5 millions pour un coiffeur

Résumé IA
Le 7 novembre 1933, Paul Bonhoure, coiffeur à Tarascon, remporte le premier tirage de la Loterie nationale avec un billet à 100 francs, gagnant 5 millions. Il cède ensuite son salon à son commis. En 1996, deux de ses descendants décrochent le jackpot du Loto.
Un coiffeur de Tarascon, un billet à 100 francs et toute la France suspendue au même tirage.
Il y a 93 ans, Paul Bonhoure devenait le tout premier grand gagnant de la Loterie nationale.
Le Trocadéro, 7 novembre 1933 : la France tente sa chance
Il y a des dates qui ne figurent dans aucun manuel d’histoire et qui racontent pourtant beaucoup d’un pays.
Le 7 novembre 1933 en fait partie.
Ce jour-là, à Paris, au Trocadéro, la garde républicaine joue ses airs de fanfare. Des milliers de personnes se pressent sur place. Beaucoup d’autres restent collées à leur poste de TSF, l’ancêtre de la radio, et attendent le verdict.
On assiste au premier tirage de la Loterie nationale.
L’institution n’a alors que quelques mois. Elle a été créée le 22 juillet 1933, et son nom officiel en dit long sur l’époque : « Loterie nationale au profit des anciens combattants et des calamités agricoles ». Quinze ans après la Grande Guerre, la Nation n’oublie pas ceux qui l’ont défendue. Jouer, c’est aussi contribuer.
L’idée n’a rien de neuf. La Loterie nationale reprend le flambeau de la Loterie royale de France, née en 1776 puis supprimée une première fois en 1836. Une tradition bien française, donc, qui revient sous la République.
Le billet coûte 100 francs. Une somme réelle, pour des foyers frappés par la crise. La presse s’empare de l’événement. Le Quotidien évoque ce « coup de veine qui tombera soudain sur la tête d’un pauvre diable », tout en notant que personne n’ose vraiment y croire.
Puis le numéro tombe : le 18 414, série H.
Le gros lot s’élève à 5 millions de francs. Pour l’époque, une fortune.
Paul Bonhoure, la fortune sans renier ses racines
Le gagnant n’est ni un banquier ni un notable parisien. C’est un coiffeur de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône.
Il s’appelle Paul Bonhoure.
Ce qui frappe, d’abord, c’est son calme. Face à la gloire soudaine et à l’argent, l’homme reste placide. Pas de scandale, pas de frasques.
Quelques jours après le tirage, il monte tout de même à Paris pour toucher son chèque. Et là, la France lui offre un accueil digne d’un chef d’État : il descend les Champs-Élysées en grande pompe.
Le 7 novembre 1933, il a posé ses ciseaux pour de bon.
Avec ses gains, il s’offre une Amilcar, une voiture de sport, puis un domaine de 60 hectares près de Beaucaire. Il y vivra heureux jusqu’à sa mort, en 1965.
Un seul regret, confiera-t-il : avoir été exposé à outrance par les médias. Déjà.
Mais le plus beau dans cette histoire, ce n’est pas la voiture, ni le domaine.
C’est la fidélité.
Paul Bonhoure n’oublie pas celui qui travaillait à ses côtés. Il remet entièrement à neuf son salon de coiffure et le cède à son ancien commis, surnommé « Binbin ». Bien des années plus tard, celui-ci lui rendra hommage : « M. Bonhoure était très brave, et il a fait ma situation. J’avais le plus beau salon de la région avec des fauteuils américains. »
Voilà un homme simple qui devient riche du jour au lendemain, et dont le premier geste est de faire profiter celui qui l’a accompagné au travail. Il ne fait pas de discours sur la redistribution. Il donne, tout simplement.
Binbin s’éteindra le 11 janvier 1993.
De la Loterie nationale au Loto, une chance qui se transmet
Les décennies passent et les habitudes changent. Le Loto finit par éclipser son aînée. Victime de ce succès, la Loterie nationale organise son dernier tirage le 13 décembre 1990.
La promesse, elle, ne change pas. Le jeu ne rend pas riches tous ceux qui s’y risquent, loin de là. Mais il entretient l’espoir, et cela dure depuis plus de 90 ans.
Et chez les Bonhoure, la chance semble avoir pris racine.
Le 7 décembre 1996, soixante-trois ans après le coup d’éclat de Tarascon, deux descendants de Paul Bonhoure décrochent à leur tour le jackpot. Cette fois au Loto, l’héritier de la Loterie nationale.
D’un côté, Bastien, 75 ans. Ancien gendarme, neveu du premier grand gagnant, il vit à Toulon.
De l’autre, sa fille Paulette, 48 ans, fonctionnaire de la Sécurité sociale, installée à La Seyne-sur-Mer, dans le Var.
Leur secret ? Aucun, sinon la constance. « Nous jouions tous les deux les mêmes numéros depuis une dizaine d’années », déclarera Bastien, selon des propos rapportés par l’AFP.
Chacun empoche plus de 22 millions de francs.
Là encore, la famille garde le sens du partage. La somme totale est répartie en neuf parts entre les proches. On ne voit ni fortune confisquée par un seul, ni déchirement entre héritiers. Comme en 1933, l’argent reste dans le cercle de ceux qu’on aime.
Une même lignée a donc été touchée deux fois, à deux époques, par deux jeux différents.
Au fond, l’histoire de Paul Bonhoure n’est pas seulement celle d’un billet gagnant. C’est celle d’une France populaire qui croit encore à sa bonne étoile sans rien réclamer à personne. Elle travaille, elle tente sa chance, et quand le sort lui sourit, elle n’oublie ni les siens ni ceux qui l’ont aidée.
En 1933, un coiffeur de Tarascon a ouvert la voie. Près d’un siècle plus tard, son nom reste attaché à la naissance d’une institution que des millions de Français connaissent encore aujourd’hui.
(Crédit photo : AFP/Archives)


