À Kouergoa, l'État paie : la preuve par le chantier

Quand l'État se déplace, ce n'est pas pour communiquer : c'est pour vérifier que les chantiers avancent.
À Kouergoa, la République ne s'est pas contentée d'un discours : elle a montré ses factures.
Une visite de terrain, loin des postures et des tribunes
La commissaire déléguée de la République pour la province Sud, Catherine Merckx, s'est rendue à la tribu de Kouergoa, sur la commune de Boulouparis, afin de constater sur place l'avancement des projets structurants financés par l'État. Une démarche simple, presque banale, et pourtant révélatrice : celle d'une administration qui vient vérifier, sur le terrain, ce que l'argent public produit concrètement.
Le déplacement s'est effectué en présence du maire de Boulouparis, d'agents de la Calédonienne des eaux, du cabinet d'études ETIK et de représentants de l'Office français de la biodiversité (OFB). Une délégation resserrée, technique, sans effet de tribune. On y trouve l'élu communal, l'opérateur de l'eau, le bureau d'études et l'expertise environnementale de l'État. C'est-à-dire exactement les acteurs qui font avancer un chantier, et non ceux qui commentent son éventuel échec.
Premier point examiné : les travaux de sécurisation d'un talus. Derrière ce terme technique se cache une réalité très concrète pour les habitants. Un talus qui cède, c'est une route coupée. Une route coupée, c'est une tribu isolée, des enfants qui ne vont pas à l'école, des malades qui n'accèdent plus aux soins, des livraisons qui s'arrêtent. En sécurisant cet ouvrage, l'État garantit tout simplement la continuité de la desserte routière de la tribu.
Ce type d'intervention ne fait jamais la une. Elle ne génère ni polémique, ni indignation, ni communiqué incendiaire. Elle relève de la mission première de la puissance publique : assurer que les Calédoniens, où qu'ils vivent, puissent circuler et être reliés au reste du territoire. Sur ce point, il faut le dire clairement : l'État a tenu son rôle.
Eau potable et voirie : des travaux financés à 100 % par l'État
Le second volet du déplacement portait sur l'optimisation et la sécurisation de la desserte en eau potable de la tribu, ainsi que sur le renforcement du réseau de voirie communale. Ces chantiers sont actuellement en cours et le détail mérite d'être souligné financés à 100 % dans le cadre du plan de relance.
Cent pour cent. Le chiffre mérite d'être répété, tant on entend, ici ou là, que la République se désintéresserait des tribus et des communes de brousse. Les faits disent autre chose. Qu'il s'agisse des fonds dédiés, des contrats communaux ou du plan de relance issu du Pacte de refondation, les dispositifs existent, ils sont mobilisés, et ils produisent des résultats mesurables : des canalisations, du bitume, un talus qui tient.
L'eau potable, en particulier, n'est pas un sujet secondaire. C'est la condition première de la dignité quotidienne. Sécuriser une desserte en eau, c'est protéger la santé publique, c'est permettre à une école de fonctionner, c'est permettre à une famille de vivre normalement. Là encore, on est loin des débats abstraits : on est dans le réel.
Autre élément essentiel, et souvent passé sous silence : le financement de ces travaux routiers et d'alimentation en eau potable bénéficiera également aux autres tribus de la commune. Autrement dit, l'investissement public n'est pas cloisonné. Il ne s'arrête pas aux limites d'une tribu. Il irrigue l'ensemble du territoire communal, dans une logique d'égalité républicaine qui devrait faire consensus.
C'est précisément ce point qui mérite d'être défendu sans complexe. Depuis des années, un certain récit s'est installé, qui présente systématiquement les populations des tribus comme abandonnées, oubliées, délaissées. Ce récit a une fonction politique. Il a aussi un défaut majeur : il résiste mal à l'examen des chantiers réellement engagés et des montants réellement versés. À Kouergoa, l'État finance intégralement. Ce n'est pas une promesse, c'est un chantier en cours.
Il faut ajouter que ces investissements interviennent dans un contexte budgétaire calédonien particulièrement tendu. Les collectivités du territoire sortent d'une séquence économique brutale, où les recettes se sont effondrées et où les marges de manœuvre se sont réduites. Que l'État prenne à sa charge la totalité de certains travaux essentiels n'est pas anecdotique : c'est ce qui permet à des communes fragilisées de continuer à investir pour leurs habitants.
La chapelle du « Saint-Esprit », un patrimoine de 1938 à sauver
La visite ne s'est pas limitée aux réseaux et aux ouvrages d'art. La représentante de l'État a également découvert la chapelle du « Saint-Esprit », édifice construit en 1938 à partir de matériaux naturels et en torchis.
Cette construction est l'une des dernières de ce type encore debout. Elle présente, à ce titre, un intérêt patrimonial particulier. Derrière ses murs de terre, c'est une page entière de l'histoire calédonienne qui subsiste : celle d'une architecture vernaculaire, née de matériaux locaux et de savoir-faire transmis, à une époque où l'on bâtissait avec ce que la terre offrait.
Les possibilités de préservation et de restauration de l'édifice pourront être examinées avec les acteurs concernés. Le dossier n'est donc pas tranché, mais il est ouvert et c'est déjà beaucoup pour un bâtiment de près de quatre-vingt-dix ans qui, sans intervention, finirait par disparaître dans l'indifférence.
Ce point mérite d'être relevé. Dans une Nouvelle-Calédonie qui débat en permanence de son identité, de ses mémoires et de ses récits, il y a quelque chose de profondément sain à s'occuper d'un patrimoine bâti concret plutôt que de symboles abstraits. Une chapelle en torchis de 1938 ne divise personne : elle appartient à tous. Elle raconte une histoire commune, celle de communautés qui ont bâti ensemble, avec les moyens du bord, un lieu qui a traversé le siècle.
Préserver ce type d'édifice, c'est refuser la logique de la table rase. C'est admettre que le passé calédonien ne se résume ni à une caricature, ni à un procès permanent. C'est aussi, très prosaïquement, préserver un atout : le patrimoine bâti est un levier de valorisation locale, un support de transmission, parfois un moteur d'activité.
Ce que dit vraiment cette visite
Au fond, ce déplacement à Kouergoa raconte une chose simple. L'État est présent, il paie, il vérifie, et il revient constater ce qu'il a financé. Il ne s'agit pas d'une opération de communication, mais d'un suivi de chantier l'exercice le moins spectaculaire, et le plus utile, de l'action publique.
Face au discours permanent de la victimisation, cette réalité de terrain constitue une réponse difficile à contourner. Un talus sécurisé, une adduction d'eau renforcée, une voirie consolidée, un patrimoine que l'on envisage de sauver : voilà des résultats tangibles, vérifiables, financés par le contribuable français.
Reste l'essentiel, et il ne dépend pas seulement de l'État : que ces investissements soient entretenus, respectés et prolongés. Un réseau d'eau ne vaut que s'il est maintenu. Une route ne vaut que si elle est préservée. L'argent public n'est pas une ressource infinie, et chaque chantier abouti engage une responsabilité collective.
À Boulouparis, en tout cas, le message est clair : la République ne s'arrête pas aux portes des tribus. Elle y construit.
(Crédit photo : Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie)
