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Les caisses du pays tiennent jusqu'en septembre

20 août 2026 à 08:05
6 min de lecture
Les caisses du pays tiennent jusqu'en septembre

Résumé IA

Mercredi 19 août, le Congrès a examiné à huis clos les comptes du pays, avec 48 élus présents. L'État versera 13 milliards de francs fin août, offrant une trésorerie assurée seulement jusqu'en septembre, selon Philippe Blaise.

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Treize milliards pour tenir un mois, et pas un jour de plus. Mercredi, le Congrès a regardé les comptes du pays en face. Il n'en est pas ressorti rassuré.

Une séance à huis clos et des chiffres qui ne mentent pas

Quarante-huit conseillers présents sur cinquante-quatre. Le chiffre, à lui seul, dit ce que les élus étaient venus chercher mercredi 19 août en commission plénière non publique : la vérité comptable du pays, sans filtre, sans communiqué et sans caméra.

La présidente du Congrès, Virginie Ruffenach, a relevé une participation quasi record. Elle a décrit une situation très difficile, formule pudique pour un exercice qui n'avait rien d'une présentation de routine. Cette fois, a-t-elle souligné, les élus sont entrés dans le détail des comptes. Et le détail, ici, est aride autant qu'il est têtu.

L'État a accepté de verser d'ici la fin du mois d'août treize milliards de francs sur le prêt garanti de 44,2 milliards contracté fin mai auprès de l'Agence française de développement. Environ 16,8 milliards avaient déjà été décaissés. Sur les 27,5 milliards encore attendus, cette tranche en laisse près de 14,5 à débloquer. À quoi s'ajoute une subvention de l'État de 7,2 milliards, promise, mais toujours pas arrivée dans les caisses.

Le calcul ne s'arrête pas là. Selon les estimations présentées aux élus, il faudrait douze à treize milliards supplémentaires pour atteindre janvier ou février 2027. Autrement dit : le trou n'est pas comblé. Il est repoussé de quelques semaines.

Philippe Blaise, membre du gouvernement chargé du budget et des finances, n'a rien enjolivé. Ce versement, a-t-il résumé, donnera de l'air jusqu'en septembre. De l'air, donc. Pas une sortie de crise : un sursis. Ce prêt aurait d'ailleurs dû être intégralement versé en début d'année. L'État l'a plutôt distribué au compte-gouttes, comme retenu par un élastique, dans l'attente d'engagements fermes sur le Ruamm et sur les retraites.

La conséquence est concrète et rarement dite à voix haute : la Nouvelle-Calédonie a dû retarder certains paiements, dont le reversement de parts d'impôts destinées à des organismes publics, aux communes et aux provinces. Le retard de l'un devient l'asphyxie des autres. C'est ainsi que les crises budgétaires se propagent, silencieusement, jusqu'aux mairies.

Pierre-Chanel Tutugoro, chef du groupe Kanaky NC, n'a pas décrit d'affrontement politique lors de cette séance dense. Plutôt des demandes d'éclaircissement, nombreuses et méthodiques. Il a salué la transparence assumée de Milakulo Tukumuli, venu présenter les comptes tels qu'il les a trouvés à son arrivée. C'est un progrès réel. Ce n'est pas encore une solution.

Cinquante milliards évaporés, et le courage qui a manqué

Reste le fond du dossier. Et il est brutal.

Les destructions d'entreprises et d'emplois de 2024 ont privé la collectivité d'environ cinquante milliards de francs de recettes fiscales par rapport à 2023. Cinquante milliards évaporés en une seule année, pour des raisons que personne, ici, n'a oubliées. Virginie Ruffenach a décrit une véritable chute libre : effondrement des recettes fiscales, effondrement de l'emploi, sur un socle déjà fragilisé avant 2024 par la séquence référendaire.

Naïa Wateou, pour Les Loyalistes, a prolongé le constat sans détour. Avant mai 2024, la Nouvelle-Calédonie était déjà en difficulté et de grandes réformes s'imposaient. Ce que 2024 lui a retiré, c'est la capacité de les mener seule. Aujourd'hui, l'équilibre est maintenu a minima, et il tient parce que l'État accompagne le territoire. Il faut nommer cette réalité plutôt que la contourner : sans la solidarité nationale, les comptes du pays ne tiendraient pas debout un trimestre.

