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Scal'Air 2025 : l'air respire, le nickel persiste

22 septembre 2026 à 16:00
5 min de lecture
Scal'Air 2025 : l'air respire, le nickel persiste

Résumé IA

Scal'Air présente son rapport annuel 2025 : la qualité de l'air à Nouméa redevient majoritairement bonne après les émeutes de 2024, mais le nickel et le dioxyde de soufre restent des problématiques tenaces près des sites industriels. L'association, dont le budget a été réduit à 94,7 millions de francs, a dû fermer sa station de l'Anse Vata et attend toujours son agrément.

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Budget raboté, agrément toujours en attente, une station fermée faute d'argent : Scal'Air a pourtant tenu la barre en 2025.

Et le verdict tombe : l'air calédonien a retrouvé des couleurs, mais le nickel, lui, ne lâche rien.

Un air revenu à la normale après les émeutes

Scal'Air a dévoilé ce mardi 22 septembre son rapport annuel sur la qualité de l'air en 2025.

Le constat d'ensemble est rassurant. Après une année 2024 marquée au fer rouge par les émeutes de mai, les incendies de bâtiments et de véhicules et leurs pics de particules fines d'une intensité inédite, la qualité de l'air est revenue à une situation comparable aux années précédentes.

À Nouméa, elle a été majoritairement bonne à très bonne sur l'ensemble des stations.

Un seul indice mauvais a été enregistré sur tout le réseau de la capitale. C'était le 5 juin, à Montravel, en raison d'un pic de dioxyde de soufre.

Les particules fines PM10 et PM2,5 sont en baisse sur l'ensemble des stations nouméennes. Aucun dépassement de seuil n'a été relevé pour ces poussières, et les valeurs limites comme les objectifs de qualité sont respectés. Même constat pour le dioxyde d'azote et l'ozone.

Dans le Grand Sud, les principaux polluants réglementés respectent eux aussi globalement les valeurs en vigueur. Les poussières fines y sont stables.

Voilà pour la bonne nouvelle.

Nickel et dioxyde de soufre : l'industrie en ligne de mire

Car cette photographie générale ne doit pas masquer des problématiques bien localisées. Et tenaces.

Le dioxyde de soufre demeure étroitement lié aux activités industrielles. À Nouméa, il provient de la zone de Doniambo. La valeur limite horaire, fixée à 350 µg/m³, a été dépassée une fois à Montravel. L'objectif de qualité journalier a, lui, été franchi 14 fois, à Montravel et à l'école Griscelli, contre 3 fois en 2024.

Scal'Air avance deux explications. D'abord, davantage de fioul à basse teneur en soufre plutôt qu'à très basse teneur utilisé par la Centrale accostée temporaire. Ensuite, des vents d'ouest plus fréquents, qui ont poussé les émissions vers Montravel et la Vallée du Tir.

Dans le Sud, le dioxyde de soufre reste le principal polluant, émis par la centrale thermique et l'usine d'acide sulfurique. La Base Vie a enregistré deux dépassements de l'objectif de qualité journalier. Aux Utilités, la valeur limite horaire pour la protection de la végétation a été dépassée une fois, avec 586 µg/m³.

Mais le vrai sujet, c'est le nickel.

Le nickel constitue un enjeu majeur, particulièrement dans les poussières et les retombées atmosphériques. Au Faubourg Blanchot, la valeur cible annuelle de 20 ng/m³ dans les PM10 a été dépassée, avec 26 ng/m³.

Dans les retombées au sol, c'est pire. Comme chaque année depuis 2014, le seuil de référence de 15 µg/m²/j est dépassé sur tous les sites de mesure de Nouméa. À la Vallée du Tir, la moyenne atteint 400,7 µg/m²/j. Rappelons que le Centre international de recherche sur le cancer classe le nickel comme cancérogène possible pour l'homme.

Le zinc inquiète également. La valeur de 400 µg/m²/j a été dépassée sur la quasi-totalité des stations nouméennes, jusqu'à 1 755 µg/m²/j à Montravel. Scal'Air reconnaît ne pas pouvoir expliquer ces niveaux avec certitude à ce stade.

Autour de l'incinérateur de ProMed, en revanche, aucune influence notable n'a pu être mise en évidence. Le nickel mesuré sur ces sites provient très majoritairement de Doniambo.

Une surveillance maintenue à bout de bras

Reste la question qui fâche : les moyens.

Scal'Air a dû revoir deux fois son budget prévisionnel en cours d'année, passant de 114,3 à 94,7 millions de francs CFP. La Ville de Nouméa, pourtant membre fondateur, a confirmé son retrait du financement. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie n'a versé que la moitié de la subvention demandée. Seule la province Sud a maintenu sa contribution.

Conséquence directe : la station de l'Anse Vata a été arrêtée le 30 avril 2025. Des investissements ont été reportés. Le renouvellement d'analyseurs vieillissants a été décalé.

Ce sont les acteurs économiques qui ont porté l'essentiel de l'effort, avec 70,2 % des recettes. La SLN à elle seule a apporté 41 millions de francs, Prony Resources 31 millions.

Côté gestion, l'association a fait preuve de rigueur : gel des effectifs, masse salariale réduite de 12 %, frais généraux rationalisés. Le versement tardif de sommes dues au titre de 2024, soit 21 millions de francs, a redonné de l'air à la trésorerie au second semestre. Scal'Air prévient toutefois que cette embellie reste conjoncturelle, dans un contexte déjà fragilisé par la fermeture de KNS.

Autre point en suspens : l'agrément de l'association a expiré le 21 mai 2025. À la date du rapport, l'arrêté de renouvellement n'avait toujours pas été pris. Dans le même temps, la compétence « Air » a été transférée de la DIMENC à la DASS.

Malgré tout, le travail a été fait. Prévision portée à 72 heures, modélisation affinée et validée sur le terrain le 30 décembre 2025, alertes SMS désormais envoyées 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

La conclusion de Scal'Air est sans ambiguïté : les résultats confirment la nécessité de maintenir une surveillance régulière, indépendante et pérenne de la qualité de l'air en Nouvelle-Calédonie.

Encore faut-il que les pouvoirs publics s'en donnent les moyens.

(Crédit photo : Scal'Air)