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Au delà du récif

Permafrost : la bombe à CO2

3 novembre 2026 à 10:00
4 min de lecture
Permafrost : la bombe à CO2

Résumé IA

Deux rapports de l’ONU publiés lundi alertent sur des dégâts « irréversibles » pour la cryosphère au-delà de 1,5°C de réchauffement. Les scientifiques appellent à agir vite, alors que la COP31 s’ouvre dans une semaine.

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Deux rapports de l’ONU publiés ce lundi tirent la sonnette d’alarme : au-delà de 1,5°C, une partie de la glace terrestre ne reviendra pas.
Glaciers, banquise, sols gelés : les scientifiques parlent de dégâts « irréversibles », à une semaine de la COP31.

Glaciers, banquise, permafrost : la facture est déjà là

Le message est sans détour. Franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle, l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris, aura des conséquences « importantes et souvent irréversibles » sur la cryosphère et les océans polaires.

La cryosphère, c’est tout ce qui, sur la planète, est fait de neige, de glace ou de sols gelés.

Deux rapports des Nations unies le disent ce lundi. Et ils appellent à agir « aussi vite que possible ».

Il faut se garder du catastrophisme de tribune comme du déni. Ici, ce sont des glaciologues et des océanographes qui parlent, chiffres en main. Leurs constats méritent d’être lus froidement.

Les effets ne relèvent pas d’un futur lointain.

La fonte des glaciers et de la banquise, le dégel du permafrost, la montée des eaux de plus en plus rapide : chacun de ces phénomènes alimente les autres. Au bout de la chaîne, il y a davantage d’inondations, des pertes économiques et écologiques, des pénuries d’eau et des montagnes plus dangereuses.

La Suisse en offre un exemple concret. Le pays a déjà perdu 20 % de sa masse glaciaire, rappelle le rapport.

Le constat le plus dérangeant est ailleurs. Même si l’objectif de 1,5°C garde sa pertinence, il est déjà « trop haut » pour la glace. La « température de sécurité » de la cryosphère se situerait plutôt autour de 1°C, voire en dessous.

Or la planète affiche aujourd’hui 1,37°C de réchauffement. Selon le réseau européen Copernicus, le dépassement avéré de 1,5°C pourrait survenir vers 2030.

C’est demain.

Une récupération qui se comptera en siècles

James Kirkham, auteur principal de l’un des deux rapports, est clair : il faut ramener les températures « bien en dessous de 1,5°C aussi rapidement que possible » pour limiter la perte de glace dans les régions polaires et montagneuses.

Chaque fraction de degré supplémentaire et chaque année passée au-delà de ce seuil entraînera des conséquences plus dévastatrices, martèle-t-il.

Les scientifiques redoutent surtout les points de basculement, ces seuils au-delà desquels un système change d’état. Même avec un retour sous 1,5°C, préviennent-ils, « la récupération sera très lente ».

Chen Zhao, glaciologue spécialiste de l’Antarctique, le formule sans ambiguïté pour les calottes glaciaires : repasser sous le seuil « n’effacera pas pour autant les conséquences » de la période de dépassement.

Tout n’est pas noir pour autant. Les auteurs évoquent quelques « lueurs d’espoir ». Certains glaciers pourraient se reconstituer en partie si le réchauffement repassait vite sous 1,5°C, voire sous 1°C. La banquise arctique pourrait elle aussi en profiter.

Il y a cependant une limite. Matthew England, océanographe et climatologue à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, rappelle que la reconstitution n’avance pas au rythme du déclin : elle peut prendre « plusieurs décennies, voire des siècles ».

Pour les territoires insulaires du Pacifique, ce décalage dans le temps a des conséquences très concrètes.

COP31 : l’heure des actes, pas des slogans

Le second rapport envisage un scénario beaucoup plus sombre : un dépassement de 2,8°C qui se prolongerait jusqu’au siècle prochain.

Dans ce cas, le niveau des mers pourrait monter jusqu’à 5 cm par an d’ici 2150. Aujourd’hui, il monte de 0,45 cm par an. Le permafrost en dégel pourrait libérer chaque année autant de CO2 que les États-Unis, deuxième plus gros pollueur du monde, en émettent actuellement.

Ce scénario n’a rien d’une fiction. D’après un récent rapport de l’ONU, même si les pays tenaient leurs engagements climatiques, le monde se dirigerait vers environ 2,6°C de réchauffement d’ici 2100.

Ce chiffre en dit long. Les grandes déclarations ne suffisent pas, et les promesses non tenues coûtent cher. La responsabilité se mesure aux émissions réelles de chaque pays. Elle ne se mesure ni aux discours ni à la culpabilité affichée.

James Kirkham refuse le renoncement. Selon lui, un dépassement temporaire de 1,5°C ne rend pas l’accord de Paris caduc : il le rend « encore plus urgent ». Il ajoute que des ambitions politiques « suffisantes et immédiates », en particulier sur la réduction des énergies fossiles, peuvent encore limiter nettement les dégâts.

Le chercheur népalais Gunjan Silwal, spécialiste des glaciers, résume l’enjeu : « Les décisions prises au cours des prochaines années détermineront l’ampleur des dégâts. » Il rappelle que « la tragédie au Népal n’est qu’un avant-goût ».

La COP31 s’ouvre dans une semaine. Les délégations n’y seront pas jugées sur leurs déclarations, mais sur leurs résultats.

(Crédit photo : Getty - Bill Raften)