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Mémoire

Hindenburg écrase Samsonov en 1914

30 août 2026 à 12:00
6 min de lecture
Hindenburg écrase Samsonov en 1914

Résumé IA

La bataille de Tannenberg, en août 1914, voit l’anéantissement de deux armées russes par les Allemands, qui exploitent leurs transmissions non chiffrées. Cette victoire, obtenue grâce au génie de Hindenburg et Ludendorff, a des conséquences immenses : elle redore le prestige allemand et contribue à l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés des puissances centrales.

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Quatre-vingt-douze mille prisonniers. Cinq cents canons. Un général russe qui se donne la mort dans une forêt de Prusse-Orientale.
Août 1914 : pendant que l'armée du tsar s'effondre à l'Est, la France gagne les quelques jours qui vont lui sauver la vie.

Un allié appelé à la rescousse

La stratégie française tenait en une phrase : ne jamais laisser l'Allemagne concentrer toutes ses forces au même endroit. Depuis l'alliance franco-russe, Paris savait que sa survie se jouerait autant sur la Vistule que sur la Meuse. Dès les premiers jours d'août 1914, la France presse donc son allié d'attaquer sans délai, pour contraindre l'Allemagne à combattre sur deux fronts.

Saint-Pétersbourg s'exécute. Deux armées russes pénètrent en Prusse-Orientale dès la mi-août, cette province allemande aujourd'hui partagée entre la Pologne et la Russie.

Le premier choc semble leur donner raison. Le 20 août, la VIIIe Armée allemande est bousculée à Gumbinnen. La nouvelle traverse l'Europe en quelques heures. À Paris comme à Londres, on célèbre les vertus du fameux « rouleau compresseur russe », cette masse humaine que l'on croit capable d'écraser Berlin par son seul poids.

Berlin y croit aussi, et c'est bien là le problème allemand. Helmuth von Moltke, chef d'état-major général, s'affole. Il retire deux corps d'armée du front occidental pour les expédier vers l'Est.

Décision capitale. Une bénédiction, en réalité, pour des Français bousculés de toutes parts, qui saisissent ce répit pour se ressaisir et préparer la contre-offensive qui sauvera le pays de l'invasion. La France de 1914 ne s'est pas contentée d'appeler à l'aide : elle a demandé, obtenu, puis exploité. C'est une différence de nature avec ceux qui attendent d'être secourus.

Quatre jours pour effacer une armée

Face au désastre annoncé, l'Allemagne va chercher un vieil homme. Le général Paul von Hindenburg, 67 ans, quitte sa retraite en catastrophe pour prendre la tête de la VIIIe Armée. Il s'adjoint le général Erich Ludendorff, 49 ans. Un tandem improvisé, sans plan préétabli, avec pour seule ressource le terrain et l'information.

L'information, précisément, va tout décider.

Les Russes transmettent leurs ordres par radio, en clair. Les Allemands interceptent ces messages et comprennent aussitôt ce qu'aucune reconnaissance ne leur avait révélé : les deux armées ennemies sont bien plus éloignées l'une de l'autre qu'ils ne le pensaient. L'étau qui devait se refermer sur eux n'existe pas encore.

Hindenburg et Ludendorff décident alors de frapper séparément. Leur cible : l'armée du général Samsonov, isolée au sud de Tannenberg. Le calcul comporte une part de risque, mais il repose sur un fait connu de tous les états-majors : la haine personnelle qui oppose Samsonov à l'autre chef russe, Rennenkampf. Les Allemands parient que ce dernier hésitera à secourir son rival.

Pari gagné.

Les 150 000 hommes de Samsonov sont bousculés à Tannenberg et leur retraite est coupée. L'armée russe perd environ la moitié de ses effectifs. Les Allemands capturent 92 000 hommes et 500 canons : il ne faudra pas moins de 60 trains pour ramener ces pièces vers l'ouest. 30 000 Russes sont tués ou blessés. En face, les pertes allemandes restent inférieures à 20 000 hommes.

Anéanti, Samsonov se suicide le 29 août. La semaine suivante, sur les bords des lacs Mazures, Rennenkampf est défait à son tour.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Ce n'est pas le nombre qui a manqué aux Russes, ni le courage du soldat. C'est le commandement, la coordination et la plus élémentaire discipline des transmissions. Une armée qui parle en clair devant son adversaire ne perd pas par malchance.

Ce que Tannenberg a coûté, ce qu'il a offert

La contre-offensive allemande en Prusse-Orientale porte ses fruits : elle donne à Berlin le temps de se renforcer sur le front oriental et de prendre ensuite définitivement l'ascendant sur les forces russes. Mais au détriment du front occidental.

Car les deux corps d'armée arrachés à l'Ouest par Moltke ne servent à rien à Tannenberg. Ils manquent, en revanche, terriblement en France. Au même moment, le général Joffre remporte la contre-offensive de la Marne et le front se stabilise pour quatre longues années.

Voilà l'ironie de l'été 1914 : la plus éclatante victoire allemande de la guerre a été payée par l'échec du plan qui devait la gagner.

Hindenburg, vainqueur de Tannenberg et des lacs Mazures, devient feld-maréchal. Son prestige populaire devient immense, et dépasse largement sa valeur militaire réelle. Honnêteté oblige : on pourrait en dire autant de son homologue français, le général Joffre, vainqueur de la Marne. Les peuples en guerre ont besoin de statues, quitte à les tailler un peu grand.

Pour les Allemands, cette victoire revêt une charge symbolique supplémentaire. Elle constitue une revanche sur une autre bataille livrée au même endroit en 1410, qui s'était soldée par la défaite des Chevaliers Teutoniques face à une coalition de Polonais et de Lituaniens. Cinq siècles d'attente effacés en quatre jours.

Reste que la Russie ne se débande pas. Battue, humiliée, saignée, son armée continuera de faire pression sur la frontière orientale de l'Allemagne jusqu'à la fin de 1917. Le sacrifice de Samsonov n'aura pas été vain pour ses alliés occidentaux.

L'onde de choc dépasse d'ailleurs vite la Prusse-Orientale. Le 1er novembre 1914, la Turquie entre en guerre aux côtés des empires centraux. Une victoire austro-allemande lui permettrait d'éloigner la menace russe sur les détroits et de secouer la tutelle financière franco-britannique. Dans l'immédiat, la fermeture des détroits isole la Russie, paralyse son approvisionnement et fait peser une menace directe sur le canal de Suez.

L'armée ottomane, encadrée par des officiers allemands, déchante rapidement. Dès l'hiver, l'Empire subit une défaite contre la Russie dans le Caucase. Il perd ensuite du terrain en Mésopotamie et en Égypte devant l'avancée britannique, puis en Arabie, en Syrie et en Palestine, face à l'insurrection menée par le Chérif de La Mecque et soutenue par Londres.

Tannenberg n'aura donc rien réglé pour personne. Sinon rappeler une règle que les alliances les mieux rédigées n'annulent jamais : un traité ne vaut que ce que vaut l'exécution. La France de 1914 a été sauvée en septembre parce que ses généraux ont contre-attaqué sur la Marne, pas parce qu'un allié avait promis de le faire à leur place.

(Crédit photo : peinture de Hugo Vogel)