Aller au contenu
0%
Société

Polémique autour de la “tache noire”

8 août 2025 à 14:00
4 min de lecture
Polémique autour de la “tache noire”
Aa
À quelques jours de la Foire de Bourail, l’un des produits phares de l’agriculture calédonienne se retrouve au cœur d’une polémique inattendue : l’ananas Queen Tahiti. En cause, une alerte lancée par l’UFC-Que Choisir sur la présence d’un champignon, la “tache noire", qui rendrait le fruit rapidement immangeable. Les producteurs dénoncent une alarme médiatique disproportionnée, tandis que les consommateurs, eux, s’interrogent sur la qualité des produits qui arriveront sur les étals.

Une alerte qui tombe au mauvais moment

En pleine saison fraîche et pluvieuse, l’UFC-Que Choisir a publié sur les réseaux sociaux un avertissement sur la prolifération d’un champignon affectant les ananas. Selon l’association, ce parasite dégrade la chair du fruit et en altère la consommation. Un signal qui, pour le monde agricole, ressemble à une tempête dans un verre d’eau. Les producteurs calédoniens, regrettent la méthode : Témoignage de Marc T., producteur d’ananas
Cette année, la tache noire s’est un peu plus invitée que d’habitude sur mes champs. Sur mes 3 hectares, j’ai eu environ 20 à 25 % de fruits touchés depuis juin. Ce n’est pas catastrophique, mais c’est quand même significatif quand on vit de cette production. Je comprends qu’on veuille rassurer les consommateurs et éviter d’alimenter une polémique, mais je pense qu’il faut aussi reconnaître que le problème existe et qu’il mérite d’être suivi de près. On aurait tout intérêt à travailler ensemble, producteurs et techniciens, pour améliorer les méthodes de conservation et limiter les pertes. C’est un défi récurrent, surtout avec les conditions météo qu’on connaît, et il vaut mieux l’anticiper.

Un phénomène connu, mais amplifié par la météo

La tache noire n’est pas nouvelle. Présente dans de nombreux pays producteurs, elle touche particulièrement la variété Queen Tahiti cultivée en Nouvelle-Calédonie. Son développement est favorisé par trois facteurs :
  • Saison des pluies
  • Températures fraîches
  • Présence d’un acarien qui pond dans la fleur au premier trimestre de l’année.
À la récolte, plusieurs mois plus tard, le fruit peut alors présenter ces tâches sombres bien connues des producteurs. Les pertes sont plus marquées en cette période hivernale, mais restent maîtrisées selon eux.

La bataille de la conservation

Les experts rappellent que la clé reste le temps de conservation. Un ananas se garde environ 5 à 6 jours à température ambiante, mais seulement 2 jours au réfrigérateur. Au-delà, le risque de dégradation augmente rapidement, surtout si le fruit a déjà été entamé. Face à la polémique, producteurs et distributeurs ont tenu une réunion en urgence. Objectif : améliorer la chaîne de conservation après récolte, de la ferme aux points de vente, pour garantir aux clients un fruit intact.

Témoignage de Sophie, agricultrice

Franchement, je pense qu’on dramatise un peu trop cette histoire de tache noire. Sur mes parcelles, je vois bien quelques fruits touchés en période humide, mais c’est marginal, moins de 5 % cette saison. Les consommateurs doivent savoir que l’ananas reste parfaitement sain à la consommation, il suffit juste de respecter les délais de conservation. L’UFC-Que Choisir aurait pu nous consulter avant de publier son alerte. Ce genre de communication peut inquiéter inutilement et pénaliser toute une filière qui travaille dur pour maintenir la qualité. Pour ma part, je suis confiante : avec un suivi régulier et un bon stockage, nos ananas restent parmi les meilleurs du Pacifique.

À la veille de la Foire de Bourail, la polémique autour des ananas révèle autant un enjeu sanitaire qu’un défi d’image pour les producteurs calédoniens. Si la tache noire ne présente pas de risque pour la santé, elle met en lumière la fragilité de l’équilibre entre vigilance des associations et réalité agricole. Reste à savoir si cette controverse freinera les ventes… ou incitera au contraire les consommateurs à venir vérifier par eux-mêmes la qualité des fruits proposés sur les stands.