Aller au contenu
0%
L'actualité locale

À Koumac, le solaire s’installe en terre coutumière

7 novembre 2026 à 11:30
4 min de lecture
À Koumac, le solaire s’installe en terre coutumière

Résumé IA

La centrale solaire Koumac Power a été inaugurée vendredi sur les terres du GDPL Tein Dagne, sept ans après les premiers contacts et malgré les émeutes de 2024. Initié par Winéo, le projet produit de quoi alimenter plus de 10 000 Calédoniens, avec une exploitation assurée par Enercal Énergies Nouvelles.

Aa

La centrale Koumac Power a été inaugurée ce vendredi sur les terres du GDPL Tein Dagne. Sept ans après les premiers contacts, et malgré les émeutes de 2024, le projet, initié par Winéo, produit de quoi alimenter plus de 10 000 Calédoniens.

photo_5148098876920237368_y

La cérémonie s’est tenue sur le site, devant une table drapée d’un manou, en présence des coutumiers, des élus et des financeurs. Philippe Scornet, gérant associé de Winéo et promoteur du projet, a commencé par une image. « Vu du ciel, une centrale, c’est un champ de panneaux bien alignés. Vu de près, c’est une succession de rencontres, de discussions et de confiance qu’il a fallu bâtir pas à pas. »

Sur huit hectares, la centrale développe une puissance de 6,5 mégawatts-crête, pour une production attendue de 10,7 GWh par an. L’investissement atteint 570 millions de francs, environ 88 francs par watt-crête. Enercal Énergies Nouvelles en assure aujourd’hui l’exploitation, après son entrée au capital en janvier 2022, dans le cadre d’un accord d’entente préalable signé avec Winéo. Winéo, dont l’actionnariat est entièrement calédonien, est aujourd’hui le seul acteur des énergies renouvelables à disposer d’un tel actionnariat sur le territoire. La répartition du capital est de 51 % pour Enercal Énergies Nouvelles et 49 % pour Winéo.

Sept ans de patience

Tout commence en 2019. Le gouvernement lance un appel à projets pour des centrales sur terres coutumières, et Winéo y répond. Une présentation met la société en relation avec le GDPL Tein Dagne. En août 2020, le projet est retenu avec ceux de Canala et de Poum, au titre d’un objectif de 20 MWc réservé au foncier coutumier.

Le cas reste rare. Les terres coutumières couvrent 27 % de la Nouvelle-Calédonie, mais depuis la centrale de Témala, à Voh, en 2017, la grande majorité des fermes solaires s’est installée sur du foncier privé.

Le GDPL, a reconnu Philippe Scornet, découvrait les formulaires et les rendez-vous à rallonge d’un tel dossier. « Nous avons appris ensemble, ce qui a demandé du temps, de la pédagogie et beaucoup de patience de part et d’autre. » Il a remercié nommément Sylvie et Francis, mandataires du groupement. Scellé par un acte coutumier, le partenariat garantit au GDPL trente ans de loyers et une rémunération mensuelle pour l’entretien des espaces verts.

Philippe Scornet et deux représentants du GDPL Tein Dagne tenant une photo encadrée de la centrale, devant les panneaux solaires

Philippe Scornet (à droite), gérant associé de Winéo, aux côtés de représentants du GDPL Tein Dagne, sur le site de la centrale.


Le pari de juillet 2024

Le calendrier a joué contre le projet. L’accord de financement avec la Banque calédonienne d’investissement est signé en avril 2024, quelques semaines avant les émeutes. En juillet, Philippe Scornet retrouve la direction d’Enercal, une maison qu’il connaît pour y avoir passé plus de dix ans. Ils décident de se lancer, malgré le contexte que tout le monde a encore en mémoire, pour contribuer à la relance des projets et à la préservation des entreprises du secteur. « Être entrepreneur, c’est aussi savoir porter ce type de risque et prendre les décisions au bon moment », a-t-il expliqué. La BCI a suivi, avec 500 millions de francs sur les 570. Le chantier, confié à Sunzil avec des entreprises de Koumac, a démarré en octobre 2024.

Un réseau qui sature à midi

Chaque kilowatt-crête installé à Koumac doit produire environ 1 650 kWh/kWc/an, quand une installation moyenne en métropole tourne entre 1 100 et 1 200 kWh/kWc/an. D’après Enercal, le solaire a presque doublé en un an sur le réseau public et fournit près d’un quart de l’électricité des ménages et des entreprises.

Encore faut-il pouvoir l’utiliser. Sur l’exercice 2024-2025, 16 GWh d’électricité solaire n’ont pas trouvé preneur, soit une fois et demie la production annuelle de Koumac Power.

Le réseau absorbe mal les pics de midi, et les centrales thermiques reprennent la main le soir. La grande batterie de Boulouparis (150 MWh) n’est pas attendue avant août 2027. Les 8 000 tonnes de CO2 évitées chaque année supposent que chaque kWh solaire remplace du fioul ou du charbon, ce qui n’est pas toujours vrai à midi.

Reste la métallurgie, qui consomme les deux tiers de l’électricité du pays et tourne encore à 82 % aux énergies fossiles. Philippe Scornet l’a rappelé en conclusion : l’inauguration n’est pas une fin, mais le début d’une exploitation appelée à durer des décennies.

À suivre.