Mort d'Édouard Balladur à 97 ans

Résumé IA
Découvrez les informations essentielles : la disparition d'Édouard Balladur, les hommages unanimes et le décès de la classe politique. Un événement qui marque la fin d'une certaine idée de la politique. Un décès qui signe la fin d'une certaine idée de la vie politique. Une page qui se tourne pour la droite française. Merci de me lire.
Il aura traversé un demi-siècle de vie publique sans jamais hausser le ton, convaincu qu'un État se dirige avec de la méthode plutôt qu'avec des cris.
La France perd l'un des derniers grands commis devenus chefs de gouvernement, et la droite l'un de ses souvenirs les plus douloureux.
Un serviteur de l'État avant d'être un homme politique
Édouard Balladur est mort lundi à Paris, à l'âge de 97 ans. L'annonce est venue de sa famille, transmise à l'AFP, avec cette précision qui lui ressemble : une messe sera célébrée dans la stricte intimité familiale. Pas de mise en scène. Pas de communiqué fleuve. Rien qui dépasse.
Il faut relire ce qu'il écrivait de son propre parcours pour comprendre l'homme. «Le destin m'a quatre fois mis dans des positions difficiles» : mai 68, où il n'était pas directement responsable de l'action ; les années 1973-1974, où sa fonction à l'Élysée et le mandat reçu de Georges Pompidou lui firent exercer des responsabilités plus importantes qu'à l'ordinaire, ce qu'on lui a reproché ; la période 1986-1988, où, chargé de tout le secteur économique et financier dans le gouvernement de Jacques Chirac, il eut la tâche d'assurer le redressement du pays avec une très grande liberté d'action ; enfin 1993-1995, quand il fallut, Premier ministre de cohabitation, faire en sorte que celle-ci se passe bien tout en reprenant, cinq ans plus tard, l'œuvre de redressement et de réforme.
Quatre fois le destin. Jamais l'excuse.
Sa carrière commence loin des tribunes. À 35 ans, il entre au cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle. En 1968, il participe aux accords de Grenelle, aux côtés d'un jeune homme pressé nommé Jacques Chirac. Il suit ensuite son mentor à l'Élysée, secrétaire général adjoint puis secrétaire général de la présidence de la République.
Vient le retrait, puis le retour. Dans les années 80, c'est Chirac, devenu président du RPR, qui va le chercher pour le ramener à la politique.
En 1988, François Mitterrand est réélu et la droite perd les législatives. Elle prendra sa revanche cinq ans plus tard, en 1993, avec une victoire qui contraint le président socialiste à une nouvelle cohabitation. Chirac, chef de la droite, n'a alors aucune envie de retourner à Matignon. Il laisse la place.
Balladur s'y installe. Et il y devient populaire.
1995, la fracture qui a coûté trente ans à la droite
C'est là que tout se joue. Fort du soutien d'une large majorité de l'opinion et de l'appui du clan Pasqua, dont un jeune ministre du Budget nommé Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur se déclare candidat à la présidentielle en janvier 1995.
Longtemps, les sondages le donnent largement en tête du premier tour. Puis l'avance s'effrite, semaine après semaine. Jacques Chirac remonte, prend le premier tour, et l'emporte au second face au socialiste Lionel Jospin.
L'échec est définitif. Il sonne le glas des ambitions nationales de Balladur.
Restait le mot, celui de Chirac lui-même : «l'ami de trente ans». Une formule devenue le nom d'une blessure. Car cette bataille fratricide entre deux hommes qui avaient tout partagé Pompidou, Grenelle, le RPR, la reconquête allait diviser durablement la droite française. Ceux qui aujourd'hui s'étonnent des divisions de cette famille politique feraient bien de remonter à ce printemps-là.
Retiré de la vie publique, il fut ensuite mis en cause pour des soupçons de financement occulte de sa campagne, via des rétrocommissions sur des contrats d'armement avec le Pakistan. La justice a tranché : il est relaxé par la Cour de justice de la République en 2021. Son ancien ministre de la Défense François Léotard, depuis décédé, sera pour sa part condamné à deux ans de prison avec sursis.
Une relaxe, dans ce pays, ne fait jamais autant de bruit qu'une mise en cause. Elle mérite pourtant d'être rappelée.
Les hommages, lundi, ont dit quelque chose de ce qu'il incarnait. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué sur X «un homme d'État, à l'esprit réformateur», qui restera une référence pour beaucoup dans sa famille politique. Le patron de LR Bruno Retailleau, lui, a trouvé la phrase juste : Balladur cherchait «à convaincre et jamais à séduire», et appartenait à ces responsables qui se font une haute opinion des électeurs parce qu'ils se font une noble idée de la France.
Tout est là. La séduction contre la conviction. On mesure le chemin parcouru depuis.
Une onde de choc jusqu'en Nouvelle-Calédonie
Sur le Caillou, le nom de Balladur ne renvoie pas seulement à Matignon.
En 1995, la présidentielle déchire le RPR et le RPCR avec lui. Les principaux ténors du parti calédonien avaient choisi le Premier ministre Balladur. D'autres, dont Didier Leroux ou Sonia Lagarde, avaient fait le pari inverse en soutenant Jacques Chirac.
Le vainqueur eut la mémoire longue. Chirac élu aura la dent dure contre Jacques Lafleur, coupable d'avoir choisi le mauvais camp, et favorisera son ami Gaston Flosse. Trente ans plus tard, la scène en dit encore beaucoup sur ce que coûte, outre-mer comme ailleurs, un mauvais placement dans une querelle métropolitaine.
L'hommage local est venu de la présidence du Congrès. Sur sa page Facebook, Virginie Ruffenach a rendu hommage à «une grande figure de la vie politique française», saluant un homme d'État attaché à ses convictions, à l'autorité de l'État et au service de la Nation, qui aura consacré une grande partie de sa vie au pays et marqué durablement son histoire politique. «La France perd aujourd'hui une personnalité majeure de la Ve République et une figure emblématique de la droite française», écrit la présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, adressant ses pensées respectueuses à la famille et aux proches, et concluant : «Reposez en paix, Monsieur le Premier ministre.»
Il y a, dans ces mots, plus qu'une politesse funèbre.
Balladur appartenait à une génération pour laquelle l'État n'était pas un décor mais une charge. On l'a moqué pour sa distance, son vocabulaire, son goût des formes. C'était pourtant cela, le sérieux : ne pas confondre le pouvoir avec le spectacle du pouvoir.
Il aura perdu une élection. Il n'aura jamais perdu cette idée-là.
(Crédit photo : Bernard WIS/PARISMATCH/SCOOP / REDACTION)

