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Au delà du récif

L'école siffle la fin de la récré

2 septembre 2026 à 10:00
7 min de lecture
L'école siffle la fin de la récré

Résumé IA

Onze millions six cent mille élèves reprennent le chemin des classes ce mardi. L'interdiction du téléphone portable entre en vigueur dans les lycées, prolongeant une mesure existant au collège. Le SNPDEN, principal syndicat des personnels de direction, exprime des réserves, sa secrétaire générale adjointe, Christelle Kauffmann, recommandant de prendre le temps nécessaire.

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Onze millions six cent mille élèves ont repris le chemin des classes ce mardi. Et une question domine toutes les autres. L'école française va-t-elle enfin cesser de s'excuser d'exiger quelque chose de ses élèves ?

Le portable dehors, les parents menaçants aussi

C'est la mesure la plus commentée de cette rentrée, et sans doute la plus attendue par les professeurs : l'interdiction du téléphone portable entre officiellement en vigueur dans les lycées. Annoncée à la toute fin de l'été, elle prolonge ce qui existait déjà au collège.

Elle ne s'appliquera pas partout dès les premiers jours. Chaque établissement doit d'abord fixer son cadre et l'inscrire dans son règlement intérieur. Certains se contenteront d'interdire l'usage de l'appareil dans leurs murs. D'autres iront plus loin, avec casiers ou pochettes verrouillables, sur le modèle de ce qui se pratique déjà dans un collège strasbourgeois.

Prévisible, la réserve syndicale n'a pas tardé.

Le SNPDEN, principal syndicat des personnels de direction, redoute une désorganisation. Sa secrétaire générale adjointe, Christelle Kauffmann, estime qu'on ne saurait interdire les portables « du jour au lendemain » et recommande aux établissements de prendre le temps nécessaire plutôt que d'agir dans la précipitation.

L'argument s'entend. Il ne convainc pas.

Voilà des années que le sujet est documenté, débattu, expérimenté au collège. La concentration des élèves, le climat de classe, la santé mentale des adolescents : les constats sont sur la table depuis longtemps. Réclamer encore du temps pour « penser le cadre » d'une règle aussi simple qu'un téléphone rangé pendant les cours, c'est confondre la prudence avec l'inertie. Les chefs d'établissement savent parfaitement organiser un examen, une évacuation, un conseil de discipline. Ils sauront organiser cela.

L'autre décision de fermeté est passée plus discrètement, et elle mérite mieux. Un décret publié en juillet permet désormais de contraindre un élève à changer d'établissement lorsque l'un de ses parents compromet gravement le fonctionnement normal de l'école, du primaire au lycée. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, l'a justifié sans détour : il refuse qu'un professeur ait à ouvrir la grille, le lundi matin, à un parent qui l'a menacé le vendredi soir.

L'élève concerné bénéficiera d'un suivi scolaire renforcé. La mesure ne vise pas l'enfant. Elle vise l'adulte qui transforme l'entrée d'un établissement en zone de risque pour ceux qui y travaillent. C'est le minimum que la République doit à ses enseignants.

Le niveau, enfin remis au centre

Le ministre a fait de la langue française sa priorité affichée. Sa première cible : le vocabulaire. Autrement dit, le socle sur lequel repose tout le reste, la lecture comme le raisonnement.

De nouveaux programmes entrent en vigueur dans plusieurs matières et à plusieurs niveaux. Les élèves devront maîtriser 2 500 mots à la fin de la maternelle. Édouard Geffray demande aux enseignants de se recentrer sur ce qu'il appelle leur cœur de métier : instruire.

Le mot est important. Il tranche avec deux décennies de discours où l'école devait tout être lieu d'épanouissement, de socialisation, d'animation sauf, précisément, un lieu où l'on apprend.

Les chiffres justifient cette bascule. 756 collèges où plus de 40 % des élèves obtiennent moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques aux écrits du brevet vont bénéficier d'un accompagnement renforcé des équipes académiques, avec la promesse que toutes les demandes de formation y soient satisfaites. Quatre élèves sur dix sous la barre des 8 : le constat se passe de commentaire.

Dans la foulée, l'orthographe sera davantage prise en compte dans la notation du brevet et du baccalauréat. Un barème précis du niveau de langue attendu par discipline doit être rendu public dès le début septembre, afin que chacun se prépare sur une base commune. Le ministre a pris soin de désamorcer le procès en sévérité : il ne s'agit pas de faire réussir moins d'élèves, mais de cesser de leur mentir sur ce que l'enseignement supérieur attendra d'eux.

