Chine : Pékin accentue la pression sur le Japon, les Philippines et Taïwan

La Chine a lancé une vaste campagne diplomatique, médiatique et militaire contre le rapprochement stratégique entre le Japon et les Philippines. En parallèle, Pékin renforce ses opérations navales à l’est de Taïwan et multiplie les démonstrations de force dans le Pacifique.
Le rapprochement entre Tokyo et Manille inquiète Pékin
À la fin du mois de mai 2026, le président philippin Ferdinand Marcos Jr. s’est rendu à Tokyo pour rencontrer la Première ministre japonaise Sanae Takaichi.
Les deux dirigeants ont annoncé l’élévation de leurs relations au rang de « partenariat stratégique global », avec notamment un renforcement des échanges de renseignements et l’ouverture de négociations sur leurs différends maritimes.
Ces discussions doivent principalement porter sur la délimitation des zones économiques exclusives et des plateaux continentaux des deux pays. Elles pourraient avoir des conséquences importantes sur les droits de pêche et l’exploitation des ressources maritimes.
Cette annonce s’inscrit dans un rapprochement sécuritaire déjà engagé entre le Japon et les Philippines. Un accord d’accès réciproque signé en août 2025 permet notamment aux forces armées des deux pays d’utiliser leurs bases respectives et d’organiser des exercices conjoints.
Le Japon prévoit également de transférer aux Philippines cinq navires d’escorte de classe Abukuma à partir de 2027, après leur retrait du service au sein des forces maritimes japonaises.
La Chine dénonce une alliance dirigée contre elle
Pour Pékin, les négociations maritimes entre Tokyo et Manille remettent directement en cause les revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan.
Le ministère chinois des Affaires étrangères affirme que toute discussion concernant les eaux situées à l’est de Taïwan doit obligatoirement inclure la Chine.
Pékin considère en effet Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire et revendique, à ce titre, une zone économique exclusive ainsi qu’un plateau continental dans cette région.
Le quotidien officiel du Parti communiste chinois, le People’s Daily, a accusé le Japon et les Philippines d’organiser une « confrontation de blocs » sous couvert de coopération sécuritaire.
Selon le média d’État, les discussions entre les deux pays seraient dépourvues de fondement juridique et porteraient atteinte à la souveraineté maritime chinoise.
Une campagne de propagande contre les Philippines
La réponse chinoise ne s’est pas limitée aux déclarations diplomatiques.
Les médias officiels chinois ont publié plusieurs contenus particulièrement agressifs visant les dirigeants philippins et leur rapprochement avec le Japon et les États-Unis.
Une vidéo diffusée par China Daily représentait notamment les Philippines sous la forme d’un singe manipulé par Washington et Tokyo. Cette publication a provoqué une forte indignation aux Philippines.
Le président Ferdinand Marcos Jr. aurait convoqué l’ambassadeur chinois afin de protester directement contre cette campagne médiatique.
Lors de son discours sur l’état de la nation du 27 juillet, le dirigeant philippin a déclaré que l’humanité même de son peuple avait récemment été remise en question, avant d’affirmer que les Philippins ne céderaient pas face aux pressions étrangères.
Pékin étend ses revendications autour de Taïwan
La Chine semble également utiliser cette crise diplomatique pour élargir ses revendications territoriales.
Lors d’une conférence organisée en juin à l’université de Jinan, directement liée au département du Front uni du Parti communiste chinois, des chercheurs ont affirmé que les îles Batanes, situées entre Taïwan et l’île philippine de Luçon, pourraient appartenir à la Chine.
Le raisonnement présenté repose sur le fait que ces îles se situeraient sur le plateau continental de Taïwan. Pékin considérant Taïwan comme chinois, les Batanes pourraient donc également être revendiquées.
Cette position ne constitue pas encore une déclaration officielle du gouvernement chinois, mais elle pourrait servir de ballon d’essai avant une éventuelle revendication plus directe.
Davantage de navires chinois à l’est de Taïwan
En parallèle de cette offensive diplomatique, la Chine a renforcé ses activités militaires et paramilitaires autour de Taïwan.
Les autorités taïwanaises ont recensé 55 navires des garde-côtes chinois à proximité de l’île au cours du mois de juin, soit presque deux fois plus qu’en mai.
Plusieurs groupes de navires chinois ont également été observés à l’est de Taïwan en juin et en juillet. Les garde-côtes taïwanais ont déployé leurs propres bâtiments afin de surveiller leurs mouvements.
Pékin présente officiellement ces opérations comme des missions d’inspection et de maintien de l’ordre dans des eaux placées sous sa juridiction.
Les autorités chinoises ont directement relié ces patrouilles aux négociations entre le Japon et les Philippines, estimant qu’elles constituaient une réponse nécessaire aux discussions menées sans la participation de la Chine.
Le tir d’un missile chinois dans le Pacifique
La démonstration de force la plus spectaculaire s’est produite le 6 juillet.
La marine chinoise a annoncé le lancement d’un missile depuis un sous-marin dans l’océan Pacifique. L’engin transportait une charge d’entraînement et non une ogive opérationnelle.
Le lieu exact du lancement, le type de sous-marin utilisé et la trajectoire du missile n’ont pas été officiellement précisés par Pékin.
Le secrétaire général du Conseil de sécurité nationale de Taïwan, Joseph Wu, a toutefois identifié l’engin comme un missile balistique intercontinental JL-2.
Selon la trajectoire présentée par les autorités taïwanaises, le missile aurait été lancé depuis la mer de Chine méridionale avant de retomber dans le Pacifique Sud, dans une zone située entre Nauru et Tonga.
Le Premier ministre australien Anthony Albanese a qualifié ce tir d’acte provocateur susceptible de déstabiliser la région. Le gouvernement japonais a également exprimé sa vive inquiétude face à l’intensification des activités militaires chinoises.
Un avertissement adressé à Tokyo et Manille
La Chine affirme que ce lancement était un exercice de routine qui ne visait aucun pays en particulier.
Le Global Taiwan Institute estime toutefois que le calendrier et la trajectoire du missile semblent avoir été choisis pour adresser un avertissement au Japon et aux Philippines.
Le missile aurait en effet traversé une zone située entre les territoires japonais et philippins, à proximité du détroit de Luçon.
Pour Pékin, le rapprochement entre Tokyo et Manille représente une menace stratégique. Il contribue à la formation progressive d’un réseau régional de coopération sécuritaire auquel Taïwan pourrait également être associé.
La Chine devrait donc poursuivre ses patrouilles autour de Taïwan, ses campagnes diplomatiques contre le Japon et les Philippines ainsi que ses opérations militaires destinées à affirmer sa présence dans le Pacifique.

