Nouvelle présidence : le Congrès passe la seconde

Élue le 10 juillet, Virginie Ruffenach a présenté ce jeudi 13 août son premier bilan. Réforme du règlement, comptes exposés, mission à Paris : le calendrier de la rentrée est posé.
Une institution remise en marche pendant l'intersession
Élue au perchoir le 10 juillet à la majorité absolue, Virginie Ruffenach a réuni la presse ce jeudi 13 août pour dresser le bilan de son premier mois à la tête du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Un exercice de rentrée anticipée, dans une période où l'institution tourne habituellement au ralenti.
Car le Congrès est actuellement en intersession, cette période qui court d'août à novembre. Durant ces quatre mois, seuls le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ou au moins 28 élus peuvent convoquer une séance publique. Une contrainte qui, les années précédentes, a souvent rimé avec mise en sommeil. 28 élus ont donc été réunis pour convoquer une séance publique et remettre en ordre de marche les commissions intérieures ainsi que la commission permanente. L'objectif est explicite : permettre à cette dernière de continuer à examiner les textes pendant toute l'intersession. En clair, le Congrès reste opérationnel et prêt à traiter les réformes transmises par le Gouvernement.
Deuxième chantier, plus structurel : la réforme du règlement intérieur. Un document technique, mais qui conditionne directement la vitesse de décision de l'institution. Dès le 17 août, la proposition de délibération déposée par la présidente sera examinée et débattue en commission. Le 14 septembre, elle devrait être adoptée en commission permanente. L'objectif annoncé : raccourcir les délais de convocation et rendre le fonctionnement de l'institution plus rapide et plus efficace. Un sujet réputé aride, dont dépend pourtant la capacité du Congrès à répondre à l'urgence.
La présidence a par ailleurs procédé à la première mise en place de la Commission d'évaluation des politiques publiques. Son premier rapport, attendu sous six mois, portera sur l'alcoolisme, un fléau qui touche toutes les communautés et toutes les générations. Il s'agira d'une analyse et d'un inventaire des mesures de lutte existantes en Nouvelle-Calédonie. L'évaluation des dispositifs publics reste rare sur le territoire : c'est en soi une nouveauté.
Autre annonce du jour : un projet de délibération portant sur le statut des collaborateurs du Congrès sera porté par la présidente. Un dossier resté longtemps en suspens, qui concerne les collaborateurs exerçant au sein des différents cabinets politiques de l'institution.
Virginie Ruffenach a enfin abordé la question des frais de déplacement, dont le montant s'élevait à 27 millions de francs CFP en 2025. Une enveloppe qui ne sera pas consommée cette année, entraînant de fait une réduction du train de vie du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Dans un contexte où les ménages et les entreprises calédoniennes consentent des efforts lourds, l'annonce ne relève pas du symbole : elle engage l'institution à s'appliquer à elle-même la rigueur qu'elle réclame ailleurs. L'exemplarité budgétaire commence par les comptes que l'on maîtrise.
À noter enfin que l'ensemble des élus a bénéficié, avant même le début du mandat, d'une formation portant sur la fiscalité, le budget et les compétences de la Nouvelle-Calédonie. Une démarche destinée à renforcer l'efficacité de leur action.
Finances publiques : un état des lieux partagé et une mission à Paris
Sur le volet budgétaire, la méthode retenue est celle de l'exposition des chiffres. Dans le cadre de la collaboration établie entre le Congrès et le Gouvernement, une commission plénière se tiendra le 19 août afin de présenter à l'ensemble des élus la situation financière de la Nouvelle-Calédonie. Objectif : partager un état des lieux complet des finances publiques et donner à chacun une vision commune des enjeux.
Le choix mérite d'être relevé. La situation financière du territoire est dégradée, et la tentation de la diffuser par fragments, au gré des séquences politiques, aurait été la voie la plus confortable. Mettre les comptes sur la table devant tous les élus, quelle que soit leur étiquette, engage en revanche l'ensemble de la classe politique calédonienne sur un même diagnostic. Difficile ensuite de plaider l'ignorance.
