Quand les finances publiques sont sous tension, l’heure n’est plus aux postures mais aux choix.
En Nouvelle-Calédonie, le budget 2026 marque une volonté assumée de rigueur, de relance et de responsabilité collective.
Une adoption rapide qui acte un changement de méthode
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a adopté, mercredi 7 janvier 2026, le budget primitif de la collectivité à la quasi-unanimité, avec une seule abstention, celle de Petelo Sao (Éveil océanien). Dans un contexte de tensions budgétaires durables, ce vote rapide constitue un signal politique fort. Il traduit une volonté de sortir de l’attentisme et de démontrer la capacité des institutions calédoniennes à décider.
Le message est clair : la Nouvelle-Calédonie refuse l’immobilisme. Elle choisit une action publique responsable, fondée sur la recherche de compromis solides et sur une vision stable et tournée vers l’avenir. Cette dynamique collective marque une rupture avec les logiques de confrontation permanente qui ont trop souvent paralysé la décision publique.
Sur le plan financier, le budget repose sur une assiette de répartition de 101 milliards de francs, en hausse par rapport aux 98 milliards de 2025. Une progression significative, rendue possible notamment par la prise en compte des 300 millions d’euros (36 milliards de francs CFP) de prêts annoncés par l’État, sans pour autant masquer les fragilités structurelles.
Rigueur budgétaire assumée et fin des dépenses de confort
Contrairement aux discours faciles, le gouvernement a fait le choix de la rigueur, sans faux-semblants. Les négociations avec l’État n’ont pas permis, à ce stade, d’obtenir un report des prêts existants ni une dotation supplémentaire. Les échanges se poursuivent toutefois, avec la perspective d’un entretien prochain avec le Premier ministre, afin d’aborder directement les enjeux financiers.
Dans l’attente, l’exécutif local a pris ses responsabilités. Deux milliards de francs d’exonérations fiscales bénéficiant à l’État ont été supprimés. Une décision difficile, mais nécessaire, qui s’inscrit dans un esprit de solidarité budgétaire et de rééquilibrage des efforts.
La réduction des dépenses publiques constitue un axe central. Cent postes ont été supprimés, entraînant une baisse de 700 millions de francs de la masse salariale. Le budget des déplacements est, quant à lui, réduit de 75 %, symbole d’une volonté ferme de mettre fin aux dépenses de confort et aux habitudes coûteuses.
Cette orientation tranche avec une culture administrative longtemps marquée par l’expansion continue des effectifs et des charges. Elle répond à une exigence simple : dépenser mieux, avant de dépenser plus.
Relance économique, jeunesse et services essentiels au cœur des priorités
La rigueur n’exclut pas l’investissement. Bien au contraire. Le budget 2026 mise sur une relance économique ciblée, orientée vers l’emploi et les secteurs structurants. Le budget d’investissement atteint 9 milliards de francs, en hausse de 25 %, afin de soutenir les projets créateurs de valeur et d’activité locale.
La promotion internationale bénéficie d’un effort notable, avec une augmentation de près de 54 %, passant de 260 millions à 400 millions de francs. Un choix stratégique pour renforcer l’attractivité de la Nouvelle-Calédonie, dans un contexte régional concurrentiel.
Les secteurs essentiels ne sont pas oubliés. Six milliards de francs sont consacrés au RUAMM, garantissant la pérennité du système de protection sociale. Deux milliards de francs sont dédiés aux retraites, confrontées à des tensions structurelles connues. Le système électrique bénéficie de 1,3 milliard de francs, afin d’assurer la stabilité et la continuité du service.
Le changement de modèle est également engagé. Deux cents millions de francs sont alloués à l’e-santé, pour améliorer l’accès aux soins et la coordination des acteurs. Cent cinquante millions de francs sont dédiés à l’e-administration, dans une logique de modernisation et de simplification des démarches.
La jeunesse constitue enfin un pilier central du budget. Un milliard quatre cents millions de francs sont investis dans la reconstruction et la modernisation des établissements scolaires, soit une hausse de 84,9 %. Le PPI lycées monte en puissance, passant de 157 millions à 500 millions de francs.
Le sport, la culture et la vie associative bénéficient de 327 millions de francs, en hausse de 16,3 %, ciblant prioritairement les publics scolaires, les quartiers fragiles et les zones rurales. La formation professionnelle reçoit 750 millions de francs, en hausse de 45,6 %, tandis que l’apprentissage progresse de 20 %, avec 100 millions de francs supplémentaires.
Avec une seule abstention, la quasi-unanimité obtenue envoie un signal politique fort. La Nouvelle-Calédonie démontre qu’elle peut dépasser les clivages pour adopter un budget responsable et partagé.
Le vote attendu au Congrès début février constituera la prochaine étape. Mais une chose est déjà acquise : loin de l’attente et de la plainte, la collectivité choisit l’action, la discipline budgétaire et la confiance dans l’avenir.

















