Deux chiffres suffisent à planter le décor : 95 600 arrêts maladie délivrés en 2023, et déjà une centaine de plus en 2024.
Derrière ces volumes, une réalité sociale et économique qui interroge frontalement le monde du travail au fenua.
Des chiffres bruts qui posent question, sans réel pilotage public
En 2023, 95 600 arrêts maladie ont été délivrés en Polynésie française. En 2024, ce chiffre a encore progressé, même légèrement.
Rapportés aux 73 965 salariés enregistrés, cela représente 1,29 arrêt par salarié. Un ratio élevé, qui interpelle le patronat. Mais aussi les institutions.
Le problème majeur reste l’absence de données fines. Aucune statistique publique sur la durée moyenne des arrêts.
Aucune ventilation par motif médical. Aucune analyse par secteur d’activité.
Aucune évolution documentée sur plusieurs années.
Faute de pilotage, le débat se polarise. D’un côté, les employeurs dénoncent une dérive. De l’autre, certains acteurs médicaux appellent à la nuance. Entre les deux, la CPS peine à objectiver.
Dans ce flou, les arrêts courts cristallisent la colère. Ceux de moins de trois jours. Ceux correspondant aux jours de carence. Ceux intégralement à la charge des entreprises.
« Toujours les mêmes salariés » : le patronat dénonce des abus répétés
Pour les représentants patronaux, le constat est clair. Les abus existent, et ils sont identifiés.
Christophe Plée, président de la CPME, ne mâche pas ses mots. Il évoque des arrêts stratégiques, calés sur les ponts.
Les veilles de jours fériés. Les événements sportifs. Les concerts.
Selon lui, les mêmes salariés reviennent systématiquement. Avec des certificats de courte durée. Sans contrôle immédiat. Sans sanction réelle.
Le coût devient, selon ses termes, « intenable ». Pour les petites entreprises. Pour les artisans. Pour les employeurs déjà fragilisés par les charges.
Il interpelle directement la CPS. Demande un simple travail de comptage. Une analyse par médecin prescripteur. Un suivi individualisé.
Sa revendication est claire : le conventionnement des médecins doit être réexaminé.
Non pour stigmatiser une profession. Mais pour identifier les dérives manifestes.
Médecins, management et organisation : une réalité multifactorielle
Du côté des professionnels de santé, le discours est plus nuancé. Oui, il existe probablement de gros prescripteurs. Oui, certains comportements peuvent poser question.
Pour les syndicats du secteur médical, les arrêts maladie ne tombent pas du ciel : ils reflètent aussi des réalités de terrain.
Mauvais management. Organisation défaillante. Pression excessive. Conditions de travail dégradées.
Certaines entreprises concentrent plus d’arrêts que d’autres. Comme certains médecins prescrivent plus que la moyenne.
La situation est donc multifactorielle.
D’où l’appel au dialogue. À l’échange entre acteurs. À une approche rationnelle. Fondée sur des données objectives.
Contre-visites médicales : l’outil privé qui bouscule le système
C’est dans ce contexte tendu qu’arrive Medical Partner Control en Polynésie. Une société calédonienne spécialisée dans la contre-visite médicale.
Sur le Caillou, ses chiffres frappent. 2 000 contrôles réalisés en 2025. 47 % des arrêts jugés non indemnisables au moment du contrôle.
Un chiffre qui fait l’effet d’une bombe. Mais que la société tient à préciser.
Il ne s’agit pas d’annuler un arrêt prescrit. Ni de remettre en cause le médecin. Mais d’évaluer l’état du salarié au jour du contrôle.
Si l’état de santé ne justifie plus l’arrêt. Ou si l’arrêt n’est pas respecté. Alors l’indemnisation peut être suspendue.
L’objectif est organisationnel. Savoir si le salarié va reprendre. Anticiper la réorganisation des équipes.
Gérer les contraintes du travail de nuit ou en 3×8.
Coût, responsabilité et angle mort de la CPS
Ces contre-visites privées viendraient compléter Les 1 300 contrôles effectués par la CPS en 2024.
Mais le service a un prix. Entre 22 000 et 45 000 Fcfp par intervention. Un coût jugé excessif par les entreprises.
Christophe Plée s’y oppose fermement. Faire contrôler un arrêt. Pour un montant parfois supérieur au coût de l’arrêt lui-même. Lui paraît absurde.
Pour lui, la solution est claire. La CPS doit assumer son rôle. Renforcer ses vérifications. Mieux cibler.
Mieux collecter les données.
Car l’enjeu est massif. Les arrêts maladie coûteraient environ 5 milliards de Fcfp par an à la CPS.
Un poids financier considérable. Pour un système déjà sous tension.
En Nouvelle-Calédonie, 12 % des arrêts non indemnisables seraient frauduleux, selon Medical Partner Control.
Un ordre de grandeur qui alimente les inquiétudes locales.


















