Changer de cap municipal, c’est d’abord choisir les bonnes priorités.
À Nouméa, l’heure n’est plus aux symboles faciles, mais aux décisions utiles.
Une entrée en campagne révélatrice d’un décalage profond
La bataille des municipales est lancée à Nouméa. Et dès les premières propositions dévoilées par Virginie Ruffenach, candidate du Rassemblement, le ton est donné.
Non pas la sécurité, pourtant centrale dans une capitale fragilisée.
Non pas les transports, saturés et inadaptés.
Non pas l’assainissement, pourtant déterminant pour la santé publique.
Non pas la vie éducative, clé de l’avenir communal.
Encore moins l’attractivité économique d’une ville qui peine à retenir ses forces vives.
La première mesure mise en avant concerne une politique dédiée aux chiens.
Qu’on ne s’y trompe pas : il n’y a rien de condamnable à vouloir améliorer la place des animaux en ville. Le respect du vivant fait partie d’une société équilibrée. Mais gouverner, c’est hiérarchiser. Et à Nouméa, la hiérarchie des urgences semble ici inversée.
Sous le slogan « Nouméa, une ville pour tous, même pour nos amis à quatre pattes », la candidate déroule un programme très détaillé : création d’espaces ObéJump modernisés, plages accessibles aux chiens sur des créneaux horaires, bancs, points d’eau, distributeurs de sacs et poubelles.
Une politique complète, structurée, coûteuse aussi.
Une politique surtout hors sol au regard des attentes prioritaires des habitants.
Un programme symbolique face aux attentes concrètes des Nouméens
La liste « Pour Nouméa, une énergie nouvelle » promet ainsi des espaces dédiés aux chiens au Receiving, au parc des 5 Îles, à l’Ouen Toro, à l’échangeur de Tina, à Rivière-Salée et dans la vallée de Sakamoto.
Le message est clair : la campagne s’ouvre sur le bien-être animal comme marqueur politique.
Mais pendant ce temps, les Nouméens attendent des réponses sur : la tranquillité publique, la dégradation de l’espace urbain, les embouteillages chroniques, la désertification commerciale, le décrochage scolaire, la fuite des classes moyennes.
Mettre en avant une politique canine en tête de gondole, c’est envoyer un signal politique fort. Un signal de déconnexion.
Car une mairie n’est pas un club associatif. C’est un outil de gestion, d’ordre et de priorités. Et l’ordre des priorités en dit long sur la vision d’ensemble.
À force de vouloir cocher toutes les cases de l’« inclusivité », on en oublie parfois l’essentiel : servir d’abord les habitants, leur sécurité, leur cadre de vie, leur avenir.
Un recul électoral constant que les chiffres confirment
Cette entrée en campagne intervient dans un contexte politique défavorable au Rassemblement à Nouméa. Les faits sont têtus. Les urnes parlent.
Virginie Ruffenach n’est plus élue au conseil municipal de Nouméa depuis 2014.
Depuis plus de dix ans, elle n’a pas réussi à s’imposer en son nom lors d’une élection locale ou nationale.
Lors des législatives de 2022, dans la première circonscription, elle recueille 3 880 voix au premier tour.
Un score inférieur à celui obtenu en 2017 par Bernard Deladrière, qui atteignait 3 921 voix, arrivant quatrième.
En 2014, la liste municipale menée par Jean-Claude Briault plafonnait à 5 284 voix.
Ces chiffres traduisent une réalité politique incontestable : le Rassemblement recule à Nouméa. Lentement mais sûrement.
Changer d’affichage thématique ne suffira pas à inverser une dynamique électorale de fond.
Car les électeurs ne se laissent pas distraire éternellement. Ils jugent sur la crédibilité, la cohérence et la capacité à répondre aux urgences.
Une campagne municipale ne se gagne pas à coups de messages sympathiques, mais par une vision claire, ferme et assumée de l’intérêt général.
À Nouméa, la question n’est pas de savoir si les chiens doivent avoir leur place.
La question est de savoir si la mairie doit d’abord s’occuper des chiens ou des Nouméens.

















