Grousset en argent, quel retour !

Une médaille d’argent qui vaut bien plus qu’une simple deuxième place. Deux mois après une fracture du pied, le Calédonien a réussi son pari : revenir au plus haut niveau.
Grousset retrouve le podium malgré la blessure
Maxime Grousset n’a pas boudé son plaisir. Après avoir décroché la médaille d’argent en finale du 50 mètres papillon des Championnats d’Europe à Saint-Denis, le nageur français d’origine calédonienne avait surtout une raison de savourer son retour.
Je n’ai rien à regretter et je suis vraiment très content de ce que j’ai fait, a-t-il déclaré au micro de France Télévisions.
Une réaction qui en dit long sur le contexte dans lequel le Français de 27 ans abordait cette compétition.
Quelques semaines plus tôt, sa participation même aux Championnats d’Europe semblait fortement compromise.
Le 10 juin, lors d’un entraînement physique, Maxime Grousset s’était fracturé la base du deuxième métatarse du pied gauche. Une blessure suffisamment sérieuse pour le contraindre à déclarer forfait aux Championnats de France.
Le calendrier était alors particulièrement serré. Les Championnats d’Europe de Saint-Denis approchaient et le nageur devait composer avec une longue période d’immobilisation.
Plutôt que de renoncer, Grousset a choisi de travailler. Privé de l’utilisation normale de ses jambes, il a consacré une grande partie de sa préparation au haut du corps.
Une manière de rester actif malgré la blessure et de préparer au mieux son retour dans le bassin.
Son entraîneur, Michel Chrétien, souligne d’ailleurs un trait de caractère devenu essentiel dans cette période difficile : l’optimisme.
La joie et la bonne humeur de Max sont ses forces, aussi, explique-t-il.
Selon son entraîneur, certains sportifs auraient pu s’effondrer mentalement après une telle blessure.
Pas Grousset. Chrétien raconte même lui avoir proposé de ne pas participer aux Championnats d’Europe. La réponse du nageur avait été immédiate : il voulait se qualifier et être présent, coûte que coûte.
Cette détermination a finalement payé.
Un retour construit sans renoncer à l’ambition
La fracture avait pourtant profondément modifié les ambitions initiales du nageur français.
Après ses performances mondiales de 2025, Grousset pouvait légitimement nourrir de grandes ambitions pour les Championnats d’Europe.
Son entourage envisageait notamment une tentative sur le record du monde du 100 mètres papillon. La blessure a évidemment bouleversé cette trajectoire.
Après les Championnats du monde qu’il a faits l’année dernière, pour nous, ces Championnats d’Europe devaient lui permettre de viser le record du monde du 100 m papillon, reconnaît Michel Chrétien.
Mais le contexte avait changé.
Avec cette blessure, je pense que ça ne sera pas pour maintenant, poursuit son entraîneur.
L’objectif est alors devenu plus simple et plus concret : revenir, se battre et viser le podium.
Un discours qui correspond parfaitement à la situation du Calédonien. Car il ne s’agissait plus seulement de défendre son statut de champion du monde en titre du 50 mètres papillon.
Il fallait d’abord démontrer qu’il pouvait retrouver son niveau après plusieurs semaines très particulières.
La préparation a donc été adaptée. Pendant que sa jambe restait immobilisée, Grousset a travaillé ce qu’il pouvait travailler. Le haut du corps a été particulièrement sollicité.
Il a également fallu patienter avant de retrouver pleinement ses appuis.
Pour un nageur spécialiste du sprint, cette période représentait évidemment un handicap considérable.
Mais Grousset a continué à avancer. Son état d’esprit a permis de transformer une situation compromise en nouvelle chance. Son entraîneur l’avait résumé avant la compétition : Grousset allait nager pour le podium.
Et surtout, il allait nager pour gagner. Cette mentalité explique en partie pourquoi la médaille d’argent obtenue à Saint-Denis ne ressemble pas à une déception.
Elle constitue au contraire la récompense d’un retour particulièrement rapide.
Deux centièmes seulement derrière le Russe Kornev
Dès les séries, Grousset avait envoyé un signal. Le Français avait signé un chrono de 22 s 49 sur 50 mètres papillon.
Une performance à seulement un centième de son record personnel sur la distance. En demi-finales, il avait de nouveau nagé en 22 s 49.
Le Français avait alors le sentiment d’avoir encore de la réserve. Mais un homme allait rapidement attirer toute l’attention : Egor Kornev. Le Russe a signé en demi-finales un temps de 22 s 36, nouveau record des Championnats d’Europe.
Une performance qui pouvait laisser penser qu’il faudrait aller chercher très haut pour décrocher l’or. Le record du monde de l’Ukrainien Andrii Govorov, établi à 22 s 27, pouvait même sembler être la référence ultime pour espérer s’imposer.
Mais la finale allait raconter une autre histoire. Grousset n’avait finalement pas besoin de battre le record du monde. Il lui aurait suffi de reproduire son 22 s 49 des séries et des demi-finales.
Kornev s’est imposé en 22 s 52.
Le Français a terminé juste derrière, à deux centièmes. Deux centièmes seulement séparent donc le Calédonien de l’or européen.
Pour autant, le résultat n’a pas provoqué de frustration chez le nageur. Après deux mois marqués par la blessure, le Français avait surtout réussi l’essentiel : être là et se battre avec les meilleurs.
Il lui faudra encore patienter avant de décrocher son premier titre européen individuel.
Mais cette médaille d’argent possède une valeur particulière. Elle vient récompenser un retour que beaucoup auraient pu considérer comme compromis après la fracture survenue le 10 juin.
Elle confirme également que le champion du monde n’a rien perdu de son tempérament offensif.
Grousset n’est pas venu à Saint-Denis pour se chercher des excuses.
Il est venu pour nager. Il est venu pour se mesurer aux meilleurs. Et il repart avec une médaille.
Pas de victimisation, pas de regrets : simplement une performance et une deuxième place européenne.
Le nageur français peut désormais poursuivre sa saison avec cette médaille autour du cou et, surtout, avec la confirmation que son travail pendant sa convalescence n’a pas été vain.
Pour le Calédonien, le véritable défi était de revenir.
Il l’a relevé. L’or lui échappe pour deux centièmes. L’argent, lui, est bien réel.
Et au regard du chemin parcouru depuis sa blessure, Maxime Grousset avait toutes les raisons de sourire.
(Crédit photo : Marie MARCEL/SIPA)

