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L’argent dort, les salariés trinquent

3 novembre 2026 à 08:05
5 min de lecture
L’argent dort, les salariés trinquent

Résumé IA

La Fédé demande à l'État d'utiliser des crédits non consommés pour financer une aide au carburant en faveur des salariés du privé et agents publics exclus du Soutien Carburant Pro. Elle propose une indemnité de 10 000 F CFP par mois pendant trois mois, ciblée selon les revenus et l'éloignement du domicile au travail. Le courrier du 2 novembre 2026 sollicite un échange avec la Mission interministérielle.

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Ils se lèvent tôt, prennent leur voiture et paient le plein de leur poche pour aller travailler.
Ces Calédoniens-là, La Fédé demande à l’État de ne plus les oublier, sans réclamer un franc de budget supplémentaire.

Les oubliés du Soutien Carburant Pro

Le courrier est daté du 2 novembre 2026. Il est signé par S. Teriitehau, secrétaire général de La Fédé, et adressé au directeur de la Mission interministérielle. Son objet tient en une ligne : la création d’un dispositif exceptionnel d’aide au carburant.

La démarche part d’un constat aussi comptable que social.

Une partie des concours financiers que l’État accorde à la Nouvelle-Calédonie passe par la Mission interministérielle. Sur l’exercice 2026, certains crédits pourraient ne pas être consommés. La Fédé propose de vérifier si ces reliquats de crédits peuvent financer un coup de pouce aux travailleurs calédoniens touchés par la hausse des prix à la pompe.

En juin, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a lancé le Soutien Carburant Pro. Cette mesure vise les secteurs professionnels les plus exposés à l’envolée des prix des carburants.

La Fédé ne la conteste pas. Elle la juge même pertinente : la mesure répond à des difficultés économiques bien réelles et protège des activités indispensables au fonctionnement du territoire.

Mais elle pointe un angle mort.

Le salarié du privé qui ne travaille pas dans un secteur éligible n’y a pas droit. L’agent public non plus. Pourtant, l’un comme l’autre paient seuls leurs déplacements domicile-travail, chaque jour, sans aucune aide.

Et pour beaucoup, la voiture n’a rien d’un confort.

Dans de nombreuses communes, surtout celles qui sont loin des grands bassins d’emploi, le transport collectif est insuffisant, quand il existe. Il n’y a pas d’autre option réaliste. Ces actifs consacrent donc une part croissante de leurs revenus à une dépense qu’ils ne peuvent pas éviter, simplement pour garder leur emploi.

Le courrier le dit sans détour. L’économie est dégradée et de nombreux ménages voient déjà leur pouvoir d’achat reculer. Dans ce contexte, le plein n’est plus un simple ajustement de budget. Pour certains foyers, il pèse sur les charges courantes, sur les besoins de la famille, parfois même sur la capacité à continuer de travailler.

D’où une exigence de cohérence. Les politiques de soutien ne peuvent pas s’arrêter aux entreprises dont l’activité dépend du carburant. Elles doivent aussi s’adresser à ceux qui font tourner, chaque matin, l’économie calédonienne et ses services publics.

10 000 F par mois, ciblés sur ceux qui en ont besoin

La piste avancée s’inspire d’un modèle venu de l’Hexagone. L’État y a mis en place une aide directe pour les travailleurs qui utilisent leur véhicule personnel. Elle est ciblée selon les revenus et la distance entre le domicile et le travail. La Fédé ne demande pas un copier-coller. Elle veut un mécanisme adapté aux réalités économiques, géographiques et sociales du pays.

Concrètement, l’organisation esquisse une indemnité exceptionnelle versée directement aux salariés du privé et aux agents publics obligés de prendre leur voiture. Elle compenserait, au moins en partie, le surcoût à la pompe.

Durée envisagée : trois mois. Elle pourrait être prolongée si les prix et la conjoncture le justifient.

Le ciblage se veut rigoureux. Priorité aux salariés modestes, en s’appuyant sur l’attribution du complément familial, pour que l’effort profite d’abord aux ménages les plus fragiles. La distance parcourue compterait aussi, tout comme l’absence ou la faiblesse de l’offre de transport en commun.

Le chiffrage tient en une proposition de départ : 10 000 F CFP par mois pendant trois mois, soit 30 000 F CFP par bénéficiaire.

La Fédé présente ce montant comme une base de travail. Il devra être ajusté selon le nombre de personnes concernées, les critères retenus et l’argent réellement disponible.

L’argent existe déjà, encore faut-il l’utiliser

Ce qui frappe dans ce courrier, c’est son ton. Pas de surenchère. L’organisation reconnaît noir sur blanc les contraintes budgétaires auxquelles l’État et la Nouvelle-Calédonie font face.

Elle ne réclame pas de nouvelle enveloppe. Elle demande que l’on regarde l’argent déjà destiné au territoire.

Son raisonnement est limpide. La recherche d’économies et la maîtrise de la dépense publique ne doivent pas faire oublier les situations de précarité. Pour elle, les moyens déjà mobilisés au profit de la Calédonie devraient, dans le respect des règles qui les encadrent, pouvoir répondre à l’urgence sociale.

La Fédé juge difficilement compréhensible que des crédits attribués au territoire, puis restés inutilisés, ne puissent même pas être étudiés pour financer une mesure aussi concrète. Leur donner une utilité sociale serait, écrit-elle, une réponse pragmatique.

Au-delà de la somme, il y a un message : celui de la reconnaissance du travail. Ces salariés continuent d’aller chaque jour à leur poste malgré une conjoncture difficile et des charges qui ne cessent de grimper.

Pour La Fédé, la défense du pouvoir d’achat ne peut pas rester une déclaration d’intention. Elle doit se traduire en mesures concrètes, équitables et adaptées à ce que vivent réellement les travailleurs calédoniens.

Le secrétaire général conclut en demandant un échange avec les services de la Mission interministérielle. Il s’agit de vérifier si ces reliquats existent, s’ils peuvent être mobilisés et à quelles conditions administratives et financières.

La balle est désormais dans le camp de l’État.

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(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)