Deux présidents, deux visions, une collectivité en crise. À la Province des Îles, la guerre des chefs a éclaté alors que la population fait face à des défis économiques, sanitaires et logistiques majeurs.
Une institution paralysée par la rivalité politique
Depuis plusieurs semaines, la Province des Îles est plongée dans une incertitude sans précédent, conséquence directe de la condamnation de Jacques Lalié en 2024 pour favoritisme.
Alors président, il avait été déclaré inéligible pour deux ans, ce qui avait conduit à l’élection de Mathias Waneux à sa place. Mais Jacques Lalié a contesté cette décision devant le Conseil d’État, qui a rappelé que tant qu’un recours n’est pas définitivement tranché, l’élu contesté reste en fonction.
La conséquence immédiate est que la province se retrouve avec deux prétendants à la présidence, chacun revendiquant légitimité et soutien politique. Cette guerre des chefs a monopolisé les discussions et retardé la prise de décisions cruciales pour la collectivité.
Une élection serrée révélant des fractures profondes
Le 5 janvier 2026, un nouveau scrutin a été organisé pour élire le président et les trois vice-présidents.
Face à face : Mathias Waneux et Reine Hue, tous deux issus de l’UC-FLNKS. Le résultat a été le reflet des tensions internes :
– Les deux candidats ont obtenu six voix chacun lors des deux premiers tours, sur treize votants, avec une abstention et une absence.
– Ce n’est qu’au troisième tour que Mathias Waneux a été élu au bénéfice de l’âge.
Ce scrutin illustre une réalité : la rivalité politique a pris le pas sur la gestion des priorités collectives, et les alliances entre l’UC, le Palika et d’autres formations ont largement conditionné le résultat. Selon certains observateurs, les désaccords ne portaient pas sur le bilan, mais sur la stratégie politique et les alliances pour l’avenir institutionnel du territoire.
Une collectivité face à des défis économiques, sanitaires et logistiques
Pendant que les dirigeants provinciaux se disputaient le pouvoir, la population continue de subir des problèmes structurels et concrets.
– Économie : l’agriculture, la pêche et le tourisme peinent à retrouver leur dynamique d’avant-crise, affectés par un manque d’investissements et des infrastructures limitées.
– Transports : la desserte entre les îles reste fragile, impactant l’accès aux services essentiels et aux marchés pour les producteurs locaux.
– Santé : la province connaît une crise sanitaire récurrente, avec des difficultés d’accès aux soins et des services hospitaliers surchargés, exacerbées par l’isolement insulaire.
Face à cette situation, le président réélu et son bureau ont fixé trois axes prioritaires à court terme :
– Maîtriser les dépenses publiques et assurer l’exemplarité de la collectivité ;
– Renforcer la dynamique sociale, notamment l’accès aux soins et la continuité éducative ;
– Relancer l’économie locale, en soutenant l’agriculture, la pêche, le tourisme et les filières de production locales, comme le coprah.
Le bureau provincial est reconduit : Neko Hnepeune, premier vice-président ; Wali Wahetra, deuxième vice-présidente ; et Charles Yeiwene, troisième vice-président.
Une transition indispensable avant les provinciales
Ce nouveau mandat court, limité à cinq à six mois, doit permettre à l’exécutif de préparer les prochaines élections provinciales et de reprendre la main sur les dossiers cruciaux pour la population.
L’élaboration du budget 2026, prévue dès le mois de mars, sera un test de la capacité à concilier rivalités politiques et efficacité administrative.
Au final, cette période de guerre des chefs souligne la nécessité d’une gestion pragmatique et consensuelle, car la Province des Îles ne peut se permettre que ses dirigeants restent enfermés dans des conflits internes alors que les défis économiques, sanitaires et logistiques sont urgents.


