Vient ensuite le déplacement le plus attendu. Une mission transpartisane réunissant toutes les tendances politiques se rendra à Paris du 31 août au 5 septembre. Le mandat est clair : défendre les moyens dont la Nouvelle-Calédonie a besoin pour assurer la relance économique et le sauvetage de l'emploi, garantir le fonctionnement des comptes sociaux et sécuriser les régimes de retraite de l'ensemble des Calédoniens.
On a su dépasser les clivages, souligne Virginie Ruffenach.
La formule décrit une réalité inhabituelle sur le territoire : voir l'ensemble des sensibilités politiques défendre un même dossier à Paris n'allait pas de soi il y a encore quelques mois. Reste que l'unité affichée au départ devra résister au retour, une fois les arbitrages connus.
La présidente précise l'objectif du déplacement :
Il s'agit de travailler avec l'État, avant le projet de loi de finances, pour faire en sorte que la Nouvelle-Calédonie ne soit pas oubliée et que l'État soit au rendez-vous.
Le calendrier est ici l'essentiel. Intervenir en amont des arbitrages budgétaires nationaux, plutôt qu'après coup, place la délégation en position de négociation plutôt que de protestation. On pèse davantage avant la décision qu'après elle une évidence qui n'a pas toujours guidé les démarches calédoniennes à Paris.
C'est aussi un changement de registre. Arriver avec des comptes documentés et une délégation unie vaut mieux que la surenchère revendicative. La solidarité nationale n'est pas une faveur : elle est le lien concret qui unit ce territoire à la République, et elle se défend avec des dossiers.
Le déplacement sera enfin l'occasion pour la présidente de rencontrer les services du Sénat, partenaire dans la mise en place du vote électronique. L'ambition affichée est d'obtenir une solution clé en main pour le Congrès, gage de modernisation et d'efficacité du fonctionnement de l'hémicycle. Pour la présidente de l'institution du boulevard Vauban, « il n'y a que des intérêts au vote électronique » : un gain de temps, mais aussi un gain de transparence, chaque position devenant immédiatement identifiable.
Virginie Ruffenach a par ailleurs annoncé lors de cette conférence de presse l'affichage semestriel du taux de présence des élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie lors des séances publiques, des réunions de la commission permanente et des commissions intérieures. La mesure n'est pas anodine : l'absentéisme des élus figure parmi les reproches les plus fréquemment adressés à l'institution, sans qu'aucun chiffre n'ait jamais été publié pour l'étayer ou le démentir. Les Calédoniens sauront désormais qui siège et qui ne siège pas.
Une institution ouverte au public et un devoir de mémoire
Troisième axe de ce premier mois : l'ouverture de l'institution. Le Congrès entend s'ouvrir davantage aux acteurs qui font rayonner et représentent la Nouvelle-Calédonie.
Le jeudi 20 août, de 18h à 20h dans l'hémicycle et en entrée libre, les Rendez-vous du Congrès réuniront des intervenants scientifiques autour du thème « Culture et Nature ». Une soirée consacrée aux modes de vie calédoniens et au lien entre savoirs, pratiques et environnement. Un format accessible, gratuit, ouvert à tous : l'hémicycle sort de son entre-soi habituel.
Le 19 septembre, le territoire commémorera les 86 ans du ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre. Le Congrès, lui, rendra dès le 15 septembre un hommage mémoriel aux Calédoniens de toutes origines qui se sont engagés et ont combattu, à ces femmes et à ces hommes qui ont tout donné pour notre liberté.
Ce rendez-vous n'a rien d'une formalité protocolaire. En septembre 1940, la Nouvelle-Calédonie fut l'un des premiers territoires français à rejoindre la France combattante. Broussards, Kanak, Européens, Wallisiens, Asiatiques : ils se sont engagés ensemble, et cet engagement fait partie du patrimoine commun du territoire. Cette page d'histoire n'appartient à aucun camp politique, et la rappeler relève simplement de l'exactitude.
Un mois d'exercice, donc, et un calendrier chargé pour la rentrée : réforme du règlement le 17 août, plénière budgétaire le 19, conférence publique le 20, mission à Paris du 31 août au 5 septembre, adoption du règlement le 14 septembre. Les annonces sont posées. C'est sur leur exécution que la présidence sera jugée.
(Crédit photo : Congrès de la Nouvelle-Calédonie)

