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Tribune

Le pays coule, le FLNKS communique

27 août 2026 à 07:00
5 min de lecture
Le pays coule, le FLNKS communique

Résumé IA

Le FLNKS a boycotté les discussions sur l’avenir institutionnel, laissant une chaise vide face à l’État. Cette absence, assumée, vise à rester crédible tout en dénonçant un dialogue jugé inabouti.

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Il y a des rendez-vous qu'on ne rate pas par hasard. Celui-là, le FLNKS l'a manqué volontairement.
Premier grand face-à-face avec l'État depuis le renouvellement institutionnel qu'il appelait de ses vœux et la réponse tient en une image : une chaise vide.

Une méthode connue, une facture déjà payée

Le raisonnement mérite d'être suivi jusqu'au bout, parce qu'il est exposé sans détour. Une démarche transpartisane, dit le FLNKS, ne se décrète pas au moment de monter dans l'avion : elle se construit avant. Laurie Humuni pointe un déplacement dont l'objectif ne serait pas démontré et le résultat pas garanti.

Argument recevable sur le papier. Sauf qu'il conduit, dans les faits, à ne rien tenter du tout.

Car c'est bien là le nœud. Emmanuel Tjibaou, président de l'UC, ira bien à Paris, mais sous sa casquette de député, pas comme membre du Front. L'UC-FLNKS, en tant que telle, ne sera pas de la mission. L'UNI, elle, y sera. Traduction politique : au premier grand rendez-vous financier avec l'État depuis l'installation des nouvelles institutions, la principale composante indépendantiste laisse les autres s'asseoir à la table.

On appelle cela la chaise vide. Ce n'est pas une nouveauté dans le répertoire calédonien. C'est même la plus vieille spécialité maison. Elle présente un avantage considérable : on ne négocie rien, on ne construit rien, on ne prend aucun risque, et l'on conserve intact le droit d'expliquer plus tard que tout est de la faute des autres.

Il faut ici dire les choses telles qu'elles sont, sans procès d'intention mais sans amnésie non plus. Christian Tein préside le FLNKS depuis août 2024, après avoir été le porte-parole de la CCAT, cette cellule qui a passé des semaines à appeler à la mobilisation et à « montrer la force ». On sait ce qu'a produit ce climat. Le 13 mai 2024, le pays a basculé : quatorze morts, plus de deux milliards d'euros de dégâts, une économie fracassée pour des années. Sur le plan judiciaire, la présomption d'innocence s'applique et rien n'est jugé. Sur le plan politique, en revanche, chacun est comptable de ses appels et de leurs conséquences. Ce sont deux registres distincts. Le second n'attend pas le premier.

L'exclusion invoquée face à l'arithmétique des urnes

Reste l'accusation centrale : l'exclusion. Le FLNKS se dit tenu à l'écart de toutes les institutions.

L'argument suppose qu'une place doive être garantie indépendamment du résultat électoral. Or les provinciales du 28 juin ont eu lieu. Le Congrès a été renouvelé. Le 19e gouvernement a été élu le 31 juillet, avec Milakulo Tukumuli à sa présidence et Christopher Gygès à la vice-présidence, sur la base d'un accord de gouvernance assumé publiquement. Les portefeuilles ont ensuite été répartis à l'unanimité des onze membres.

Une majorité s'est constituée. C'est le mécanisme ordinaire de toute démocratie représentative. Perdre une élection n'est pas être exclu : c'est être minoritaire. Et être minoritaire ne prive de rien, ni de la parole au Congrès, ni du droit d'amendement, ni de la possibilité de peser dans un déplacement où l'on défend, précisément, l'intérêt du pays tout entier.

Le paradoxe est d'ailleurs difficile à contourner. Aller réclamer des milliards à la France quand on consacre son énergie à expliquer qu'il faut en sortir, cela devient, disons-le, compliqué à vendre. Le Front semble l'avoir compris. Il annonce d'ailleurs que l'État doit privilégier des réponses adaptées plutôt qu'un nouvel endettement, et constate que plusieurs réponses financières immédiates paraissent déjà engagées.

Sur ce dernier point, il n'a pas tort. Treize milliards de francs ont été annoncés pour la fin du mois. Mais que représente cette somme ? Un mois de répit. Rien de plus. Le pays est en cessation de paiement, et personne ne prétend le contraire.

Ce que la population attend vraiment

Voilà où l'on en revient toujours.

Pendant que se joue ce concours de posture, les Calédoniens vivent une autre réalité, beaucoup plus prosaïque. Ils veulent du travail, des entreprises qui tournent, des salaires versés à la fin du mois, des écoles qui fonctionnent et de quoi remplir le frigo. Ils n'attendent pas un communiqué. Ils attendent des décaissements, des réformes, un cap.

Le FLNKS affirme rester disponible pour poursuivre le dialogue sur l'avenir institutionnel avec l'État, dans un cadre politique clairement défini. Soit. Mais la disponibilité proclamée à distance ne vaut pas participation. Un siège vacant à Paris ne devient pas une contribution parce qu'on l'a justifié dans un communiqué.

Il y a quelque chose de profondément daté dans cette manière de faire. Le monde d'après le 13 mai 2024 exigeait autre chose : de la responsabilité, du courage, de l'ennui administratif, des heures de négociation ingrate sur des lignes budgétaires. Rien d'héroïque. Rien qui fasse un beau slogan.

Ceux qui montent dans l'avion prennent un risque : celui d'être associés à un compromis, donc critiqués. Ceux qui restent ne risquent rien.

Mais l'histoire, elle, retient rarement les absents avec bienveillance. Elle retient ceux qui étaient dans la salle quand il fallait y être.

(Crédit photo : page Facebook "FLNKS-Officiel")