Ce mercredi, la Calédonie a fait ses comptes

L'État s'apprête à verser 13,7 milliards de francs. La Nouvelle-Calédonie, elle, doit désormais prouver qu'elle sait tenir ses comptes.
Entre prêt garanti, urgence sociale et déplacement à Paris, le gouvernement a posé mercredi les termes exacts de l'équation budgétaire.
115 millions d'euros : le décaissement qui arrive
À l'issue de la séance hebdomadaire du gouvernement, ce mercredi 19 août, le président Milakulo Tukumuli s'est présenté devant la presse.
Pas de grand discours. Un point d'étape, précis, sur trois dossiers qui conditionnent les mois à venir : le prêt garanti par l'État, le financement du chômage, et le calendrier des discussions avec Paris.
Le même jour, à quelques centaines de mètres de là, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie se réunissait à partir de 14 heures en commission plénière. Objet de la séance : la présentation, par le gouvernement, de la situation financière et budgétaire du territoire.
C'est l'annonce principale de ce point presse.
Le président du gouvernement a confirmé le prochain versement, par l'État, de 115 millions d'euros dans le cadre du prêt garanti accordé à la Nouvelle-Calédonie. Soit environ 13,7 milliards de francs.
La somme n'a rien d'anecdotique.
Elle constitue, selon les termes employés mercredi, un soutien financier important destiné à accompagner la situation budgétaire et financière du territoire.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Ce n'est pas une subvention tombée du ciel, ni un chèque sans contrepartie. C'est un prêt. Garanti. Autrement dit : la signature de la République vient couvrir un territoire qui, seul, aurait eu les plus grandes difficultés à se financer.
Voilà le fait brut.
Ceux qui, ici, dénoncent régulièrement la tutelle de l'État feraient bien de le regarder en face. Quand les caisses se vident, quand les recettes s'effondrent, quand les prêteurs se détournent, c'est bien vers Paris que l'on se tourne. Et Paris répond.
On peut discuter les conditions. On peut débattre du rythme des réformes exigées en contrepartie. On ne peut pas, honnêtement, faire comme si ce décaissement allait de soi.
497 millions de francs pour ne pas lâcher les salariés
Deuxième annonce, plus discrète, mais tout aussi structurante.
Une subvention exceptionnelle de 497 millions de francs sera versée à la CAFAT.
Sa destination est claire : financer le régime du chômage et les allocations de maintien dans l'emploi accordées jusqu'au 31 juillet.
Derrière ces lignes comptables, il y a des salariés. Des entreprises qui tiennent encore. Des familles dont le revenu dépend directement de la capacité de la collectivité à honorer ses engagements sociaux.
Le maintien dans l'emploi n'est pas un confort. C'est le dernier rempart avant la rupture définitive du lien entre un salarié et son entreprise. Une fois ce lien cassé, il ne se recrée pas par décret.
La date du 31 juillet est là, inscrite noir sur blanc. Elle borne le dispositif.
Et elle rappelle, en creux, que ces mécanismes d'urgence ne sont pas éternels. Ils tiennent parce qu'ils sont financés. Ils sont financés parce que quelqu'un, quelque part, accepte encore de payer.
La vraie question n'est donc pas de savoir combien de temps on pourra prolonger les perfusions. Elle est de savoir quand l'économie calédonienne recommencera à produire de la richesse, des recettes fiscales, des cotisations.
Ce jour-là seulement, on parlera de sortie de crise.
Une mission transpartisane à Paris : l'heure de vérité
Troisième volet du point presse.
Le président du gouvernement a rappelé le déplacement, la semaine prochaine, d'une mission transpartisane chargée d'échanger avec les différentes instances nationales sur la situation de la Nouvelle-Calédonie.
Transpartisane. Le mot mérite qu'on s'y arrête.
Il signifie que, sur ce dossier au moins, les clivages qui structurent la vie politique locale s'effacent devant l'urgence des chiffres. Un budget en difficulté ne connaît ni indépendantistes ni loyalistes. Il connaît des recettes et des dépenses.
Cette mission ira défendre un dossier devant les instances nationales. Elle ira expliquer, argumenter, négocier.
Elle ira aussi, qu'on le veuille ou non, rendre des comptes.
Car un territoire qui sollicite la solidarité nationale doit accepter le regard de la Nation sur sa gestion. C'est le prix de la confiance. Ce n'est pas une humiliation, c'est une règle valable pour toute collectivité de la République.
Pendant ce temps, au Congrès, les élus ont commencé à examiner la même réalité.
La commission plénière convoquée ce mercredi 19 août à 14 heures a précisément pour objet la présentation, par le gouvernement, de la situation financière et budgétaire du territoire.
Un exercice de transparence devant la représentation élue.
Un exercice nécessaire, aussi. Parce que les décisions qui viendront, arbitrages, réformes, priorités ne pourront pas être prises dans le secret d'un cabinet. Elles devront être assumées devant les 54 élus du Congrès, et devant les Calédoniens.
Trois chiffres, donc. Trois échéances.
115 millions d'euros de prêt garanti à venir. 497 millions de francs pour le chômage et le maintien dans l'emploi. Une mission à Paris la semaine prochaine.
Aucune de ces mesures ne résout, à elle seule, la situation.
Toutes, en revanche, disent la même chose : la Nouvelle-Calédonie ne s'en sortira pas seule, et elle ne s'en sortira pas non plus sans efforts.
Le temps des postures est passé.
Il reste celui des comptes. Et les comptes, eux, ne se négocient pas.
(Crédit photo : XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)
