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Après les black-outs, Enercal contrôle ses lignes

27 août 2026 à 10:00
5 min de lecture
Après les black-outs, Enercal contrôle ses lignes

Résumé IA

Enercal lance des inspections aériennes par drone de 1 800 pylônes sur la Grande Terre, de Houaïlou à Hienghène, puis sur la côte Ouest, afin de détecter les défauts du réseau. Cette méthode, plus rapide et moins coûteuse, vise à prévenir les coupures après plusieurs incidents majeurs. L’entreprise espère prioriser les réparations et améliorer la fiabilité électrique.

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Cent mille foyers plongés dans le noir le 3 mai. Soixante-quatre mille clients privés de courant le 21 décembre. Cette fois, Enercal prend de la hauteur. Au sens propre.

Un drone plutôt qu'une nacelle : la maintenance change enfin d'échelle

Dans le cadre de la maintenance de son réseau, Enercal a lancé des campagnes d'inspection de ses lignes à l'aide d'un drone. 1 800 supports répartis sur l'Est, le Nord et l'Ouest de la Grande Terre seront ainsi survolés et contrôlés.

L'opération n'a rien d'un gadget technologique.

Un pylône haute tension, on l'inspecte historiquement à pied, en nacelle, parfois en hélicoptère. Cela suppose des accès, des autorisations coutumières ou foncières, du temps, des équipes mobilisées et une facture qui grimpe vite. Le drone, lui, décolle depuis le bord de piste et remonte la ligne. Enercal résume l'intérêt en une formule : un temps limité, au meilleur coût, au plus proche et sans contrainte d'accès.

Traduction concrète : on voit mieux, on voit plus vite, et on voit ce que l'œil au sol ne voyait pas. Isolateurs fissurés. Ferrures corrodées. Végétation qui grignote la ligne. Les vols sont confiés à une entreprise spécialisée, dans le respect de la réglementation aérienne en vigueur.

Le calendrier, lui, est déjà arrêté.

La côte Est d'abord, de Houaïlou à Hienghène, jusqu'à fin octobre 2026. Le Nord ensuite, de novembre à décembre 2026. Puis la côte Ouest, secteur de Poya, de janvier à mars 2027.

Six mois de survol méthodique, brousse comprise, sur des tronçons où l'humidité et l'orage font un travail de sape permanent.

Décembre, mai : deux black-outs qui ont mis le réseau à nu

Il faut rappeler d'où l'on part.

3 mai 2026, 12 h 30. Une forte activité orageuse dans le Sud frappe la ligne haute tension Yaté-Ducos. En quelques secondes, toute la Grande Terre décroche : 100 000 foyers et professionnels sans électricité. Le réseau de transport est progressivement rétabli à partir de 13 h 15. L'incident aura duré un peu plus d'une heure et demie, et Enercal a présenté ses excuses à ses clients.

Quelques mois plus tôt, le 21 décembre 2025, le scénario avait été plus long et plus brutal.

Une avarie dans une cellule du poste de Doniambo, 150 000 volts, maillon central entre le réseau de transport de la Grande Terre et les installations de la SLN, avait provoqué une coupure généralisée. Près de 64 000 clients d'EEC privés de courant. Retour complet à la normale à 17 h 45, soit environ trois heures plus tard. Le gouvernement avait alors qualifié ce poste de « point névralgique ». Le mot était juste : il alimente trois postes qui livrent l'électricité à EEC pour Nouméa.

La réparation du tableau électrique endommagé, elle, n'a été engagée que le 28 juillet dernier, pour se poursuivre jusqu'à la mi-août. Sept mois entre l'avarie et le chantier.

Ces épisodes ne sont pas des accidents isolés, et Enercal ne le cache pas. L'opérateur reconnaît noir sur blanc quatre coupures majeures par an depuis deux ans, contre deux auparavant. Le doublement est documenté, chiffré, assumé par l'entreprise elle-même. Christopher Gygès, en charge de l'énergie au gouvernement, avait d'ailleurs adressé en décembre un courrier aux directions d'Enercal et d'EEC pour exiger une analyse des causes et des mesures correctives.

Le vrai sujet : entretenir, investir, tenir les délais

On pourrait se raconter que le climat explique tout. Ce serait confortable. Ce serait faux.

Les orages ne datent pas d'hier sous ces latitudes. La foudre tombait déjà sur les lignes du Sud il y a vingt ans. Ce qui a changé, ce n'est pas la météo : c'est l'état du patrimoine et la capacité collective à l'entretenir.

Enercal l'écrit sans détour. Ses investissements ont été suspendus ces dernières années. Leur reprise est annoncée pour le début 2027, dans le cadre du schéma pour la transition énergétique. Entre-temps, deux ans et demi de crise, d'effondrement des recettes publiques et de paralysie institutionnelle sont passés par là.

Cela ne se rattrape pas d'un claquement de doigts. Mais cela se paie. En pylônes vieillissants, en interventions différées, en dimanche après-midi passé dans le noir avec le congélateur qui se réchauffe.

Face à cela, il y a deux attitudes.

La première consiste à empiler les explications, à convoquer les opérateurs, à écrire des courriers et à attendre le prochain incident pour recommencer.

La seconde consiste à faire voler un drone au-dessus de 1 800 pylônes pour savoir, précisément, où le réseau est fragile. C'est moins spectaculaire qu'une conférence de presse. C'est infiniment plus utile.

Car derrière la continuité électrique, il y a l'usine, le commerce, la chaîne du froid, l'hôpital, l'école, le télétravail. Il y a l'attractivité d'un territoire qui a déjà beaucoup perdu depuis mai 2024 et qui n'a pas les moyens d'ajouter l'instabilité énergétique à ses handicaps.

Il y a surtout un standard à tenir. Celui d'un territoire français qui n'a aucune raison de s'habituer aux coupures généralisées. La Nouvelle-Calédonie n'a pas besoin qu'on l'excuse ni qu'on la plaigne. Elle a besoin qu'on entretienne ses lignes, qu'on répare ses postes et qu'on respecte les calendriers annoncés.

De ce point de vue, la campagne de drones est une bonne nouvelle. Une vraie. Modeste, technique, sans slogan.

Reste la suite, qui sera le juge de paix.

Fin octobre, la côte Est aura été passée au peigne fin de Houaïlou à Hienghène. Les images seront analysées, les défauts recensés, les priorités classées. Alors viendra la seule question qui vaille : combien de ces diagnostics deviendront des chantiers, et à quelle échéance ?

Un drone repère la faiblesse. Il ne la répare pas.

(Crédit photo : Enercal/Drone academy)