Vague de migrants à Ceuta : de Philippe à Le Pen, les appels à durcir les contrôles se multiplient

La crise migratoire à Ceuta fait émerger un front favorable à un durcissement de la politique migratoire. Du RN à LR, en passant par Horizons, plusieurs responsables demandent un renforcement des frontières et une réforme des règles européennes.
Louise Dugast 31/07/2026

La crise migratoire à Ceuta fait émerger un front favorable à un durcissement de la politique migratoire. © AFP
L’afflux de près de 60 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta a immédiatement trouvé un écho en France. Alors que le gouvernement a annoncé un renforcement des contrôles à la frontière avec l’Espagne, les responsables politiques se sont emparés de la crise pour défendre leurs positions sur l’immigration, révélant des fractures profondes à moins d’un an de l’élection présidentielle. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé le déploiement de moyens supplémentaires à la frontière franco-espagnole.
« Face à la situation constatée dans l’enclave de Ceuta, j’ai, dès hier soir, donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole. Par ailleurs, j’active la Force Frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il écrit sur X. L’Élysée a également fait savoir, auprès de nos confrères de LCI, qu’Emmanuel Macron avait demandé au ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles, tout en assurant que la France était prête à apporter son soutien à l’Espagne, notamment via Frontex si Madrid en faisait la demande.
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À droite, plusieurs responsables imputent directement la crise migratoire au plan de régularisation engagé par le gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sánchez. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, estime qu’« en régularisant des centaines de milliers de clandestins, le Premier ministre socialiste de l’Espagne Pedro Sánchez a ouvert les portes de l’Europe à tous les dangers. » Il demande un renforcement immédiat des contrôles à la frontière espagnole et promet, en cas d’alternance, une réforme de Schengen « limitant la libre circulation aux seuls citoyens européens ». Marine Le Pen défend la même ligne, jugeant que « face aux entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol, la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières. » Elle ajoute : « En 2027, nous stopperons cette folie en réservant la libre-circulation Schengen aux nationaux de l’UE. »
Le président de Reconquête, Éric Zemmour, évoque pour sa part « une invasion » et appelle à « rétablir nos frontières » ainsi qu’à « engager la remigration ». Tout comme Sarah Knafo qui considère que cette crise démontre que les migrants « réagissent à nos politiques » et plaide pour une suppression de toute aide aux personnes entrant illégalement sur le territoire avant leur éloignement. Marion Maréchal estime également qu'« une véritable invasion migratoire est en cours à Ceuta » et attribue cette situation à plusieurs facteurs, dont les décisions de la justice espagnole et la régularisation de centaines de milliers de migrants par Madrid. Elle appelle à remettre en cause le fonctionnement actuel de l’espace Schengen.
L’ancien directeur de Frontex et eurodéputé Fabrice Leggeri demande, lui, à la Commission européenne d’activer l’article 29 du Code frontières Schengen afin de permettre le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières intérieures. « Si Sánchez abandonne sa frontière, nous devons tenir la nôtre », affirme-t-il.
Appliquer la nouvelle directive européenne sur les retours
Les Républicains défendent eux aussi un durcissement de la politique migratoire, tout en mettant l’accent sur les outils européens. François-Xavier Bellamy estime que « quand la gauche espagnole incite à l’immigration illégale, ce sont nos pays qu’elle met en danger. » L’eurodéputé appelle à appliquer le règlement européen sur les retours, à rétablir les contrôles avec l’Espagne et à « sanctionner ce gouvernement en faillite ». Bruno Retailleau juge que « les images de Ceuta doivent être un électrochoc pour tous les responsables politiques français et européens ».
« Ce qui se passe au sud de l’Europe, à Ceuta, est grave et inacceptable »
Michel Barnier estime, de son côté, que « la France ne peut pas subir les conséquences des politiques migratoires de ses voisins. Si un État membre prend des décisions qui créent un appel d’air pour l’immigration irrégulière, nous devons être en mesure de protéger immédiatement nos frontières, en particulier avec l’Espagne. » L’ancien négociateur du Brexit appelle également à appliquer pleinement la nouvelle directive européenne sur les retours.
Le président d’Horizons adopte une position plus centrée sur la coopération européenne. Pour Édouard Philippe, « ce qui se passe au sud de l’Europe, à Ceuta, est grave et inacceptable. » L’ancien Premier ministre demande le déploiement immédiat de Frontex afin d’aider les autorités espagnoles, le renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole ainsi que la réunion en urgence des ministres européens de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Il estime également qu'« il n’est pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ».
Mélenchon dénonce une instrumentalisation
À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est démarqué des autres responsables politiques en appelant à soutenir Madrid plutôt qu’à dénoncer le gouvernement espagnol. Le leader de La France insoumise a d’abord critiqué Marine Le Pen, estimant qu’elle « ne sait pas que Ceuta est une enclave espagnole au Maroc et est déjà exclue de l’accord Schengen pour la libre circulation des personnes ». Il appelle ensuite à « aider l’Espagne » et estime qu’il faut « demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire ». « Il y a déjà 27 morts : ne laissons pas l’Espagne seule face à l’épreuve ! », conclut-il.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, accuse pour sa part « la droite et l’extrême-droite » de se livrer « chaque jour en matière de désinformation ». Il juge « exemplaire » le cas de Ceuta et réfute tout lien entre l'afflux migratoire et le plan de régularisation du gouvernement espagnol, tout comme les appels à exclure l'Espagne de l'espace Schengen. « Il n’y aura pas d’ "invasion" du continent européen », affirme-t-il, avant d'apporter « tout [son] soutien à Pedro Sanchez et aux autorités espagnoles pour lutter contre ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de déstabilisation de leur territoire ».

