont ailleurs. En fin de journée, la délégation était attendue rue de Bercy par David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics. Ce mercredi 2 septembre, elle sera reçue par le Premier ministre. Ce sont ces deux rencontres qu'il qualifie de cruciales.

De ces échanges dépend, aux yeux des représentants calédoniens, l'avenir même du pays. Un territoire qui tente encore de se relever de sept années de crises successives, de la pandémie de covid-19 aux émeutes de 2024.

Le cadre politique, lui, ne prête plus à discussion. Milakulo Tukumuli a rappelé que des élections se sont tenues le 28 juin, conformément aux décisions du Parlement et du Premier ministre. Les élus calédoniens disposent donc d'une légitimité pleinement renouvelée. La situation économique, en revanche, n'a pas bougé.

Soixante millions d'euros et un endettement proche de 500 %

Le diagnostic présenté par la délégation ne laisse guère de place au doute. L'État a bien répondu présent après 2024, en forces de l'ordre comme en moyens financiers. Mais cette aide a pris la forme de prêts, et ce sont précisément ces prêts qui placent aujourd'hui le territoire dans une situation intenable. Le taux d'endettement de la Nouvelle-Calédonie frôle les 500 %. Le secours d'hier est devenu le fardeau d'aujourd'hui.

La demande immédiate est précise. Au titre du prêt garanti par l'État, il manque une soixantaine de millions d'euros pour boucler l'année 2026 et entamer 2027. Derrière ce montant, un enjeu très concret : le régime des retraites de 42 000 pensionnaires calédoniens.

Si la délégation se présente à Paris à ce moment précis, ce n'est pas un hasard. Nul ne sait dans quelles conditions le projet de loi de finances sera adopté, ni même s'il le sera. D'où l'exigence portée par les élus : que l'aide à la Nouvelle-Calédonie figure dès la copie initiale du gouvernement, dans son montant comme dans sa forme.

Au-delà de l'urgence, les Calédoniens proposent une méthode. Milakulo Tukumuli plaide pour un contrat pluriannuel de redressement ou de responsabilité, conclu entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et celui de la République. D'un côté, l'engagement du territoire à poursuivre les réformes, alors même que des mesures douloureuses ont déjà été prises. De l'autre, l'engagement de l'État à accompagner le pays par des subventions dégressives, afin de retrouver une trajectoire de confiance et de prospérité.

Des subventions dégressives, donc. Pas un chèque en blanc. Une sortie de crise organisée, où chaque partie tient ses engagements.

"Les Calédoniens font leur part", le message de Virginie Ruffenach

La présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Virginie Ruffenach, a livré sur sa page Facebook le compte rendu de cette première journée, sous un titre sans ambiguïté : "À Paris, pour porter la voix de la Nouvelle-Calédonie". Son message tient en une phrase :

La Nouvelle-Calédonie prend ses responsabilités, mais elle ne pourra pas se relever seule.

Elle a rappelé aux interlocuteurs parisiens l'ampleur du choc de 2024 : 2,5 milliards d'euros de destructions, des centaines d'entreprises touchées, des milliers d'emplois fragilisés ou perdus, et plus d'un quart des recettes fiscales du territoire disparues.

Face à ce désastre, les Calédoniens n'ont pas attendu Paris. Virginie Ruffenach a égrené les réformes engagées, "difficiles et parfois douloureuses" : réduction des dépenses publiques et des dotations aux collectivités, baisse de 8 % des pensions de retraite du secteur public, gel des dépenses hospitalières pendant trois ans, instauration de taxes minières, augmentation de 30 % du tarif de l'électricité.

Les Calédoniens font leur part. Nous demandons désormais que la solidarité nationale fasse la sienne.

La présidente du Congrès a aussi posé une question que Paris préférerait sans doute éviter : celle des responsabilités dans le déclenchement des émeutes. Au commencement des troubles, six escadrons de gendarmes mobiles seulement étaient présents sur le territoire. Et dans son arrêt de juillet 2026, la Cour administrative d'appel de Paris a été sans équivoque :

En s'abstenant d'envoyer en Nouvelle-Calédonie en temps utile des forces de sécurité supplémentaires en dépit de la multiplicité des signaux forts et convergents, l'État a commis une faute.

Chacun doit donc prendre sa part de responsabilité, en conclut Virginie Ruffenach.

Ses priorités rejoignent celles du chef du gouvernement : inscription du soutien dès le projet initial du budget 2027, et construction avec l'État d'un "véritable contrat pluriannuel de responsabilité, de désendettement et de reconstruction". Elle y ajoute l'urgence de relancer l'économie et de trouver des solutions durables pour la filière nickel, dont dépendent directement des milliers de familles calédoniennes.

De cette première journée, elle retient "une écoute attentive et un soutien qui dépassent les sensibilités politiques". Le Sénat, dit-elle, mesure les efforts accomplis et l'urgence de la situation. Le ministre également.

Reste à transformer l'écoute en engagements chiffrés.

Nous ne demandons pas à l'État de faire à notre place. Nous faisons notre part. Nous lui demandons simplement d'être pleinement à nos côtés pour reconstruire, redresser notre économie et redonner un avenir aux Calédoniens. (Virginie Ruffenach)

Le rendez-vous de ce mercredi avec le Premier ministre dira si Paris a entendu.

(Crédit photo : page Facebook "Virginie Ruffenach")