Guerre en Iran : les États-Unis à court de missiles ? Les stocks américains au cœur de la trêve décidée par Trump

Après plusieurs semaines d'intenses opérations militaires contre l'Iran, les frappes américaines se sont interrompues depuis le 24 juillet. Officiellement, Donald Trump a choisi de donner une nouvelle chance aux négociations. Mais plusieurs médias américains avancent désormais une autre explication : les stocks de missiles et d'intercepteurs de l'armée américaine auraient atteint des niveaux préoccupants.
Des stocks de THAAD et de Patriot fortement entamés
Selon une enquête de CNN, l'armée américaine aurait consommé près de 80 % de certains de ses intercepteurs THAAD depuis le début de la guerre contre l'Iran. Environ la moitié du stock d'intercepteurs Patriot aurait également été utilisée.
Ces deux systèmes constituent une pièce essentielle du dispositif de défense antimissile américain et de celui de ses alliés au Moyen-Orient.
Le THAAD, pour Terminal High Altitude Area Defense, est notamment conçu pour intercepter des missiles balistiques à courte et moyenne portée dans leur phase terminale. Face aux importantes salves iraniennes, ces équipements ont été massivement sollicités.
Selon CNN, plusieurs commandants américains estimeraient désormais les stocks disponibles à des niveaux dangereusement bas.
Plus de 850 Tomahawk tirés en un mois
Les chiffres rapportés par le Washington Post donnent également une idée de l'intensité de la consommation américaine.
Durant le premier mois des combats, les États-Unis auraient tiré plus de 850 missiles de croisière Tomahawk, ainsi que plus de 1 000 intercepteurs Patriot et THAAD.
Washington aurait également utilisé plus de 1 300 missiles tactiques ATACMS pendant les premières semaines du conflit.
Les tensions concerneraient particulièrement les missiles guidés à longue portée et les systèmes de défense antiaérienne, dont les chaînes de production nécessitent parfois plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de pouvoir reconstituer entièrement les stocks.
Les pénuries ont-elles pesé sur la décision de Donald Trump ?
C'est toute la question.
Selon le Washington Post, ces difficultés logistiques auraient fait partie des éléments ayant conduit Donald Trump à renoncer à de nouvelles frappes massives contre l'Iran.
Le président américain avait pourtant assuré que les États-Unis étaient prêts à lancer une opération d'une ampleur exceptionnelle avant d'annoncer finalement la suspension des attaques et la reprise d'une séquence diplomatique.
Le quotidien américain rapporte également qu'à Camp David, Donald Trump aurait récemment demandé des explications à son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, après avoir appris l'état réel de certains stocks.
Selon deux sources citées par le journal, Trump aurait estimé que la question des munitions avait déjà été réglée et aurait cherché à comprendre pourquoi il n'aurait pas été pleinement informé de la situation.
La Maison-Blanche conteste catégoriquement cette version.
Donald Trump dénonce des informations « traîtresses »
Le président américain a vivement réagi aux révélations de la presse.
Sur Truth Social, Donald Trump a assuré que les États-Unis disposaient de « quantités énormes » de munitions, ajoutant que de nouveaux armements étaient continuellement fabriqués et acheminés vers les forces américaines.
Le président a surtout dénoncé la publication d'informations qu'il considère comme sensibles, qualifiant certaines affirmations de « traîtresses ».
Il a également affirmé que les auteurs des fuites étaient recherchés et évoqué la possibilité de poursuites.
Donald Trump a parallèlement renouvelé publiquement sa confiance envers Pete Hegseth.
Le Pentagone dément également toute crise
Le département américain de la Défense rejette lui aussi les informations faisant état d'une rupture critique des stocks.
Le porte-parole du Pentagone Sean Parnell a qualifié de fictives les affirmations concernant des stocks épuisés et d'éventuelles tensions entre responsables de l'administration.
La porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt a également dénoncé une « fake news ».
Les chiffres exacts des stocks américains étant classifiés, il reste difficile de déterminer précisément l'état des réserves disponibles.
Une guerre qui met à l'épreuve l'industrie militaire américaine
Au-delà de la polémique politique, l'affaire souligne un problème stratégique plus large pour Washington.
La guerre contre l'Iran intervient alors que les États-Unis doivent simultanément maintenir des capacités militaires dans plusieurs régions du monde et approvisionner certains de leurs alliés.
Les systèmes Patriot, les missiles guidés de précision ou encore les intercepteurs antibalistiques sont particulièrement complexes à fabriquer. Même lorsque de nouvelles commandes sont passées, la production ne permet pas nécessairement de remplacer rapidement les milliers de munitions consommées lors d'un conflit de haute intensité.
Le Washington Post rappelle notamment que certains missiles commandés aujourd'hui peuvent demander jusqu'à deux ans de production avant leur livraison.
La question dépasse donc largement la seule guerre en Iran : elle pose celle de la capacité de l'industrie américaine à soutenir simultanément plusieurs théâtres militaires majeurs.
Une trêve diplomatique… ou une pause stratégique ?
Pour Donald Trump, l'arrêt des frappes reste officiellement lié aux négociations avec Téhéran, notamment autour du détroit d'Ormuz et du programme nucléaire iranien.
Mais les révélations successives de CNN et du Washington Post alimentent désormais l'hypothèse selon laquelle la situation des stocks américains aurait également joué un rôle dans les calculs de Washington.
Aucune preuve publique ne permet cependant d'affirmer que les pénuries constituent la raison principale de la trêve.
Une chose est certaine : après plusieurs mois de guerre, la consommation massive de missiles américains devient désormais un enjeu stratégique majeur, alors que Washington doit préserver suffisamment de capacités pour faire face à d'autres crises potentielles, notamment en Europe et dans l'Indo-Pacifique.
