LFI : comment l'extrême gauche veut voler la présidentielle

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BATAILLE. À huit mois de la présidentielle, le Rassemblement national est plus que jamais favori. Insoumis et écologistes anticipent le scénario d'une victoire du RN et annoncent déjà leurs intentions : contester le choix des Français.
Jacques Serais 01/09/2026

Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko à la Marche contre le racisme, le 4 avril dernier. © LIONEL URMAN/ABACA
Dimanche 2 mai 2027, 20 heures. Le visage de Marine Le Pen s’affiche sur les écrans de télévision. La candidate du Rassemblement national est élue, au deuxième tour, au suffrage universel, neuvième présidente de la Ve République. Ce scénario n’est, en cette rentrée 2026, qu’une fiction. Mais sa probabilité, appuyée par les multiples enquêtes d’opinion, pousse la gauche radicale à anticiper le jour d’après. Et le lendemain d’une telle élection, il ne serait pas question pour les insoumis et les écologistes de reconnaître le verdict des urnes.
J’ai peut-être déjà perdu, mais je veux être le héros de la révolte contre Marine Le Pen
Dans le récit déjà écrit par Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants, Marine Tondelier et ses militants, cette élection ne signerait absolument pas la fin d’un processus démocratique, mais ouvrirait, au contraire, le procès du scrutin. À huit mois de ce rendez-vous capital pour la France, nombreux sont ceux qui préparent déjà les esprits. Le 22 août dernier, interrogée sur LCI, Marine Tondelier appelait ainsi à des actions de « désobéissance » en cas de victoire du RN. « Un tel comportement ne serait-il pas antirépublicain ? » avait alors suggéré, à juste titre, Darius Rochebin. Réponse de la secrétaire nationale des écologistes : « Vous pensez qu’ils sont républicains ? En fait, on va basculer dans un autre monde, c’est ça que vous ne comprenez pas ! »
Un avertissement répété trois jours plus tard par Mathilde Panot sur le plateau de BFM : « Nous résisterons de toutes les manières qu’il faut, évidemment. » La présidente du groupe LFI à l’Assemblée affirmait déjà, le 19 février dernier, à Rennes, que son parti n’accepterait « jamais […] que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes ». Le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, lui aussi prévient qu’une « insurrection populaire » se produirait si le RN l’emportait. Des prédictions aux allures de menaces qui font écho à cette phrase de Jean-Luc Mélenchon rapportée dans le livre-enquête La Meute (Flammarion, 2025) : « J’ai peut-être déjà perdu, mais je veux être le héros de la révolte contre Marine Le Pen. »
« Constituer un peuple révolutionnaire »
Du haut de leur piédestal, tous se persuadent de sauver la démocratie. Pour eux, le RN n’est pas un adversaire politique, mais un ennemi extérieur à la République. Le RN étant à leurs yeux illégitime par nature, refuser sa victoire ne serait pas attaquer la démocratie, mais la sauver. Cette gauche délivrerait le pays de son erreur. Ce renversement repose sur une conception particulière du peuple. Dans la pensée mélenchoniste, celui-ci ne se confond pas avec le seul corps électoral : il est un sujet politique à construire. Jean-Luc Mélenchon l’écrivait lui-même en 2018 : « Notre but est de constituer un peuple révolutionnaire. »
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Ce peuple-là doit être fédéré, puis « conscientisé ». S’il choisit la gauche, il s’émancipe. S’il vote RN, son choix serait le produit de la peur et de la haine. Dans cette grammaire, le suffrage universel n’est souverain qu’à condition de produire le bon résultat. La désobéissance est alors légitimée. Chez les écologistes, elle est une méthode d’action ancienne. En mai 2004, les Verts appelaient à désobéir après la levée d’un moratoire européen sur un maïs OGM. « Nous l’avons déjà fait, nous recommencerons », annonçait Noël Mamère. Avec José Bové, il participa au fauchage d’une parcelle à Menville et fut condamné à trois mois de prison avec sursis.
En conscience et en responsabilité, nous n’obéirons pas
La cible était alors un champ. En 2027, il s’agirait d’empêcher la potentielle volonté des électeurs. Le seul tort de Marine Le Pen serait d’avoir gagné. La « désobéissance » serait alors un acte de « résistance ». Puisque ce mot revient à l’aube de cette campagne, il faut relire le premier communiqué insoumis du 7 octobre 2023 qui parlait d’une « offensive armée » sans employer le mot « terrorisme ». Cette fascination pour la « résistance » éclaire aussi l’ambiguïté de LFI avec le Hamas.
La tentation de la désobéissance gagne jusqu’aux profondeurs de l’État. Un réseau confidentiel baptisé les « Phrygiens », en référence au bonnet révolutionnaire, affirme réunir environ 80 hauts fonctionnaires proches de LFI, dans tous les ministères. Ils rédigent des notes, des études et des propositions destinées à rendre applicable le programme de Jean-Luc Mélenchon. Un fonctionnaire a bien sûr le droit d’avoir des convictions et de militer hors de son service. Rien ne permet d’accuser les Phrygiens de préparer une obstruction. Mais leur implantation revendiquée pose une question désormais : en cas de victoire du RN, serviraient-ils loyalement le pouvoir élu ou certains seraient-ils tentés de ralentir la machine ?
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Lorsque les chefs légitiment la désobéissance, jusqu’où leurs relais dans l’État estimeraient-ils devoir « résister » ? Après la dissolution, en 2024, une pétition de cadres de l’Éducation nationale recueillait déjà 3 300 signatures autour de cette promesse : « En conscience et en responsabilité, nous n’obéirons pas. » La tentation factieuse commence lorsqu’un camp se croit plus légitime que le vote parce qu’il se croit moralement supérieur à ceux qui votent.
« Remettre en cause la paix civile »
Samedi, à la foire de Châlons-en-Champagne, Jordan Bardella a donc réagi et accusé la gauche de vouloir « remettre en cause la paix civile ». Pour le président du RN, ces déclarations constituent un « aveu de faiblesse » d’une gauche qui « déteste la démocratie » et signifieraient qu’elle a « déjà perdu cette élection ». Il se dit toutefois préoccupé par « les intentions réelles de Jean-Luc Mélenchon ».
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Après l’insurrection ouvrière de 1953 en Allemagne de l’Est, Bertolt Brecht tournait en dérision un pouvoir mécontent de son peuple : « Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » Chez les insoumis et les écologistes, la formule semble devenir un programme : le peuple demeure souverain, mais seulement lorsqu’il vote bien.

