Quand le droit international vacille sous les coups de boutoir des rapports de force, les mots des diplomaties occidentales engagent bien plus que de simples postures.
Face aux déclarations offensives de Washington, Paris rappelle une ligne rouge : les frontières ne se redessinent pas par la contrainte.
Une ligne rouge diplomatique clairement posée par Paris
Il ne peut pas y avoir de modification des frontières par la force. La formule est nette, assumée, sans ambiguïté.
Ce lundi 5 janvier 2026, le porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, a réaffirmé au micro de TF1 un principe cardinal du droit international, après les nouvelles déclarations de Donald Trump sur le Groenland.
Deux jours plus tôt, à bord de son avion présidentiel, le président américain avait de nouveau exprimé son souhait de voir l’immense île arctique passer sous contrôle des États-Unis, invoquant des impératifs de sécurité nationale et évoquant un calendrier de quelques mois. Des propos qui ont immédiatement suscité inquiétudes et réactions en chaîne au sein des capitales européennes.
La France n’a pas tardé à afficher sa solidarité pleine et entière avec le Danemark, rappelant qu’Emmanuel Macron s’est rendu récemment au Groenland, signe d’un engagement politique clair sur ce dossier sensible. Pour Paris, la position est constante : le Groenland appartient aux Groenlandais, dans le cadre juridique qui le lie au Royaume du Danemark, et toute évolution de statut ne peut relever que d’un choix démocratique, jamais d’une pression extérieure.
Dans un contexte international marqué par le retour des logiques de puissance brute, cette prise de position française s’inscrit dans une défense assumée de l’ordre international fondé sur le droit, loin des accommodements et des silences prudents.
Le Groenland, territoire autonome au cœur des convoitises stratégiques
Avec plus de deux millions de kilomètres carrés et une position géographique clé entre l’Amérique du Nord et l’Europe, le Groenland occupe une place stratégique majeure. Bien que situé en Amérique du Nord, il relève juridiquement et économiquement de l’espace européen par son appartenance au Royaume du Danemark.
Territoire autonome depuis 1979, avec une autonomie renforcée en 2009, le Groenland dispose de son propre parlement, de son gouvernement et de larges compétences internes. La défense, la politique étrangère et la monnaie demeurent toutefois sous responsabilité danoise. La loi d’autonomie prévoit explicitement que toute décision sur l’indépendance relève exclusivement du peuple groenlandais.
Peuplé d’environ 58 000 habitants, majoritairement inuits, le Groenland concentre aujourd’hui des enjeux majeurs : ressources naturelles, routes maritimes arctiques, sécurité militaire et équilibres géopolitiques mondiaux. Les conséquences du réchauffement climatique ouvrent progressivement des voies maritimes, réduisant drastiquement les distances entre l’Asie et l’Europe, renforçant l’intérêt stratégique de la région.
Historiquement, les États-Unis considèrent le Groenland comme un maillon essentiel de leur dispositif de sécurité. Une base militaire américaine est implantée à Pituffik depuis les années 1950. Plusieurs tentatives d’achat de l’île par Washington ont jalonné les XIXᵉ et XXᵉ siècles, toutes refusées par le Danemark.
Mais les déclarations récentes de Donald Trump franchissent un seuil inédit, en suggérant une prise de contrôle politique, et non plus une simple coopération stratégique.
Une Europe prudente mais plus ferme face aux ambitions américaines
Au sein de l’Union européenne, la préoccupation est réelle. La Commission européenne a rappelé son attachement aux principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières, inscrits dans la Charte des Nations unies. Des principes qualifiés d’universels et non négociables, en particulier lorsqu’un territoire lié à un État membre est concerné.
Si les Européens avancent avec prudence, notamment en raison des négociations en cours sur d’autres théâtres internationaux, le ton se durcit clairement sur le Groenland. Plusieurs dirigeants européens ont exprimé leur soutien explicite au Danemark. Le ministre français des Affaires étrangères a lui-même résumé la position de Paris en une formule sans détour : le Groenland n’est ni à vendre ni à prendre.
Sur place, le Premier ministre groenlandais a appelé au calme, rejetant tout scénario de conquête militaire, tout en annonçant un durcissement du ton diplomatique face à ce qu’il considère comme une communication inacceptable par voie médiatique. Une manière d’affirmer une souveraineté politique sans céder à la panique ni à la surenchère.
Les opinions au sein de la population groenlandaise restent contrastées. Certains y voient une menace directe pour la stabilité régionale et l’Alliance atlantique. D’autres, notamment dans les rangs indépendantistes, perçoivent ces tensions comme un levier possible pour accélérer une émancipation vis-à-vis du Danemark. Une réalité politique complexe, mais encadrée juridiquement.
Dans un monde où les frontières sont de nouveau contestées par la force ou la menace, la position française sur le Groenland sonne comme un rappel salutaire. La souveraineté ne se négocie pas sous pression, et encore moins sous la contrainte militaire ou politique. En réaffirmant ce principe, Paris assume une ligne claire, pro-européenne et fidèle au droit international, là où d’autres préféreraient parfois composer avec les rapports de force.
Le Groenland, territoire stratégique au cœur des rivalités du XXIᵉ siècle, restera un test majeur pour la solidité des principes occidentaux face aux ambitions des grandes puissances.

















