Deux secondes de trop, une trajectoire mal maîtrisée, et un avion de ligne finit sa course hors de la piste.
Au Népal, l’aviation civile rappelle brutalement ses fragilités, loin des discours rassurants et des communiqués aseptisés.
Une sortie de piste spectaculaire lors de l’atterrissage
Vendredi soir, vers 21h10, un ATR-72 de la compagnie Buddha Air a violemment quitté la piste lors de son atterrissage à l’aéroport de Bhadrapur, dans le district de Jhapa, à l’est du Népal.
L’appareil assurait la liaison intérieure Katmandou–Bhadrapur, un axe fréquent du transport aérien népalais.
Selon les informations confirmées par la police du district, l’avion, identifié comme le vol 901, a dépassé l’extrémité est de la piste d’environ 300 mètres, avant de s’immobiliser dans un terrain herbeux et boueux.
À bord se trouvaient 51 passagers, quatre membres d’équipage ainsi qu’un mécanicien de bord.
Fait essentiel à rappeler dans un contexte où l’émotion prend souvent le pas sur les faits : aucune victime mortelle n’est à déplorer.
Tous les passagers ont pu être évacués, preuve que les procédures d’urgence ont été appliquées rapidement et efficacement.
Des blessés identifiés et une mobilisation immédiate des secours
Sept personnes ont toutefois été blessées lors de l’incident, dont le copilote Sushant Shrestha, âgé de 24 ans, originaire de Lalitpur-4.
Souffrant de blessures à la tête et au visage, il a été pris en charge à l’hôpital Omsai Pathibhara de Bhadrapur, où son état a été jugé stable.
Les autres blessés sont des passagers ayant subi des traumatismes légers.
Ils ont été identifiés par les autorités locales, soignés, puis autorisés à quitter l’hôpital après examens médicaux.
Le commissaire de police Rajan Limbu a précisé qu’une équipe de secours d’environ 70 personnes a été déployée immédiatement après l’accident.
Pompiers, policiers, personnels médicaux et agents aéroportuaires ont coordonné l’évacuation et la sécurisation de la zone.
L’avion avait décollé de Katmandou à 20h23, soit moins d’une heure avant l’incident, ce qui confirme que le problème est survenu exclusivement lors de la phase d’atterrissage, l’une des plus critiques en aviation.
Un ancien ATR d’Air Calédonie et une compagnie sous surveillance
L’appareil impliqué n’est pas anodin.
Il s’agit d’un ATR 72-500, aujourd’hui immatriculé 9N-AMF, auparavant exploité par Air Calédonie sous l’immatriculation F-OIPS.
Vendu à Buddha Air après sa carrière en Nouvelle-Calédonie, cet avion illustre la circulation internationale d’appareils régionaux vieillissants, souvent transférés vers des compagnies opérant dans des environnements plus contraints.
L’ATR-72 concerné a subi d’importants dommages matériels, rendant l’appareil temporairement inutilisable.
Les autorités népalaises ont immédiatement ouvert une enquête officielle afin de déterminer les causes exactes de la sortie de piste : conditions météorologiques, état de la piste, paramètres d’atterrissage ou facteur humain.
Un élément de contexte ne peut être ignoré : Buddha Air figure sur la liste noire européenne, ce qui signifie que la compagnie n’est pas autorisée à opérer dans l’espace aérien de l’Union européenne.
Cette classification repose sur des critères stricts de sécurité aérienne, établis par les autorités européennes.
Sans céder à la spéculation ni à l’idéologie victimaire, cet incident rappelle une réalité brute : la sécurité aérienne repose sur des standards élevés, une maintenance rigoureuse et des infrastructures adaptées, sans concessions ni arrangements.
Cet accident, sans victime mortelle mais aux conséquences matérielles lourdes, pose une nouvelle fois la question de la tolérance internationale face aux compagnies sous-classées, et du niveau d’exigence réel imposé à l’aviation civile hors des standards occidentaux.
Un rappel salutaire : en matière de sécurité aérienne, le réel finit toujours par rattraper les discours.

















