La Fédé élit son nouveau bureau exécutif

Vendredi 14 août, Houaïlou. Le plus vieux syndicat du pays s'est offert un nouveau bureau et un anniversaire à trois chiffres.
Quatre-vingts ans d'existence, une équipe renouvelée, et un pays qui n'a plus vraiment les moyens d'attendre.
Un congrès à Houaïlou, loin des ors de Nouméa
C'est en Côte Est que ça s'est joué. Pas à la Maison des syndicats, pas dans un amphithéâtre nouméen : à Houaïlou, vendredi 14 août.
Le XXIIIᵉ congrès de La Fédé y a désigné son nouveau bureau exécutif. Le choix du lieu n'a rien d'anecdotique pour une organisation qui revendique une présence sur l'ensemble du territoire.
Steeve Teriitehau reste secrétaire général. L'homme n'est pas un inconnu : il occupait déjà cette fonction depuis juin 2022, après avoir été élu lors d'un congrès exceptionnel tenu à Nouméa. Quatre années de mandat, et une reconduction qui vaut confirmation.
Autour de lui, l'équipe a été remaniée. Trois secrétaires généraux adjoints : Johan Poedi, Caroline Thierry, Nicolas Labenski. Le secrétariat administratif revient à Sonia Kabar, secondée par Pascal Vieilly. La trésorerie est confiée à Lionel Woreth, avec Franck Hnaissilin en adjoint.
Huit noms. Huit parcours qui n'ont pas grand-chose en commun, et c'est précisément ce que le syndicat met en avant.
Sur sa page Facebook, La Fédé résume l'affaire d'une formule : une équipe aux personnalités différentes, mais une responsabilité identique, celle de faire vivre l'organisation et de défendre ses adhérents.
Le texte publié à l'issue du congrès insiste sur un point : une organisation ne tient pas par ses statuts. Elle tient par la confiance, le respect, la solidarité, et la capacité de ses membres à ne pas se disperser quand ça devient dur.
Les dernières années ont fourni matière à le vérifier.
Le syndicat le dit sans détour : ce nouveau bureau est « à l'image de la Nouvelle-Calédonie », divers et pluriel. Avec cette précision, qui vaut programme : les différences ne doivent pas devenir des murs, mais les pierres d'une construction plus solide.
Pas besoin d'être toujours d'accord pour avancer, écrit encore La Fédé. Il faut savoir s'écouter, se respecter, et ne jamais perdre de vue ce qui rassemble.
Le proverbe qui clôt le communiqué est connu. Seul, on va parfois plus vite. Ensemble, on va plus loin. La Fédé assure avoir choisi la seconde option.
Quatre-vingts ans d'histoire syndicale calédonienne
Le congrès avait une saveur particulière. Et pour cause.
Fondée en 1946, la Fédération des fonctionnaires est le plus ancien syndicat de Nouvelle-Calédonie. Quatre-vingts ans, donc. Un âge que peu d'organisations atteignent sur le Caillou, toutes catégories confondues.
Quatre-vingts ans d'engagement, de combats, de présence aux côtés des agents. Des générations de militants se sont succédé, transmettant une conviction simple : la solidarité n'est pas un slogan, c'est une manière d'agir.
Le poids de la structure n'est pas symbolique. Elle comptait environ 3 000 adhérents et pèse dans le paysage social calédonien sous son intitulé complet, Fédération des syndicats des fonctionnaires, agents et ouvriers de la fonction publique.
Houaïlou aura donc servi de cadre à un double exercice : renouveler une direction, célébrer une histoire.
Sans grand-messe. Le syndicat parle d'un moment vécu « simplement », autour de celles et ceux qui font vivre l'organisation aujourd'hui.
C'est peut-être le détail qui compte le plus dans cette séquence. Un anniversaire n'est pas un bilan.
Le vrai test commence maintenant
Passons aux choses sérieuses.
La Fédé aborde ce nouveau mandat dans un pays exsangue. La crise budgétaire calédonienne n'est pas une hypothèse d'école : elle contraint chaque décision publique, chaque recrutement, chaque ligne de dépense.
Et le syndicat n'a pas été neutre dans le débat. Il s'est dressé contre le PS2R, le plan de sauvegarde, de reconstruction et de refondation porté par le gouvernement, qualifié d'ultralibéral. Ses adhérents ont même mandaté l'organisation pour élaborer un « contre-plan » couvrant la vie chère, les bas salaires, le logement, la santé ou encore la fiscalité.
Puis il y a eu le préavis de grève générale déposé pour le 14 août 2025, devant le Congrès à Nouméa et devant les hôtels de province au Nord et aux Îles. Un an, jour pour jour, avant ce congrès de Houaïlou.
La coïncidence de calendrier mérite d'être relevée.
Car voilà où le discours de l'unité rencontre son épreuve de vérité. Rassembler ses troupes est une chose. Assumer l'état réel des finances publiques en est une autre.
Les chiffres sont têtus. Le salaire moyen net d'un fonctionnaire territorial s'établit autour de 398 000 XPF par mois, soit environ 2,5 fois le SMIG, et près de 47 % des agents relèvent de la catégorie A. Beaucoup d'encadrement, moins d'opérateurs de terrain.
Une organisation qui se réclame de la défense de tous ne peut pas éluder indéfiniment cette réalité-là.
Le communiqué de La Fédé annonce vouloir retrouver « pleinement » l'ADN maison : solidarité, défense de tous, force du rassemblement. Très bien. Reste à définir ce que défendre veut dire quand les caisses sont vides et que le privé, lui, a payé le prix fort des émeutes.
Il faudra, écrit le syndicat, de la confiance, du dialogue, de la détermination et beaucoup de collectif.
Le dialogue, justement. C'est là que le nouveau bureau sera jugé, pas sur la qualité de ses communiqués, mais sur sa capacité à négocier plutôt qu'à bloquer.
La Fédé se définit elle-même comme un syndicalisme responsable, privilégiant la négociation mais osant la confrontation quand cela est nécessaire. La formule est équilibrée. Encore faut-il que le curseur bouge dans le bon sens.
Quatre-vingts ans d'existence donnent une légitimité. Ils n'exonèrent de rien.
Le travail commence maintenant, dit le syndicat. Sur ce point au moins, personne ne le contredira.
(Crédit photo : page Facebook "La Fédé")

