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Mémoire

De Gaulle somme les États-Unis de partir

1 septembre 2026 à 12:00
5 min de lecture
De Gaulle somme les États-Unis de partir

Résumé IA

Le 1er septembre 1966 à Phnom Penh, le général de Gaulle, président de la République française, s'adresse à cent mille personnes et somme les États-Unis de rapatrier leurs forces du Vietnam dans un délai convenable, affirmant que ce conflit n'aura pas de solution militaire.

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Il y a soixante ans, la France osait parler haut face à la première puissance du monde.
Sans détour, sans complexe, devant cent mille personnes rassemblées dans un stade d'Asie du Sud-Est.

Cent mille personnes, une voix française

Le 1er septembre 1966, le Complexe sportif national de Phnom-Penh est plein. Cent mille personnes.

Le général de Gaulle, président de la République française, est en voyage officiel au Cambodge. Il aurait pu s'en tenir aux amabilités diplomatiques d'usage, saluer son hôte, évoquer l'amitié entre les peuples et repartir.

Il choisit autre chose.

Devant cette foule, le chef de l'État français sermonne publiquement les Américains. Il les adjure de quitter le Vietnam sans trop attendre. La scène a de quoi surprendre encore aujourd'hui : un allié de l'Occident, membre fondateur de l'Alliance atlantique, qui dit tout haut, à des milliers de kilomètres de Paris, ce que beaucoup de chancelleries murmurent en privé.

Ce n'était pas une provocation gratuite. C'était une position française, assumée, argumentée, prononcée à visage découvert.

Et c'est peut-être là ce qui manque le plus cruellement à notre époque : une parole d'État qui ne demande la permission de personne.

« La guerre n'aura pas de solution militaire »

Le fond du propos gaullien tient en une conviction : les combats qui ravagent l'Indochine ne débouchent sur rien.

Le Général le dit sans détour.

La France considère que les combats qui ravagent l'Indochine n'apportent, par eux-mêmes et eux non plus, aucune issue, déclare-t-il ce jour-là.

Puis vient la formule centrale. Pour longue et dure que doive être l'épreuve, la France tient pour certain que la guerre du Vietnam n'aura pas de solution militaire. Sauf catastrophe universelle, dit-il en substance, seul un accord politique pourrait rétablir la paix.

Voilà pour le diagnostic. Reste l'ordonnance.

De Gaulle appelle Washington à rapatrier au préalable ses forces dans un délai convenable et déterminé. Pas un départ précipité, pas une débandade : un retrait organisé, annoncé, tenu.

Et il ne se paie pas de mots. Il reconnaît lui-même que cette issue :

n'est pas du tout mûre aujourd'hui, à supposer qu'elle le devienne jamais.

C'est toute la différence entre un homme d'État et un idéologue. Le premier dit ce qu'il croit juste tout en mesurant les chances que cela advienne. Le second promet des lendemains qui chantent.

De Gaulle ajoute pourtant que la France estime nécessaire d'affirmer qu'à ses yeux il n'existe pas d'autre voie, sauf à condamner le monde à des malheurs toujours grandissants.

Affirmer. Le verbe compte. La France n'a pas les moyens d'imposer quoi que ce soit aux États-Unis en 1966, et le Général le sait mieux que quiconque. Mais elle a encore les moyens de dire. De poser sa position sur la table du monde et d'assumer le regard qui va avec.

L'Histoire tranchera plus tard. Les accords de Paris seront signés en 1973, les dernières forces américaines s'en iront, Saïgon tombera en 1975.

Une leçon tirée de notre propre histoire, pas une leçon de morale

Il y a dans ce discours un élément que l'on oublie trop souvent, et qui en dit long sur la manière dont la France concevait alors son rôle.

De Gaulle fait un parallèle explicite avec le désengagement français en Algérie et en Indochine, quelques années plus tôt à peine.

Autrement dit : il ne parle pas depuis un piédestal. Il parle depuis l'expérience. La France a mené ces guerres, la France en est sortie, la France sait ce que cela coûte et ce que cela ne résout pas.

C'est une posture radicalement différente de celle qui domine aujourd'hui le discours international, où l'on confond volontiers mémoire et repentance, lucidité et flagellation.

Le Général, lui, ne s'excuse pas. Il ne se lamente pas non plus. Il constate, il tire les conséquences, et il en fait une doctrine. Une nation qui a traversé l'épreuve a le droit et peut-être le devoir d'avertir les autres.

De ce constat découle le troisième pilier du discours : l'affirmation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Le principe n'a rien d'abstrait. Il signifie qu'aucune puissance étrangère, si bien intentionnée se croie-t-elle, ne peut décider durablement du destin d'une nation à sa place. Ni par les armes, ni par les intérêts, ni par la doctrine.

Ce principe a une conséquence directe pour la France elle-même. Une nation qui affirme ce droit pour les autres se l'affirme d'abord à elle-même.

C'est là que réside l'actualité brûlante de Phnom Penh.

Ce discours n'était pas antiaméricain. Il était français. Nuance essentielle, et souvent perdue.

De Gaulle ne détestait pas les États-Unis. Il refusait simplement que la France s'aligne par principe, qu'elle se taise par confort, qu'elle troque son jugement propre contre une place au chaud dans le camp des puissants.

La souveraineté n'est pas un slogan. C'est la capacité concrète de dire non quand on pense qu'il faut le dire, y compris à ses alliés, y compris quand cela dérange.

Cent mille personnes ont entendu cette voix ce jour-là. Elle portait très loin au-delà du stade.

Soixante ans plus tard, la question qu'elle pose reste entière. La France a-t-elle encore quelque chose à dire au monde, ou s'est-elle résignée à commenter ce que d'autres décident ?

Phnom Penh, 1er septembre 1966. Une date qu'il n'est pas inutile de relire.