Foire de Bourail : 22 000 visiteurs et la Brousse en majesté

Trois jours, un hippodrome, une foule. La Brousse calédonienne vient de rappeler qu'elle sait encore rassembler.
Vingt-deux mille visiteurs plus tard, Bourail a refermé ses portes sans bruit, mais pas sans fierté.
Une édition qui n'a pas eu besoin d'être commentée pour exister
Le soleil, le week-end entier. C'est déjà une réussite en soi.
La 48e édition de la Foire de Bourail s'est achevée ce dimanche après trois jours d'affluence continue. Le chiffre est tombé sans emphase : environ 22 000 visiteurs depuis vendredi. Rien que pour la seule journée de samedi, 14 000 personnes ont franchi les grilles.
Ce sont des chiffres qui parlent d'eux-mêmes. Au pavillon de la province Sud, les familles ne se sont pas fait prier. Animations, dégustations, échanges avec les équipes et les partenaires : le format n'a rien de révolutionnaire, et c'est précisément ce qui fonctionne. On vient à Bourail parce qu'on sait ce qu'on y trouve.
Des producteurs qui montrent ce qu'ils produisent. Des artisans qui montrent ce qu'ils fabriquent.
Des éleveurs qui montrent ce qu'ils élèvent.
Il n'y a pas de mise en scène là-dedans. Pas de storytelling. Juste un savoir-faire posé sur des tréteaux, offert au regard de ceux qui prennent la peine de faire la route jusqu'à Bourail.
Et ils sont venus. En nombre.
Téné, dimanche : le rodéo comme point d'orgue
La dernière journée appartenait à l'hippodrome de Téné.
Dimanche 16 août, le rodéo a concentré l'attention, comme chaque année. C'est le moment où la foire cesse d'être une exposition pour redevenir une épreuve. Où l'on ne présente plus un animal : on l'affronte.
Dans la finale, catégorie cheval, Alain Barbou, du club de Dumbéa, s'est imposé. Fred Komornicki, de Bourail, termine deuxième.
Côté taureaux, l'honneur est resté au pays : Leeroy Nemoadjou, de Bourail, décroche la victoire. Raphaël Mehoudia, de Pouembout, prend la deuxième place.
Quatre noms. Deux catégories. Une discipline qui ne pardonne pas l'approximation.
Le rodéo calédonien n'est pas un folklore de carte postale. C'est un prolongement direct du travail quotidien des stations, une compétence transformée en compétition. Ceux qui montent à Téné le dimanche sont, la semaine, sur le terrain.
Cette continuité-là, aucune subvention ne la fabrique.
Levay Roy : « Soyez fiers »
À l'heure de refermer l'édition, Levay Roy, président du comité de Foire de Bourail et président de la commission du développement rural de la province Sud, a tenu à s'adresser à ceux qui font tourner la machine.
Éleveurs. Agriculteurs. Artisans. Rodéomen. Acteurs de la Brousse.
Ses mots :
Merci à vous d'avoir fait vivre ces trois jours de fête made in Calédonia. Continuez à oser, à innover, sans jamais perdre votre âme de broussard. La Brousse est importante pour toute la Calédonie : à nous de montrer ce qu'on sait faire. Soyez fiers !
Il faut relire la dernière phrase.
« Soyez fiers », deux mots qu'on n'entend plus beaucoup dans le débat public calédonien. On y préfère souvent l'inventaire des manques, la comptabilité des griefs, la posture de celui à qui l'on doit quelque chose.
Bourail dit exactement l'inverse.
Ici, personne n'attend qu'on vienne le sauver. On produit, on vend, on expose, on concourt. Et une fois par an, on invite le reste du Territoire à venir constater le résultat.
C'est une forme de réponse, silencieuse mais nette, à tous ceux qui décrivent la Nouvelle-Calédonie comme une terre d'assistance permanente.
Ce que Bourail rappelle à la Calédonie
La formule employée par Levay Roy mérite d'être prise au sérieux :
La Brousse est importante pour toute la Calédonie.
Elle l'est pour des raisons très concrètes. Parce que la production agricole locale ne se délocalise pas.
Parce que les communes de l'intérieur maintiennent un tissu social que les zones urbaines ne remplacent pas.
Parce qu'une économie qui ne sait plus rien produire finit par ne plus rien décider.
Dans un contexte où le Territoire traverse une période budgétaire difficile, le message envoyé depuis Bourail a une valeur qui dépasse largement le cadre d'une foire agricole. Vingt-deux mille personnes ne se déplacent pas pour rien.
Elles se déplacent parce que quelque chose, là-bas, tient debout. Et ce quelque chose ne tient debout que par le travail.
La 49e édition est déjà annoncée. Un an pour préparer, améliorer, corriger ce qui doit l'être. Un an pour que les jeunes éleveurs prennent la place de ceux qui les ont formés. Un an pour que le mot « broussard » continue de désigner une fierté et non une nostalgie.
Bourail a fait le travail. Trois jours de fête, un public au rendez-vous, des résultats sportifs nets, un discours de clôture qui ne s'excuse de rien.
On appelle ça une réussite.
(Crédit photo : province Sud)

