BIOGAZ DE GADJI : LE TARIF S'AJUSTE, LE DOSSIER SE REFERME

Résumé IA
L'audit commandé par Alcide Ponga sur la centrale biogaz de Gadji à Païta conclut à un fonctionnement normal. Le tarif de rachat de l'électricité passe à 25 francs le kilowattheure, rendant le projet viable.
L'audit commandé par Alcide Ponga sur la première centrale biogaz du pays est sans ambiguïté : le gisement de Gadji produit ce que les déchets enfouis permettent de produire, et l'installation fonctionne normalement. Restait à corriger l'équation économique de départ, bâtie sans la double défiscalisation et sur un tarif trop bas. Selon nos informations, ce sera chose faite avec un prix de rachat porté à 25 francs le kilowattheure.
Une première qui tourne, à son rythme
Inaugurée en décembre 2024 à Païta, Gadji Énergie est une première en Nouvelle-Calédonie, portée par Enercal Énergies Nouvelles, Winéo et Katchii 2, qui réunit quatre tribus de Païta. La centrale transforme en électricité le méthane qui se dégage des casiers de l'installation de stockage des déchets de Gadji. La production d'électricité dépend donc directement de la quantité de gaz captée.
Sur le papier, la centrale d'un mégawatt affichait un productible de 8 000 mégawattheures par an, l'équivalent de 2 400 foyers. Dans les faits, elle a injecté environ 3 000 mégawattheures sur le réseau public de mars à décembre 2025, soit 0,7 % de la distribution publique, selon les données publiées par Enercal.
En demandant un audit, Alcide Ponga, membre du gouvernement chargé de l'énergie et président du conseil d'administration d'Enercal, a choisi la voie la plus sereine. Les conclusions auxquelles nous avons eu accès sont rassurantes : le biogaz produit est cohérent avec les tonnages de déchets susceptibles d'en produire, car toute la matière enfouie ne génère pas de biogaz. La centrale, elle, tourne normalement. L'écart avec les prévisions ne tient donc ni à la décharge ni à la machine, mais à l'estimation de départ, et appelle désormais un suivi précis des optimisations techniques possibles à l'avenir.
La double défiscalisation, mode d'emploi
C'est là que le montage initial s'est privé d'un levier essentiel, bien connu des porteurs de projets ultramarins. La défiscalisation nationale permet à des contribuables de métropole de financer une partie de l'équipement en échange d'une réduction d'impôt. Ils l'acquièrent via une structure dédiée, le louent à l'exploitant pendant plusieurs années, puis le lui cèdent pour une somme symbolique. Une large part de l'avantage fiscal revient à l'exploitant, ce qui équivaut à une quasi-subvention d'environ 40 % de l'investissement. La défiscalisation calédonienne, accordée sur agrément du gouvernement, repose sur un principe voisin et apporte environ 20 % de plus. Les deux se cumulent.
Résultat : jusqu'à 60 % de l'investissement pris en charge. Sur les quelque 400 millions de francs de Gadji, plus de 200 millions auraient pu être financés ainsi. Autant de capital en moins à rembourser, et donc un kilowattheure qui peut se vendre moins cher sans fragiliser le projet.
Recourir à la double défiscalisation relevait de l'opérateur. Gadji Énergie a fait un autre choix, un choix assumé : un financement sur fonds propres, complété par de la dette bancaire. Et avec un tarif de rachat fixé en 2019 à 13,6 francs, quand la Guyane rachète l'électricité de ses unités comparables autour de 24 francs. Sans le premier levier, le second devenait difficile à tenir.
Sur le volet économique, les avis peuvent différer sur le montage initial et le niveau du tarif. D'autres schémas auraient pu être envisagés, et le sujet pourra être rediscuté.
25 francs, le juste prix
Selon nos informations, le tarif de rachat devrait passer à 25 francs le kilowattheure, de quoi rendre le projet viable. Le niveau n'a rien d'exorbitant : il reste dans la fourchette du coût du thermique, de 20 à 25 francs, avancée à l'inauguration, et proche de ce qui se pratique en Guyane. Surtout, il demeure très en deçà de ce que paient les Calédoniens : depuis la hausse du 1er octobre, le kilowattheure domestique est facturé 41,81 francs, et 46,58 francs au-delà de 3,3 kVA de puissance souscrite, hors abonnement. Rapporté aux 691 gigawattheures consommés sur le réseau public en 2025, le surcoût pèserait moins de 0,15 franc par kilowattheure.
Alcide Ponga, qui entend soutenir les projets innovants, l'a résumé lors de sa visite du site : « Cette visite permet de mesurer concrètement le potentiel de cette installation, mais aussi les difficultés auxquelles elle est confrontée. L'enjeu est de permettre à cette première filière de valorisation du biogaz de fonctionner dans de bonnes conditions. » Le signal est clair : la Calédonie peut ouvrir des voies nouvelles, à condition de leur donner les moyens de durer.
Chacun dans son rôle
La CSP exploite l'installation de stockage pour le compte du Syndicat intercommunal du Grand Nouméa et fournit le biogaz à la centrale. En réalisant un audit technique, elle montre sa volonté de trouver des solutions. Cet audit doit permettre de dresser un état des lieux du réseau de captage et de définir les actions pour augmenter le volume de gaz valorisé. L'objectif est de fixer une feuille de route que les parties suivront ensemble. Des marges de progrès existent probablement, et chacune des parties fera son maximum pour atteindre l'optimum possible en matière de dégazage.
La CSP mettra tout en œuvre pour aider l'exploitant à optimiser le gisement, continuera de l'accompagner techniquement dans la recherche de solutions et travaillera toujours à ses côtés pour améliorer les rendements.
Le gaz est là, la centrale fonctionne, le tarif s'ajuste. Le débat est clos, le dossier refermé.



