Aller au contenu
0%
Au delà du récif

Le RN pose ses conditions

15 septembre 2026 à 05:02
5 min de lecture
Le RN pose ses conditions

Résumé IA

Le gouvernement explore des pistes d'économies budgétaires, dont la mise à contribution des retraités via un gel des pensions ou la suppression d'un abattement fiscal. Le Rassemblement national, en position d'arbitre, conditionne son soutien à l'absence de hausse d'impôts. Le Premier ministre doit présenter son budget le 30 septembre, alors que des mesures sur les donations familiales sont aussi envisagées.

Aa

Il ne dit pas encore combien. Mais il dit déjà qui va payer.
À Matignon, la copie budgétaire se construit à voix basse, entre calculs de Bercy et peur de la censure.

Un déficit sans chiffre, une croissance sans souffle

Officiellement, le gouvernement n'a pas encore fixé de cible de déficit pour 2027. Voilà pour la méthode.

Dans les faits, une borne existe déjà. Le ministre des Comptes publics David Amiel a posé un principe minimal : le déficit ne pourra pas être « pire que celui de 2025 », soit 5,1 %. Une ambition formulée à l'envers, par la négative, comme si l'exécutif avait renoncé à promettre autre chose que de ne pas faire pire qu'hier.

Le ministre de l'Économie Roland Lescure a embrayé. « Je rejoins cette ambition » d'un déficit inférieur à 5,1 %, a-t-il souligné. Deux ministres, une même prudence.

Reste que l'équation se complique sérieusement. Les chiffres de la croissance sont mauvais. Le gouvernement prévoit 0,5 % cette année et s'est fixé vendredi un objectif de 1 % pour l'an prochain, qualifié d'« acte 1 du budget » par Roland Lescure.

Un acte 1 qui ressemble surtout à un pari. Car sans croissance, il n'y a pas de recettes supplémentaires. Et sans recettes supplémentaires, il ne reste que deux leviers : la dépense qu'on freine, ou l'impôt qu'on lève. L'histoire récente de nos finances publiques dit assez clairement lequel des deux l'emporte d'habitude.

Six milliards à trouver dans la poche des retraités

C'est ici que le discours se fait feutré. Conscient des risques de censure, Matignon ne dévoile pour le moment que des pistes de réflexion.

L'une d'elles revient avec insistance : mettre les retraités à contribution. Selon les calculs de Bercy, l'opération pourrait rapporter 6 milliards d'euros d'économies.

Deux solutions sont sur la table. Geler les pensions. Ou supprimer l'abattement de 10 % d'impôts dont bénéficient les retraités, qui représente à peu près le même montant. Le ministre des Comptes publics n'exclut pas un panachage des deux.

La seconde option ne toucherait que les retraités assujettis à l'impôt sur le revenu, soit environ la moitié d'entre eux. Précision utile, qui ne règle rien sur le fond.

Car le fond, c'est celui-ci : on demande un effort supplémentaire à une génération qui a cotisé toute sa vie, dont le pouvoir d'achat a déjà été rogné par l'inflation, et à laquelle on explique désormais qu'elle doit participer au redressement d'un État qu'elle n'a pas déséquilibré.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a tenté de désamorcer : « les retraités ne porteront pas l'effort central de ce budget », a-t-elle assuré. Une formule qui rassure moins qu'elle n'inquiète. Pas l'effort central. Donc un effort quand même.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a chargé trois ministres de consulter les groupes politiques du Parlement sur le sujet. Autrement dit : de tester la résistance avant de frapper.

Le RN en position d'arbitre, l'État en position de confort

Les formations politiques avancent sur des œufs. Cette catégorie de la population pèse lourd dans le corps électoral, et les années précédentes, plusieurs groupes parlementaires avaient fait du pouvoir d'achat des retraités une ligne rouge, notamment à droite et à l'extrême droite.

Le gouvernement scrutera donc avec attention la position du Rassemblement national, qui, à l'inverse de la gauche, a semblé entrouvrir une porte. « Un budget imparfait opérationnel avant les élections est préférable cette fois à une loi spéciale », a déclaré Marine Le Pen devant les parlementaires de son parti.

Ouverture, oui. Chèque en blanc, non. Les conditions posées restent volontairement floues : « Nous n'accepterons aucune hausse d'impôt et aucune injustice sociale contre la France du travail », a-t-elle lancé à l'adresse du Premier ministre, qui doit dévoiler sa copie le 30 septembre.

D'autres pistes circulent. David Amiel a proposé à Matignon « des réformes de certaines niches fiscales qui bénéficient uniquement aux plus fortunés », sans davantage de précision. On attendra les détails.

Plus concret : des mesures temporaires pour favoriser les donations familiales, afin de « faire circuler l'argent au moment où il est le plus utile ». La principale disposition relèverait de 31 865 à 50 000 euros le plafond exonéré de taxation au titre d'un don familial de sommes d'argent. Laisser les familles transmettre plutôt que prélever : sur ce point au moins, la logique est saine.

Et les dépenses ? Un coup de frein est annoncé. En 2027, l'effort devra porter en particulier sur les dépenses de l'État, qui continueront d'augmenter, mais moins que l'inflation, comme le prévoyait le projet publié à la mi-juillet.

Notons la formulation. Elles augmentent encore. Simplement un peu moins vite. C'est cela, aujourd'hui, une économie budgétaire française.

Certaines missions sont sanctuarisées, et il faut le reconnaître : la Défense (+6,4 milliards d'euros), la Justice (+400 millions), l'Intérieur (+600 millions). Les fonctions régaliennes d'abord. À cela s'ajoutent l'Éducation (+800 millions), la Recherche (+500 millions), l'Écologie (+1,1 milliard), ainsi que les politiques du logement social et de l'apprentissage.

En baisse, selon le même document de juillet : la mission « travail », l'aide publique au développement, et les missions « agriculture » et « santé ».

Voilà le paysage. Un État qui protège son cœur régalien, coupe dans l'aide extérieure, et se tourne vers les retraités pour boucler le reste.

Le 30 septembre dira si cette équation tient devant le Parlement. Ou si elle finit, comme tant d'autres, en motion de censure.

(Crédit photo : LUDOVIC MARIN/AFP)