La « quéquette de singe », le saucisson qui affole la foire de Bourail

Sur le stand des Jumeaux de Poindimié, un petit saucisson sec s'arrache par dizaines. Son secret n'est pas dans la recette, mais dans son nom, lancé un jour par des collégiens en rentrant chez eux. Depuis, la boucherie de la côte Est en écoule des milliers et transforme une blague de gamins en vraie réussite commerciale.
Il y a des stands devant lesquels on passe, et d'autres devant lesquels on s'arrête. À l'hippodrome de Téné, pour cette 48e édition de la foire de Bourail, celui de la Boucherie Les Jumeaux appartient clairement à la seconde catégorie. Sur l'étal, entre les saucisses et les produits de charcuterie, un petit saucisson sec attire l'œil, provoque un sourire gêné, puis déclenche invariablement la même question. Réponse de Patrick, l'un des deux frères : « Ça, c'est la quéquette de singe. »
Le nom fait mouche, et c'est précisément là tout le sujet. Car le produit, lui, n'a rien de nouveau. Il a longtemps été vendu sous une appellation nettement plus sage, la saucissonnette, et il ne partait pas. Pas de succès, pas de curiosité, pas de file d'attente. Un produit honnête, correctement fabriqué, et parfaitement invisible.
Une blague de collégiens devenue argument de vente
Le basculement, la boucherie le doit à des scolaires de Poindimié. Chaque jour, ils passent devant la vitrine en rentrant chez eux. Un jour, l'un d'eux lance la formule qui restera. Les frères l'entendent, la retiennent et prennent une décision que beaucoup de commerçants n'auraient jamais osé prendre : ils rebaptisent officiellement le produit.
Le résultat ne s'est pas fait attendre. Depuis ce jour-là, la maison en vend des milliers. Sur le stand de Bourail, le manège est permanent : les visiteurs s'approchent, lisent l'étiquette, rient, et repartent avec. Juste avant notre passage, une cliente en avait emporté une bonne douzaine. Le tout dans une ambiance de foire, franchement potache, où personne ne se formalise et où tout le monde entre dans le jeu.
Derrière la plaisanterie, il y a pourtant une vraie leçon de commerce. Un produit local, artisanal, correctement fabriqué, peut rester des années sur une étagère faute d'histoire à raconter. Il suffit parfois d'un mot pour le sortir de l'anonymat. Les Jumeaux ont compris que sur une foire, on ne vend pas seulement de la viande, on vend un moment, une réplique, quelque chose à raconter en rentrant.
Le cerf en gelée, l'autre pari de la maison
L'autre carton du moment est nettement plus sérieux. Il s'agit du cerf en gelée, présenté comme la nouveauté qui fait un tabac sur le stand. Sur un territoire où l'on connaît toutes les boîtes de viande importées, la boucherie mise sur un produit entièrement calédonien, artisanal, fabriqué maison. Un positionnement parfaitement raccord avec le thème de cette édition, entièrement placée sous le signe du « mangeons local ».
À côté, un réchaud à bois tourne en continu. Ce jour-là, c'est le frère de Patrick qui officie, avec des saucisses de poulet aux champignons grillées à la minute. La dégustation est offerte, la vente se fait au rayon voisin, et la maison insiste bien sur la nuance : elle ne fait pas de restauration, seulement de la dégustation. Détail pratique apprécié des visiteurs, les achats peuvent être stockés au frais sur place et récupérés en fin de journée, une fois le tour de la foire terminé.
Une boucherie qui descend chercher ses clients
Le plus intéressant reste peut-être la stratégie de fond. Installée au village de Poindimié, sur la côte Est, la boucherie a fait un constat simple et un peu désabusé : faire monter les gens du Sud jusque chez elle relève souvent de l'exploit. Plutôt que d'attendre, elle a choisi de descendre. D'où cette boucherie ambulante, que l'on croise désormais un peu partout sur le territoire, foires et événements compris.
C'est une réponse concrète, et pas seulement commerciale, à un problème que tout le monde connaît ici : la difficulté de faire circuler les produits, les gens et les échanges entre les deux côtes. Quand la clientèle ne vient pas, on va la chercher. Le raisonnement paraît évident. Il est en réalité assez rare.
Le stand vend aussi les fameux réchauds à bois, présentés comme peu gourmands en combustible et sans fumée, avec un feu maîtrisé, argument qui parle immédiatement aux chasseurs, aux pêcheurs et aux campeurs. Pendant la foire, ils étaient proposés à 19 500 francs au lieu de 23 500 francs, et il n'en restait déjà plus beaucoup.
Reste l'essentiel, que Patrick résume à sa façon en invitant les visiteurs à venir : de belles bêtes, des vendeurs qui gardent le sourire, du rodéo l'après-midi et un comité d'organisation qui assure. À Bourail, le reste suit toujours.

