L'attentat qui a bouleversé la France

Trois décennies plus tard, les images du RER Saint-Michel restent gravées dans la mémoire nationale.
Le 25 juillet 1995, la France découvrait avec brutalité l'ampleur de la menace du terrorisme islamiste sur son propre sol.
Le 25 juillet 1995, la France frappée en plein cœur de Paris
Le 25 juillet 1995, la France bascule dans une nouvelle ère. En pleine période estivale, alors que des milliers de voyageurs empruntent quotidiennement les transports franciliens, une bombe artisanale explose dans une rame du RER B, à la station Saint-Michel – Notre-Dame, en plein centre de Paris.
Il est environ 17 heures lorsqu'une bonbonne de gaz remplie de boulons déchire le wagon dans une explosion d'une extrême violence.
Le bilan est immédiatement dramatique.
Huit personnes perdent la vie et plus de cent voyageurs sont blessés, certains très grièvement.
L'attentat est revendiqué par le Groupe islamique armé (GIA), organisation terroriste algérienne engagée dans une campagne de violences destinée à faire pression sur la France, accusée de soutenir les autorités algériennes dans la guerre civile.
Cet attentat constitue le premier d'une série d'attaques islamistes qui frapperont le territoire français au cours de l'année 1995.
Les victimes avaient entre 16 et 57 ans.
Leurs noms demeurent associés à cette tragédie nationale.
Annie Aupeix, Véronique Brocheriou, Maria Isabel Costa Barbosa, Maria Odette Garcia Ferreira, Sandrine Girier-Dufournier, Jean Groll et Alexandre Hurtaud, âgé de seulement 16 ans, meurent le jour même.
Pierre-Henri Froment, grièvement blessé lors de l'explosion, succombera quelques mois plus tard à ses blessures.
Trente ans après, ces victimes incarnent le prix humain payé par la Nation face au terrorisme.
Le souvenir de cette attaque reste un moment majeur de l'histoire contemporaine française.
Khaled Kelkal et le réseau du GIA : une traque qui marque les Français
L'enquête mobilise immédiatement les services de police et de renseignement.
Très rapidement, plusieurs membres du GIA sont identifiés.
Parmi eux figure Khaled Kelkal, ancien petit délinquant radicalisé devenu l'un des visages les plus connus du terrorisme islamiste des années 1990.
Sa cavale est largement médiatisée.
Après plusieurs semaines de recherches, il est localisé près de Lyon.
Le 29 septembre 1995, il est tué par les gendarmes au terme d'une intervention, alors qu'il est recherché pour son implication dans plusieurs attentats.
Mais le réseau ne se limite pas à Kelkal.
Les investigations permettent d'identifier Boualem Bensaïd, dont les empreintes digitales sont retrouvées sur la bombe de Saint-Michel.
Les enquêteurs établissent également les responsabilités de Smaïn Aït Ali Belkacem et de Karim Koussa.
Le cerveau présumé des opérations, Ali Touchent, sera finalement tué en Algérie en 1997.
Autre figure essentielle du dossier, Rachid Ramda, présenté par la justice comme le financier du réseau depuis Londres.
Après une longue procédure judiciaire, il est remis à la France en 2005, avant d'être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 2009.
Cette vaste enquête illustre la coopération entre les services français et étrangers pour démanteler un réseau terroriste implanté à plusieurs niveaux.
Elle met également en lumière l'organisation structurée du GIA, capable de préparer plusieurs attentats simultanément.
Boualem Bensaïd, condamné à perpétuité, doit retrouver la liberté sous condition
Parmi les principaux condamnés, Boualem Bensaïd demeure l'un des noms les plus connus de cette vague d'attentats.
Aujourd'hui âgé de 58 ans, il a été condamné en octobre 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de vingt-deux ans.
La justice l'a reconnu coupable non seulement de l'attentat de Saint-Michel, mais également d'avoir déposé la bombe ayant explosé le 6 octobre 1995 près de la station Maison-Blanche, faisant 18 blessés.
Il a aussi été condamné pour sa participation à la préparation de l'attentat du RER C, à la station Musée-d'Orsay, survenu dix jours plus tard et ayant fait 30 blessés.
Lors de son procès, il a toujours nié les faits. Il a également contesté son appartenance au GIA.
Malgré ces dénégations, les juridictions françaises ont confirmé sa responsabilité pénale.
Trente ans après l'attentat du RER Saint-Michel, cette échéance judiciaire ravive le souvenir d'une attaque qui a profondément marqué la France.
L'attentat du 25 juillet 1995 demeure l'un des symboles de la montée du terrorisme islamiste sur le territoire national.
Il rappelle aussi le rôle essentiel des forces de sécurité, des magistrats et des enquêteurs, qui ont permis d'identifier, d'arrêter ou de neutraliser les principaux responsables.
Au-delà des procédures judiciaires et des condamnations, cette date reste avant tout celle d'un deuil national.
Le souvenir des huit victimes et des plus de cent blessés continue d'occuper une place particulière dans la mémoire collective française.
Face à une menace qui a durablement marqué le pays, cet attentat rappelle enfin que la vigilance, l'autorité de l'État et la défense des institutions demeurent des piliers essentiels de la protection des citoyens.
(Crédit photo : AFP - Pierre Boussel)

