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10 ans de service, zéro promotion

22 septembre 2026 à 08:05
6 min de lecture
10 ans de service, zéro promotion

Résumé IA

Au Camp-Est, le syndicat FO Justice dénonce la situation des personnels administratifs du centre pénitentiaire de Nouméa, évoquant des carrières à l'arrêt après dix ans de service sans promotion. Dans un tract du 21 septembre, il réclame une meilleure reconnaissance, un accès équitable aux formations et un management plus soutenant.

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Elles tiennent les dossiers, les greffes et les plannings sans lesquels aucune prison ne tourne.
Au Camp-Est, les personnels administratifs disent qu'on les a oubliés, et leur syndicat hausse le ton.

Dix ans de service, et toujours pas d'avancement

On parle souvent des surveillants, et c'est justice. On parle beaucoup moins de ceux qui, derrière les bureaux, font fonctionner la machine pénitentiaire au quotidien. Le Syndicat local pénitentiaire FO Justice du centre pénitentiaire de Nouméa a décidé de briser ce silence. Dans un tract daté du lundi 21 septembre 2026, il dresse un constat sévère : les personnels administratifs de l'établissement seraient devenus, selon ses termes, les oubliés de l'administration pénitentiaire.

Le texte ne mâche pas ses mots. Carrières à l'arrêt, formations qui arrivent trop tard ou pas du tout, responsabilités qui s'empilent, surcharge de travail, intérims qui s'éternisent, moyens insuffisants. Et, au bout de la chaîne, un manque de reconnaissance que le syndicat résume d'une formule : leur bonne volonté ne peut pas devenir le fonctionnement normal du service.

Le calendrier n'est pas anodin. Les élections professionnelles se tiennent du 3 au 10 décembre 2026, et FO Justice entend bien peser. Mais le fond du dossier dépasse la campagne. Il pose une question que tout défenseur d'un État régalien digne de ce nom devrait se poser : peut-on exiger l'excellence de ceux à qui l'on refuse les moyens de l'atteindre ?

C'est le point de départ, et sans doute le plus frappant. Selon le syndicat, certains agents ont consacré plus de dix années à leur administration sans véritable évolution de carrière.

Dix ans. Dans n'importe quelle organisation sérieuse, ce serait un signal d'alarme.

FO Justice refuse que l'ancienneté se transforme en condamnation à la stagnation. Le syndicat réclame une vraie politique d'accompagnement et de progression, une information claire sur les avancements, un suivi individualisé des parcours, l'égalité dans l'accès aux promotions. Et surtout la reconnaissance des fonctions réellement exercées, pas seulement de celles inscrites sur le papier.

Car c'est là que le bât blesse. Quand un agent assure un intérim, quand il pallie une absence, quand il porte seul la continuité du service, il fait davantage que ce pour quoi il est payé. Le syndicat demande que ces responsabilités supplémentaires soient formalisées, accompagnées, reconnues. Il cible notamment le CIA, le complément indemnitaire annuel, dont il juge les critères d'attribution trop peu transparents. Il exige aussi des explications lorsque les missions évoluent sans que la prime ne suive.

Le message est simple, presque méritocratique dans son essence : l'investissement doit payer. Récompenser ceux qui s'engagent, ce n'est pas du clientélisme syndical. C'est du bon sens managérial.

Formation : quand le budget bloque la compétence

Le deuxième front est celui de la formation, et le tract y consacre ses lignes les plus dures.

Certains agents attendent des années avant d'accéder à une formation adaptée à leur poste. Pour certains, il faudrait parfois dix ans de carrière avant d'en bénéficier. Plus grave encore selon FO Justice : des demandes de formation à l'ENAP, l'École nationale d'administration pénitentiaire, seraient refusées pour des raisons budgétaires.

Le syndicat pose alors trois questions sans détour. Qui accède aux formations ? Selon quels critères ? Et pourquoi le budget devrait-il freiner la professionnalisation des agents ?

L'argument est solide. On ne peut pas reprocher à un agent de mal appliquer une procédure qu'on ne lui a jamais enseignée. FO Justice détaille les conséquences : des pratiques qui varient selon les services, des erreurs et des omissions dans les dossiers, des retards, des agents contraints de chercher l'information par eux-mêmes. Et une dégradation de la qualité du service comme de l'état physique et psychologique des personnels.

Le syndicat le formule ainsi : moins de formation, c'est plus d'incertitudes, plus d'erreurs, plus de retards et, à la fin, plus de mécontentement. La logique est implacable, et elle concerne tout le monde. Car ces retards ne restent pas enfermés dans un bureau. Ils ralentissent l'ensemble du fonctionnement du CP de Nouméa.

Pour FO Justice, la formation n'est ni un privilège ni une dépense secondaire. C'est une obligation de l'employeur et un investissement pour la qualité du service public. Le syndicat réclame un accès équitable aux formations de l'ENAP et dans l'Hexagone, des critères de sélection clairs et une vraie anticipation des besoins. Avec une formule qui parle à tout Calédonien : l'éloignement géographique ne doit pas devenir un éloignement professionnel.

Management défaillant, mêmes droits exigés

Le dernier volet du tract vise l'organisation elle-même. Et c'est peut-être le plus intéressant, parce qu'il sort du registre de la simple revendication de moyens.

FO Justice le dit clairement : les difficultés de l'établissement ne se résument pas aux budgets. Elles tiennent aussi à l'organisation et au management. Le syndicat pointe des problèmes de communication, un manque de visibilité sur les priorités, une charge de travail mal répartie, des responsabilités floues et un suivi insuffisant lorsque des situations sont signalées.

Sa réponse surprendra ceux qui attendent d'un syndicat la surenchère permanente. FO Justice ne réclame pas davantage de contrôle, mais davantage de management, de soutien et de responsabilité. Écouter, organiser, anticiper, arbitrer, reconnaître. Autrement dit, ce qu'on attend d'un chef.

Une phrase du tract résume l'enjeu mieux que de longs discours : lorsque l'organisation fait défaut, ce sont les agents qui compensent, et lorsque le management fait défaut, ce sont eux qui paient.

Reste la comparaison qui fâche. Sans opposer les services, le syndicat observe que d'autres administrations présentes en Nouvelle-Calédonie, en particulier la DSJ, la Direction des services judiciaires, offriraient à leurs agents de meilleures perspectives en matière de formation, de carrière, de mobilité et de reconnaissance. FO Justice rappelle que le CP de Nouméa est un établissement hors normes, soumis à des contraintes particulières. Il estime que ces contraintes ne doivent pas retomber sur les seuls personnels administratifs.

Le syndicat résume sa position en une ligne : il ne demande pas plus que les autres, il exige les mêmes possibilités. Formation, carrière, conditions de travail, reconnaissance. Mêmes droits, mêmes opportunités, même reconnaissance.

Au fond, ce tract rappelle une évidence que l'on oublie trop souvent. Une prison qui fonctionne, ce n'est pas seulement des murs et des surveillants. C'est aussi une administration capable de traiter les dossiers vite et bien. Un État qui veut être respecté commence par respecter ceux qui le servent.

(Crédit photo : FO Justice)