Deux jours fériés en moins, une décision politique lourde de sens.
Dans une Nouvelle-Calédonie encore meurtrie par la crise économique, le signal envoyé ne passe pas inaperçu.
Une décision politique assumée au nom de la solidarité
Les ponts de l’Ascension et du 14 juillet, initialement prévus dans le calendrier des jours fériés de l’administration, ont été purement et simplement supprimés par le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Une décision tranchée, revendiquée et justifiée par un argument central : la solidarité avec ceux qui souffrent de la crise.
S’il a accordé le pont du 2 janvier, il a refusé les deux autres propositions formulées par l’administration. Son raisonnement est clair et assumé. Un message politique fort dans un territoire où le fossé entre le secteur public et le secteur privé ne cesse de se creuser.
Dans un contexte de finances publiques sous tension, cette décision vise aussi à rétablir une forme d’exemplarité du territoire employeur. Pour l’exécutif, il n’est plus possible de maintenir des avantages symboliques quand une partie croissante de la population lutte pour sa survie économique.
41,5 millions par jour : une économie loin d’être symbolique
Contrairement à ce que certains dénoncent, il ne s’agit pas d’un simple geste symbolique. Le président du gouvernement chiffre précisément l’impact : une journée chômée dans l’administration coûte 41,5 millions de francs au budget public. Deux jours en moins, ce sont donc plus de 80 millions économisés, dans une période qualifiée par l’ancien maire de Kouaoua lui-même de « complexe et difficile ».
Face à cette logique comptable, les syndicats montent au créneau. Christophe Coulson, président de l’UT-CFE-CGC, dénonce une décision unilatérale prise sans concertation, soulignant qu’aucune discussion préalable n’a eu lieu.
Le syndicaliste alerte également sur les conséquences pratiques, notamment dans le secteur scolaire : organisation des transports, encadrement des élèves, continuité du service. Selon lui, tout cela aurait dû être anticipé collectivement. Une critique qui révèle surtout une habitude profondément ancrée d’avantages acquis, rarement remis en question au sein de la fonction publique.
Après les émeutes de 2024, le réveil tardif de la rigueur
La question de fond dépasse largement deux jours de pont. Elle renvoie à un traumatisme encore vif : le chaos économique consécutif aux émeutes de mai 2024. Plus de 900 entreprises détruites, des milliers d’emplois perdus, près de 13 000 chômeurs indemnisés fin 2024, et une économie locale durablement affaiblie.
Pendant que le secteur privé tentait de survivre, de reconstruire, de sauver ce qui pouvait l’être, l’administration continuait de fonctionner selon des standards largement déconnectés de la réalité économique.
Le MEDEF, qui dénonçait depuis plusieurs mois ces jours de pont, avait officiellement demandé leur suppression dès mars 2025. Même si le président du gouvernement affirme que sa décision n’est pas liée à ce courrier, le constat demeure : le privé finance, le public dépense. Et en temps de crise, cette mécanique devient politiquement explosive.
La fonction publique calédonienne entre désormais dans une nouvelle phase. 2026 sera celle du resserrement, après une année 2025 marquée par l’immobilisme. Le symbole est fort : sans secteur privé vivant, il n’y a pas de secteur public possible. Et aujourd’hui, le privé vacille.
Ce choix politique n’effacera pas les fractures, mais il pose une évidence trop longtemps ignorée : la solidarité ne peut pas être à sens unique. Travailler plus quand d’autres n’ont plus de travail, ce n’est pas une punition. C’est un rappel brutal de la réalité.

















