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Koumac : 1 314 hectares partis en fumée

3 novembre 2026 à 09:00
5 min de lecture
Koumac : 1 314 hectares partis en fumée

Résumé IA

La province Nord concentre 87,4 % des 274 incendies recensés en Nouvelle-Calédonie depuis janvier, avec près de 8 980 hectares concernés. Le feu le plus étendu frappe Koumac avec 1 314 hectares, tandis que les mois de novembre et décembre, marqués par un El Niño en renforcement, restent sous haute surveillance.

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274 incendies en dix mois. Un total dans la moyenne, mais une province Nord qui concentre presque toutes les surfaces touchées.
Avec un El Niño qui se renforce, les deux derniers mois de l’année vont se jouer sous haute surveillance.

Des chiffres dans la norme, loin du catastrophisme

Les faits d’abord.

Au 31 octobre 2026, 274 incendies ont été recensés en Nouvelle-Calédonie à partir des observations du satellite VIIRS-SNPP. C’est ce qu’indique le dernier point de situation de l’Observatoire de l’environnement, publié le 1er novembre.

Ce chiffre ne relève ni de l’exception ni du drame annoncé. Il place 2026 au 7e rang sur 15 saisons, dans la moitié centrale des années observées à la même date. Mieux : il reste inférieur de 18,9 % à la médiane historique, qui s’établit à 338 incendies.

Le capteur MODIS, qui dispose d’un historique plus long, va dans le même sens. Avec 27 incendies, il décrit une activité relativement faible au regard de ses propres archives.

Ceux qui crient à l’apocalypse en sont pour leurs frais. Mais un chiffre moyen ne veut pas dire une saison anodine, et l’Observatoire le rappelle lui-même : ces comparaisons portent sur le nombre de feux, pas sur leur gravité.

Car la saison a eu son pic. De juillet à septembre, l’activité s’est nettement intensifiée : 21 nouveaux incendies en juillet, 41 en août, puis 95 en septembre. Le 22 septembre, on en a enregistré 14 en une seule journée. Entre le 17 et le 23 septembre, 48 événements se sont succédé.

Octobre a apporté un peu d’air. Avec 50 nouveaux feux, le rythme quotidien a reculé de 49,1 %, passant de 3,17 à 1,61 incendie par jour. Il reste pourtant plus élevé qu’en juillet ou en août.

Sur les sept derniers jours d’octobre, 7 incendies ont été enregistrés, contre 21 la semaine précédente. L’accalmie n’est pourtant pas uniforme : les quatorze derniers jours en totalisent 28, contre 20 sur la quinzaine précédente. L’Observatoire écarte donc toute conclusion hâtive sur une baisse durable.

Le Nord paie le prix fort

Si le total reste raisonnable, sa répartition géographique l’est beaucoup moins.

La province Nord concentre 242 enregistrements, soit 87,4 % du total, et 90,5 % des superficies concernées, avec près de 8 980 hectares d’emprises. La province Sud en compte 28, la province des Îles 7.

Le feu le plus étendu de l’année a frappé Koumac. Parti le 20 septembre, il couvre une emprise de près de 1 314 hectares et a fait l’objet de 88 détections satellitaires, soit 15,1 % de toutes les observations de l’année. Sa dernière détection remonte au 22 septembre.

Ouégoa arrive en tête du classement des communes, avec 49 incendies et environ 1 657 hectares d’emprises. Koumac suit, avec 8 incendies seulement mais 1 644 hectares. Viennent ensuite Kaala Gomen, Koné, Pouébo, Poum, Hienghène, Poindimié et Thio.

Ce sont des noms que les Calédoniens connaissent bien. Ce sont aussi des terres de brousse, d’élevage et de tribus, où chaque hectare compte.

Un point de méthode, pour rester exact : ces surfaces sont des emprises potentielles, et non des surfaces réellement brûlées. Leur somme atteint 9 831 hectares. Une validation plus fine, par imagerie Sentinel-2 et sur le terrain, reste nécessaire.

Le plus préoccupant se trouve ailleurs. Les feux ont touché des zones sensibles pour l’eau et la biodiversité.

En province Nord, 15 incendies concernent des bassins versants qui produisent de l’eau potable, et 19 des périmètres de protection des eaux. Dans le Sud, on en compte respectivement 3 et 8. Les périmètres d’alerte sur les espèces menacées sont touchés par 21 incendies dans le Nord, sur plus de 1 216 hectares.

Trois aires protégées ont été atteintes : le Mont Panié, Hyabé-Lé Jao et le Parc des Grandes Fougères. Des bassins versants qui bordent les lagons inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco ont également brûlé, surtout dans la Zone côtière Nord-Est.

C’est le patrimoine naturel calédonien qui est en jeu, celui qu’on transmet. Le protéger relève moins du discours que de la responsabilité de chacun.

Novembre et décembre, les deux mois de tous les dangers

Le bilan, insiste l’Observatoire, reste provisoire.

Entre 2013 et 2025, environ 21,4 % des incendies annuels ont commencé après le 31 octobre. Novembre et décembre pèsent donc encore lourd dans une saison. Les données de MODIS portent cette part à 29,4 %.

L’Observatoire précise toutefois que ce repère n’est pas une prévision pour 2026.

Le contexte climatique, lui, n’incite pas à baisser la garde.

Selon Météo-France Nouvelle-Calédonie, septembre a connu un déficit de pluie de 64 % à l’échelle du pays, avec une température moyenne inférieure de 1 °C à la normale. Du 1er au 19 octobre, seulement 19 millimètres sont tombés, soit un déficit de 68 %.

Le bulletin saisonnier du 20 octobre fait état d’un épisode El Niño de forte intensité, encore en progression. Pour la période de novembre 2026 à janvier 2027, il privilégie des pluies déficitaires et des températures au-dessus des normales. Ce sont des tendances probabilistes, et un mois ou un secteur peut s’en écarter. La NOAA américaine décrivait elle aussi, le 8 octobre, un El Niño en renforcement.

L’Observatoire reste prudent : le manque de pluie peut favoriser le dessèchement de la végétation, mais il ne remplace pas une mesure de son humidité.

Sa conclusion tient en une idée simple. Un nombre d’incendies modéré à l’échelle du pays peut quand même avoir des conséquences importantes sur certains sites, et il faut encore les documenter.

La suite du suivi permettra de connaître les surfaces réellement brûlées et de mesurer les dégâts sur l’eau et les milieux.

D’ici là, une chose ne change pas : la brousse calédonienne ne se protège pas toute seule.

(Crédit photo : L'Observatoire de l'Environnement en Nouvelle-Calédonie-OEIL)