Concurrence : l’État frappe plus fort que jamais

Deux chiffres suffisent à mesurer l’ampleur du phénomène. La concurrence en France accélère, et l’État reprend la main face aux géants économiques.
Une montée en puissance incontestable depuis 2008
Depuis sa création en 2008, l’Autorité de la concurrence s’est imposée comme un pilier de la régulation économique française. Née dans le prolongement de l’ordonnance du 1er décembre 1986, qui a ancré l’économie de marché en France, elle incarne aujourd’hui une autorité incontournable face aux dérives du capitalisme non régulé.
Le bilan publié le 9 juillet 2026 confirme cette montée en puissance. Avec 328 décisions de contrôle de concentrations en 2025, contre 295 en 2024, l’activité atteint un niveau historique. Cette progression n’est pas anodine : elle traduit une intensification des opérations de fusion et de rachat dans un contexte de recomposition économique accélérée.
Dans le même temps, le nombre de décisions contentieuses progresse, passant de 11 à 17 en un an. Les avis rendus augmentent également, preuve que l’institution est de plus en plus sollicitée pour encadrer les marchés. Malgré une légère hausse des dossiers en attente, à 125 en 2025, le niveau reste très inférieur aux plus de 400 dossiers non traités au début des années 2000, signe d’une gestion plus rigoureuse et efficace.
Des sanctions ciblées contre les abus de position dominante
L’année 2025 marque aussi une intensification de la lutte contre les abus de position dominante. 379,3 millions d’euros de sanctions ont été infligés, un montant certes inférieur à la moyenne décennale, mais qui cible des acteurs stratégiques.
Le cas le plus emblématique reste celui d’Apple, sanctionné à hauteur de 150 millions d’euros pour des pratiques anticoncurrentielles dans la publicité mobile. Une décision forte qui rappelle que même les géants technologiques ne sont pas au-dessus des règles françaises.
Autre dossier marquant, celui de Doctolib, condamné à 4,6 millions d’euros pour avoir verrouillé l’accès au marché lors du rachat de MonDocteur. Cette décision souligne une réalité trop souvent minimisée : la concentration excessive peut étouffer l’innovation et éliminer la concurrence loyale.
Dans un contexte international où certains États renoncent à réguler, la France fait le choix inverse. Elle affirme une ligne claire : protéger le marché sans céder aux abus de puissance économique.
Une économie sous surveillance, notamment dans la grande distribution
Le contrôle des concentrations reste le cœur de l’activité. En 2025, plus de 98 % des 328 opérations ont été autorisées sans engagement, preuve que la majorité des transactions respectent les règles. Mais certains secteurs concentrent l’attention.
La grande distribution représente près de la moitié des dossiers. Des opérations majeures ont été validées, comme le rachat de 19 magasins Auchan par Lidl, ou celui des 186 magasins Cora et Match par Carrefour, ce dernier sous conditions.
En 2026, la vigilance reste maximale. Le passage de 167 magasins Auchan sous enseignes Intermarché et Netto fait l’objet d’un suivi attentif. De même, la décision attendue sur la fusion entre Euralis et Maïsadour pourrait redessiner le paysage agroalimentaire français.
Dans un contexte de tensions sur le pouvoir d’achat, le contrôle de la concurrence devient un enjeu politique majeur. Il ne s’agit plus seulement de réguler, mais de garantir un équilibre entre liberté économique et protection des consommateurs.
La France assume ainsi une ligne ferme : oui à l’économie de marché, non aux dérives monopolistiques. Une stratégie qui tranche avec le laxisme observé ailleurs et qui confirme que la souveraineté économique passe aussi par une concurrence saine et encadrée.
(Crédit photo : Autorité de la concurrence)