Alors où chercher les marges de manœuvre ? Philippe Blaise les situe dans les quelque cent milliards de dépenses annuelles de santé, aujourd'hui insuffisamment pilotées selon lui. Il n'évoque ni fermeture, ni rationnement, ni remise en cause du nombre de médecins ou de la qualité des soins rendus aux Calédoniens. Il parle de quelques pourcents d'économies, obtenus en distinguant patiemment ce qui est vital de ce qui l'est moins. Un travail de longue haleine, insiste-t-il, qui ne se mène pas avec des idées toutes faites. C'est là, précisément, que se trouvent les leviers susceptibles de réduire le déficit et de rassurer l'État sur la capacité du territoire à revenir vers une gestion saine.

Sur les retraites, le diagnostic est plus simple et pas moins inquiétant : il n'y a plus assez de cotisants. Des réformes sont engagées, mais le régime du privé réclame à la fois des moyens pour être pérennisé et des transformations structurelles que nul ne pourra indéfiniment reporter.

Et puis il y a cet aveu, formulé sans détour par le membre du gouvernement chargé des finances : le courage de mener les réformes a manqué, et il faudra désormais les mener. Cette phrase engage bien plus qu'un exercice budgétaire. Elle engage une décennie de renoncements collectifs.

Paris en septembre, et l'heure des responsabilités

Sur le diagnostic, les groupes convergent. Sur le chemin, beaucoup moins.

Jordan Courtot, chef du groupe Rassemblement, a remercié le gouvernement pour l'ampleur du travail présenté et estimé que chacun se trouvait désormais placé face à ses responsabilités. Les élus, les collectivités, mais aussi les Calédoniens eux-mêmes sont au pied du mur, et il faudra de la résilience pour porter les réformes qui s'imposent. Valentine Eurisouke, pour l'UNI, a rappelé la contrepartie posée par Paris à chaque déblocage : des réformes de fond, afin de cesser de tendre la main à chaque exercice budgétaire. Le financement obtenu assainira la situation. Il ne la réglera pas.

Le groupe Kanaky NC ne ferme pas la porte aux réformes structurelles, mais pose ses limites d'emblée. Pierre-Chanel Tutugoro veut commencer par revoir les niches fiscales, en évitant, dit-il, de creuser la plaie là où elle fait déjà mal. Il attend surtout que le vrai débat s'ouvre au retour de la mission transpartisane, pour identifier ensemble les textes à créer et les réformes à engager dans la durée. Car pour l'heure, chacun l'a compris, le territoire gouverne dans l'urgence.

La délégation transpartisane sera à Paris du 1er au 5 septembre. Elle n'y va pas les mains vides, mais elle y va avec un écart considérable à combler. Virginie Ruffenach évalue déjà à soixante milliards l'aide nécessaire pour la seule année 2027. Le pacte de refondation, lui, en prévoit quarante-quatre pour toute la période 2027-2030. Cet écart n'est pas une querelle de chiffres entre techniciens : c'est l'espace exact où se jouera le rapport de force politique de la rentrée.

Le calendrier immédiat ne laisse aucune marge. Terminer budgétairement l'année 2026. Voter ensuite un budget supplémentaire en toute sincérité. Préparer enfin un budget 2027 dont Philippe Blaise reconnaît lui-même qu'il sera difficile à construire, et qui dépendra largement de l'effort consenti par la France.

Reste l'essentiel, que la séance a fini par ramener au centre de la table : la relance économique est la seule issue véritable. Recréer des emplois, retrouver des cotisants, permettre à des entreprises de gagner de l'argent et de payer des impôts. Aucun versement de l'État ne remplacera cette mécanique. Avant de recréer de la recette, il faudra recréer de la confiance.

Le premier cap sera fixé lundi 24 août, avec la déclaration de politique générale de Milakulo Tukumuli.

Treize milliards ont acheté quelques semaines de répit. Ils n'achèteront pas les réformes. Celles-là, personne ne les votera à la place des Calédoniens.

(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)

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