Il fallait le dire. Un diplôme distribué sans exigence n'est pas une promotion sociale, c'est une promesse qu'on ne tiendra pas.

Deux autres nouveautés complètent le tableau.

La première ressuscite une idée simple : récompenser l'excellence. Un Concours général des collèges verra le jour en 2026-2027, calqué sur le Concours général des lycées, institution française qui a fait ses preuves depuis 1747. Chaque établissement pourra y inscrire jusqu'à 10 % de ses élèves, dans cinq disciplines, mathématiques, français, histoire-géographie, arts plastiques et informatique avec une inscription paritaire entre filles et garçons. Les inscriptions ouvrent dès l'automne, et un palmarès national comme départemental est envisagé. L'objectif assumé est de créer une émulation et de valoriser différentes formes d'excellence.

La seconde est plus terre à terre, et sans doute plus utile qu'on ne le croit. Le passeport d'éducation économique, budgétaire et financière, dit EDUCFI, sera généralisé à toutes les classes de quatrième. Lancé en 2019 dans certains établissements, il aborde la gestion d'un budget, les moyens de paiement et les mécanismes de l'économie. Il sera dispensé par des enseignants, par souci de neutralité. Savoir ce qu'est un découvert, un taux ou un crédit avant d'y être confronté : cela s'appelle protéger les jeunes, sans les infantiliser.

Questionnaires, commémoration, examens : le reste du programme

Une consultation de grande ampleur est lancée. Des questions portant sur les violences sexistes et sexuelles sont ajoutées au questionnaire annuel consacré au harcèlement scolaire. Dix millions d'élèves, de la grande section à la terminale, seront interrogés sur ce qu'ils ont pu subir. Le questionnaire sera anonyme, avec la possibilité de laisser son nom pour rencontrer un adulte de confiance. Son contenu doit être élaboré avec les personnels, les associations de parents et un comité d'experts incluant des pédopsychiatres.

Édouard Geffray s'attend à des résultats « sismiques » et rappelle que l'Éducation nationale est le premier signaleur des violences sur mineurs, avec 88 000 informations préoccupantes émises l'an dernier pour violences sexuelles ou défaillances parentales.

Le chiffre est brut, et il oblige. Reste une exigence de méthode : un questionnaire n'est utile que si chaque signalement débouche sur une réponse concrète, judiciaire quand il le faut. Recueillir la parole sans traiter les cas ne protège personne. C'est sur ce point, et non sur l'ampleur de la consultation, que l'action ministérielle sera jugée.

Autre annonce, plus symbolique : les écoliers se retrouveront chaque année autour du 11 novembre, à partir du CM1, lors d'une commémoration organisée le premier jour ouvrable avant ou après le jour férié. Le ministre y voit un objectif d'unité, l'école étant selon lui le lieu où se construit l'unité de la nation.

Faire connaître aux enfants le sacrifice de ceux qui les ont précédés n'est pas un supplément d'âme. C'est la condition pour qu'ils sachent un jour de quoi ils héritent.

Enfin, une mesure d'organisation qui doit beaucoup aux épreuves caniculaires de mai et juin derniers : 99,9 % des épreuves écrites et orales du brevet et du baccalauréat se dérouleront le matin en 2027. Seules échapperont à la règle les épreuves du baccalauréat professionnel qui s'étendent sur une journée entière.

Interdiction des portables, sanction de l'orthographe, protection des professeurs, retour du concours et de la commémoration : la cohérence de cette rentrée est frappante. Elle repose sur une idée que l'on avait fini par ne plus oser formuler.

L'école n'est pas là pour s'adapter indéfiniment à ce que les élèves sont. Elle est là pour les élever vers ce qu'ils peuvent devenir.

Reste le plus difficile. Les annonces d'août ne valent que par leur application en juin. Le décret sur les parents menaçants devra être réellement mobilisé par les recteurs. Le barème d'orthographe devra survivre à la première polémique sur la baisse des taux de réussite. Et l'interdiction du portable ne tiendra que si l'administration soutient les proviseurs qui l'appliquent.

C'est là, et nulle part ailleurs, que se jugera cette rentrée.

(Crédit photo : Adrien Nowak / Hans Lucas)