Entre votre bulletin et celui qui vous représente, il y a trois portes

Résumé IA
Le 19 août 2026, le gouvernement calédonien désigne à l'unanimité ses représentants dans près de cent organismes, en une seule séance. Milakulo Tukumuli et Johanito Wamytan cumulent respectivement une douzaine et 18 désignations, tandis que Philippe Dunoyer préside deux hôpitaux sans mandat électif. Le même jour, Paris valide la troisième tranche du prêt garanti par l'État, 115 millions d'euros.
Cinquante-quatre élus siègent au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Dans un même communiqué administratif de deux pages, certains n'occupent qu'un secteur. Deux hommes, eux, cumulent à eux seuls des dizaines de désignations. Le texte ne dit pas pourquoi. Les chiffres, si.
Mercredi 19 août 2026, en une seule séance, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a désigné ses représentants au sein de près de cent organismes. Les arrêtés de nomination ont été approuvés à l'unanimité. Le même jour, Paris a autorisé le versement de la troisième tranche du prêt garanti par l'État, 115 millions d'euros, environ 13 milliards de francs CFP, pour passer le cap de septembre.
Trois portes
Entre le bulletin déposé dans l'urne le 28 juin et la personne qui siège aujourd'hui dans un conseil d'administration, il y a trois intervalles.
L'électeur vote pour une liste provinciale. Les élus provinciaux forment le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, selon l'architecture posée par les accords de Matignon en 1988.
Le Congrès élit ensuite les onze membres du gouvernement, au scrutin de liste à la proportionnelle. L'ordre des candidats est fixé à l'avance sur chaque liste : les élus du Congrès ne peuvent ni ajouter, ni retirer un nom, ni modifier cet ordre. Ce mécanisme découle de la loi organique de 1999, issue de l'accord de Nouméa.
Le gouvernement désigne enfin, dans les organismes qui relèvent de sa tutelle, des personnes qui n'ont besoin d'être élues à aucun de ces deux étages.
L'accord de Nouméa n'a pas inventé ces désignations. Il les a empilées derrière deux étages d'élection indirecte.
Quatre élus, un gouvernement
L'Éveil océanien compte quatre élus sur cinquante-quatre au Congrès. À l'arrivée de ce processus à trois portes, ce groupe tient la présidence du gouvernement, confiée à Milakulo Tukumuli.
Veylma Falaeo siège dans la quasi-totalité des instances sanitaires et sociales du territoire : l'agence sanitaire et sociale, le centre hospitalier du Nord, le centre hospitalier spécialisé, le CREIPAC, l'agence rurale, le groupement d'intérêt public handicap. Vaimu'a Muliava siège au conseil d'administration de la Banque calédonienne d'investissement, à la Société immobilière de Nouvelle-Calédonie, au GIP SI2S et au GIP HDBV. Petelo Sao siège au CREIPAC.
Un détail à ne pas manquer : Milakulo Tukumuli n'a pas été élu sur une liste de l'Éveil océanien, mais sur celle du groupe Rassemblement, qui a recueilli dix voix et deux membres au sein du gouvernement, lui-même et Alcide Ponga.
Gagner, perdre, présider
Philippe Dunoyer conduisait une liste passée sous le seuil aux élections provinciales de juin. Il n'occupe aujourd'hui aucun mandat électif. Réintégré comme chargé de mission à la province Sud, il préside pourtant le conseil d'administration du Centre hospitalier territorial Gaston Bourret et celui du Centre hospitalier spécialisé Albert Bousquet. Il siège également comme personnalité qualifiée à l'agence sanitaire et sociale, au GIP SI2S et au GIP HDBV.
Paul Néaoutyine préside la province Nord sans discontinuer depuis 1999, réélu le 3 juillet dernier. Il préside le conseil d'administration du Centre hospitalier du Nord.
Les scrutins passent, un homme battu aux élections et un homme réélu depuis vingt-sept ans président chacun un hôpital.
Le calendrier d'un secteur
Johanito Wamytan et Milakulo Tukumuli comptent, chacun, parmi les élus les plus sollicités par ce système de désignations. Un décompte des organismes où ils siègent, sur la base du communiqué du 19 août, en additionnant leurs mandats respectifs, donne 18 désignations pour l'un et une douzaine pour l'autre.
À raison de deux réunions par an et par instance en moyenne, cela représente plusieurs dizaines de rendez-vous annuels pour chacun. En plus de la charge de leur secteur, de la déclaration de politique générale prévue le lundi 24 août, du déplacement à Paris programmé du 1er au 5 septembre, et d'une trésorerie territoriale qui se pilote désormais au mois.
Il y avait un groupe derrière chacun d'eux. Ils ont préféré y aller seuls.
Le jour d'avant
Le 5 août, en annonçant la répartition des secteurs du gouvernement, Milakulo Tukumuli expliquait que l'exécutif n'exercerait que les compétences relevant de la Nouvelle-Calédonie, laissant de côté celles des provinces et des communes, "ce qui doit permettre de faire des économies, si chacun s'occupe de ses brebis". Il ajoutait : "nous voulions éviter les portefeuilles à rallonge".
Quatorze jours plus tard, près de cent organismes ont trouvé preneur en une matinée, à l'unanimité. La troisième tranche du prêt garanti par l'État, elle, sera versée avant la fin du mois.

