Présidentielle 2027 : Franck Louvrier explique pourquoi l'été peut faire gagner l'Élysée

Neuf mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, les candidats, déclarés ou non, se préparent. Franck Louvrier raconte deux étés en campagne avec Nicolas Sarkozy et analyse l’année qui vient
Lara Tchekov29/07/2026

Franck Louvrier et Nicolas Sarkozy en visite à Clermont-Ferrand. © ELODIE GRÉGOIRE/GAMMA RAPHO
Pour les prétendants à l’Élysée, l’été est le tour de chauffe avant le sprint final. À quelques mois du tunnel de la présidentielle, avec ses débats, ses déplacements et son agenda imposé, juillet et août offrent un dernier luxe : celui de choisir ses combats et d’aller à la rencontre des Français, au gré de l’actualité, des plages aux marchés, auprès des forces de l’ordre, des armées, des agriculteurs ou encore de nos soldats du feu, qui se battent sans relâche pour sauver des familles, des villages et nos forêts des flammes.
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« C’est le dernier été de liberté », résume Franck Louvrier, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, qui voit dans l’été 2006 la véritable rampe de lancement de la campagne victorieuse de 2007. Une conviction désormais largement partagée. Ainsi, Gabriel Attal promet une « présence massive » et une « campagne permanente », Bruno Retailleau affine son projet entre deux semaines de repos en Vendée, tout comme Marine Le Pen en Bretagne, tandis que François Hollande peaufine son livre, attendu en septembre. Tour d’horizon d’un été déjà très politique.
Le JDNews. L’été qui précède une élection présidentielle est-il, selon vous, un moment décisif dans une campagne ?
Frank Louvrier. C’est le dernier moment de liberté avant les obligations de campagne. Cet été ne doit pas être gâché, il doit être pleinement mis à profit. Le candidat se démultiplie sur tous les fronts. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est sans doute le dernier moment où les Français disposent encore d’un véritable « cerveau disponible ». C’est le moment idéal pour se saisir des sujets, faire connaître ses positions et, le cas échéant, développer son programme. Les Français sont bien plus disponibles l’été que l’hiver !
À quoi doit ressembler l’été idéal d’un candidat à l’élection présidentielle ?
Un candidat va au contact des Français, entre les pelles, les seaux et les râteaux : c’est essentiel ! Cela passe par une présence sur le front des incendies, du narcotrafic, des enjeux environnementaux, notamment de l’eau, mais aussi par des rencontres avec ceux qui ne partent pas en vacances et une attention portée au surtourisme. D’ailleurs, notre première industrie, c’est le tourisme. Comment imaginer que les candidats restent silencieux au moment où cette activité bat son plein ? La France est le premier pays au monde en nombre de touristes accueillis.
Vous étiez aux côtés de Nicolas Sarkozy avant la présidentielle de 2007. Quels souvenirs gardez-vous de cet été de campagne ?
Notre point de chute était Arcachon. De là, nous nous démultipliions dans toute la France. Nous étions présents sur tous les fronts, de La Grande-Motte à la côte Atlantique, en passant par la Méditerranée. Bref, partout où les Français passaient leurs vacances. Personne ne reproche à un candidat de s’intéresser aux sujets qui préoccupent le pays. Nous savions que c’était le dernier moment où nous disposions encore d’une véritable liberté pour choisir les thèmes à mettre en avant.
Certains candidats entrent véritablement dans la course, d’autres en sortent déjà
L’été, les Français prennent davantage le temps de lire et de s’intéresser aux grands sujets. Les rendez-vous familiaux sont aussi des moments stratégiques : les discussions politiques naissent plus facilement autour d’une partie de pétanque et d’un pastis qu’autour de la dinde de Noël ! À la reprise, en septembre, chacun retrouve son univers professionnel, où les conversations politiques se font souvent plus rares. Durant la période estivale, comme pendant la trêve des confiseurs, les échanges sont plus naturels.
Avant la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy était cette fois président sortant. Son été de campagne était-il différent de celui de 2007 ?
L'enjeu était différent, puisqu'il devait gérer les affaires de l'état. Notre point de chute se situait alors plutôt à Brégançon, où il recevait des chefs d’État étrangers. Pour autant, sa présence ne se limitait pas à ce cadre. Il demeurait très présent sur le terrain, se rendant notamment sur les lieux des incendies et assistant même aux obsèques de pompiers morts en intervention.
L’été offre-t-il davantage d’occasions aux candidats de marquer les esprits que le reste de l’année ?
Oui, car l’hiver, une information en chasse une autre plusieurs fois par jour, tandis que l’été, les sujets s’inscrivent davantage dans la durée. Prenez les incendies : chacun a le temps de prendre position, de s’interroger sur le nombre de Canadair, le renforcement des moyens ou les conséquences du changement climatique.
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C’est le dernier été de liberté des candidats, celui où ils peuvent encore choisir les sujets qu’ils souhaitent mettre en avant. Ensuite, l’actualité et le rythme des médias dictent leurs priorités. Les problématiques de l’été sont, en réalité, celles de toute l’année : le changement climatique, la circulation, le logement… Il s’agit du dernier virage avant la ligne droite.
Quels sont, selon vous, les principaux pièges que les candidats doivent éviter durant l’été ?
Le principal piège consiste à se laisser happer par les sujets internationaux au détriment des préoccupations nationales. Les Français votent d’abord en fonction des réponses apportées à leur quotidien. Je suis d’ailleurs très étonné qu’aucun candidat n’ait choisi de publier son livre avant l’été.
Pensez-vous que c’est une erreur ?
Oui, je le crois. Les livres s’achètent pendant les vacances, notamment lors des départs en train. Une parution fin juin ou début juillet me paraît bien plus pertinente qu’en pleine rentrée littéraire. L’été, les Français ont davantage de temps pour lire. Ils passent chez Relay, découvrent les nouveautés et repartent souvent avec un ou deux livres. Peu de candidats ont compris l’intérêt de cette période. Nicolas Sarkozy, lui, l’avait parfaitement compris en publiant Témoignage en juin 2006. À partir d’octobre ou de novembre, les Français commencent à faire le tri. Certains candidats entrent véritablement dans la course, d’autres en sortent déjà.
