77 640 salariés : le chiffre qui dit tout sur l'économie calédonienne

77 640 salariés. Et une économie qui retient toujours son souffle. Les chiffres de l'ISEE tombés ce lundi disent une chose simple : le pire est passé, la reprise n'est pas là.
Un plancher, pas un tremplin
L'ISEE-NC a publié ce lundi 17 août ses données sur l'emploi salarié du premier trimestre 2026. Le chiffre central : 77 640 salariés sur le Caillou.
Corrigé des variations saisonnières, l'effectif recule de 0,2 % sur un trimestre. Autant dire qu'il ne bouge pas.
Il faut savoir lire ce genre de statistique. Une variation de deux dixièmes de point, ce n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle en soi. C'est un diagnostic : l'hémorragie est stoppée.
Depuis le deuxième trimestre 2025, les pertes d'emplois s'atténuent. La chute brutale enregistrée entre le premier trimestre 2024 et le premier trimestre 2025 appartient désormais à la séquence précédente. Celle du choc de 2024, dont chacun ici connaît l'origine et le coût.
En données brutes, les effectifs progressent même. Mais c'est un effet de calendrier : le début d'année gonfle mécaniquement les chiffres. Une fois ces variations neutralisées, l'emploi se maintient au niveau observé depuis plusieurs trimestres. Ni plus, ni moins.
Sur douze mois, entre mars 2025 et mars 2026, le solde est légèrement positif : +0,3 %, soit 210 salariés supplémentaires. Deux cent dix.
À l'échelle d'un territoire qui a vu son appareil productif partiellement détruit, ce n'est pas une victoire. C'est le signe qu'on a cessé de reculer.
Et c'est déjà considérable.
Le climat s'éclaircit, l'investissement suit timidement
Le reste de la photographie conjoncturelle va dans le même sens.
L'indicateur du climat des affaires, qui traduit l'opinion des chefs d'entreprise, gagne 2,7 points et s'établit à 99,3. Le redressement engagé au troisième trimestre 2024 se poursuit, mais à un rythme moins soutenu que lors des trimestres précédents.
Le seuil symbolique des 100 n'est toujours pas franchi. Les niveaux d'avant-crise restent hors de portée.
Il y a pourtant un signal qui mérite d'être souligné, parce qu'il vient d'en bas : 1 240 entreprises ont été créées ce trimestre, en hausse de 11 % en données corrigées.
Onze pour cent. Ce sont des Calédoniens qui, malgré tout, ouvrent un commerce, montent une société de services, reprennent une activité.
Dans le même mouvement, les cessations d'entreprises reculent de 2 %, à 1 090. Le solde redevient positif.
Quant aux liquidations judiciaires, elles tombent à 17 sur le trimestre, contre 52 le trimestre précédent. L'ISEE invite explicitement à la prudence sur ce point : les volumes sont faibles et fortement volatils d'un trimestre à l'autre. On s'en tiendra donc à la donnée, sans en tirer de conclusion définitive.
Mais la tendance générale, elle, ne se discute pas. La destruction d'entreprises ralentit pendant que la création accélère.
C'est le secteur privé qui envoie ce signal. Pas la commande publique.
Un public qui redémarre, un privé qui tient sans avancer
C'est ici que le bilan devient franchement instructif.
Le secteur public compte 21 500 salariés, tous statuts confondus. Il progresse de 0,5 % sur le trimestre, prolongeant le redressement amorcé au troisième trimestre 2025.
Cette hausse a une explication précise. Elle est portée par les contractuels, dont les effectifs bondissent de 2,1 % en un seul trimestre.
Les permanents, eux, ne bougent pas. Le nombre de fonctionnaires territoriaux recule très légèrement, de 0,1 %. Celui des fonctionnaires d'État baisse de 0,3 %.
Autrement dit : la croissance de l'emploi public calédonien passe aujourd'hui par le contrat, pas par le statut.
Le secteur privé, lui, compte 56 140 salariés. Stable sur le trimestre. La faible dynamique observée depuis le deuxième trimestre 2025 se confirme.
Derrière cette stabilité d'ensemble, les situations divergent nettement selon les branches.
Le commerce et l'industrie enregistrent de légères hausses. Deux secteurs exposés, concurrentiels, qui repartent les premiers.
Les services hors commerce, la construction et l'agriculture poursuivent leur recul.
Le bâtiment reste le point noir. Il est aussi le meilleur thermomètre de l'investissement : quand la construction ne repart pas, c'est que la confiance dans l'avenir n'est pas revenue.
Dernier indicateur, discret mais éclairant : le nombre d'employeurs du privé diminue de 0,3 % sur le trimestre, dans la continuité de la baisse modérée constatée en 2025.
Moins d'employeurs, autant de salariés. Le tissu se concentre.
Le tableau dressé par l'ISEE-NC est celui d'une économie qui a cessé de tomber sans avoir encore commencé à monter.
Le public repart par le contrat. Le privé tient sans embaucher. La création d'entreprise redémarre, la construction reste à terre.
Rien dans ces chiffres ne relève du miracle, et rien n'autorise le catastrophisme. Ils décrivent un territoire qui encaisse, qui répare, et qui attend le cadre de stabilité indispensable à toute décision d'investissement.
Les Calédoniens qui créent leur entreprise en ce début d'année 2026 ont déjà tranché sur un point : ils font le pari de rester et de produire ici. La statistique, pour une fois, leur donne raison.
(Crédit photo : province Sud)

