Ils ont volé les enfants de Monéo

Un ordinateur volé. Une école privée d'un outil de travail. Et une mairie qui, cette fois, n'a pas choisi le communiqué tiède.
Quand le larcin s'invite dans une salle de classe
C'est par sa page Facebook que la municipalité de Ponérihouen a rendu l'affaire publique, ce lundi 17 août. Le ton n'a rien d'administratif. La mairie condamne avec la plus grande fermeté le vol d'un ordinateur commis à l'école de Monéo.
Un ordinateur. Objet banal, presque anodin dans le décompte des faits divers. Sauf qu'il ne se trouvait ni dans un magasin ni dans un entrepôt : il était dans une école.
Et c'est là toute la différence.
La commune le rappelle sans détour dans son message : le matériel présent dans les écoles est destiné avant tout aux enfants, aux enseignants et à leur réussite scolaire. Ce n'est pas du mobilier de bureau. Ce n'est pas un stock. C'est un outil pédagogique, financé par la collectivité, mis à disposition d'élèves qui n'ont pas d'autre lieu pour apprendre.
La municipalité pousse le raisonnement jusqu'au bout, et elle a raison de le faire. Voler dans une école, écrit-elle, ce n'est pas s'en prendre à une administration. C'est priver directement des enfants d'un instrument utile pour apprendre et pour travailler.
La nuance mérite qu'on s'y arrête. Parce qu'il existe, dans une certaine rhétorique bien installée, une manière commode de relativiser ce genre de faits. On dégrade « le système ». On s'attaque à « l'institution ». On désigne une entité abstraite, désincarnée, contre laquelle tout serait permis.
Ponérihouen refuse cette facilité.
Derrière l'ordinateur disparu, il y a une salle de classe, un enseignant qui doit réorganiser son travail, et des élèves qui feront sans. Voilà le bilan réel. Pas de victime symbolique : des victimes concrètes, et elles ont l'âge de l'école primaire.
L'école de proximité, colonne vertébrale des villages et des tribus
La mairie ne s'arrête pas à la condamnation. Elle replace le fait dans ce qu'il touche.
Les écoles de proximité, souligne-t-elle, sont essentielles à la vie des villages et des tribus. Elles permettent aux enfants d'être scolarisés au plus près de leur lieu de vie. Elles participent pleinement à la vitalité des communautés.
Ceux qui connaissent la côte Est savent ce que cette phrase recouvre. Sur ces communes étendues, où l'habitat se répartit entre village, tribus et vallées, une école de proximité n'est pas un simple équipement scolaire. C'est un point d'ancrage. Elle fixe les familles, structure le quotidien, évite aux plus jeunes des trajets interminables ou un départ prématuré vers les centres urbains.
Fermer une école de brousse, c'est amorcer le dépeuplement d'une vallée. Chaque maire de l'intérieur le sait.
Alors quand on y vole du matériel, on ne fait pas que soustraire un bien. On fragilise un service public déjà exposé, dans des territoires où chaque équipement compte double.
La municipalité l'énonce en trois mots : ces actes sont inacceptables.
Pas « regrettables ». Pas « déplorables ». Inacceptables.
Le choix des termes n'est pas anodin. Il traduit une exigence que l'on aimerait voir formulée plus souvent, plus fort, et sans les circonvolutions habituelles.
Le bien public n'est à personne donc il est à chacun
Le troisième temps du message municipal est peut-être le plus important, parce qu'il touche à un principe que l'on a laissé s'éroder.
Le matériel public, rappelle la mairie, appartient à la collectivité et, à travers elle, à chacun d'entre nous. Le dégrader ou le voler, c'est porter préjudice à toute la population.
Cette phrase devrait être une évidence. Elle ne l'est plus tout à fait.
Il s'est installé, au fil des années, une confusion entretenue entre ce qui n'appartient à personne en particulier et ce qui n'appartiendrait à personne du tout. D'un côté un bien commun, financé par l'impôt, entretenu par la collectivité. De l'autre, dans certaines têtes, un objet sans propriétaire, donc sans protection morale.
Ponérihouen tranche : le bien public a bel et bien un propriétaire. C'est la population elle-même.
De là découle un appel clair. La municipalité invite chacun à respecter les écoles, les équipements publics et le travail de celles et ceux qui œuvrent chaque jour pour les enfants. Les agents communaux, les enseignants, les personnels de service. Ceux dont le nom n'apparaît jamais dans les communiqués mais sans lesquels rien ne fonctionne.
La mairie va plus loin encore. Elle invite toute personne disposant d'informations sur ce vol à se rapprocher des autorités compétentes.
Là encore, la formulation compte. Elle suppose que le silence n'est pas neutre, et que le voisinage n'est pas condamné à l'impuissance. Une commune peut condamner, financer, remplacer. Elle ne peut pas tout voir. Le reste dépend de ceux qui savent.
Le message municipal se referme sur deux formules qui tiennent lieu de doctrine : protéger les écoles, c'est protéger les enfants. Respecter les équipements publics, c'est respecter la communauté.
Et une promesse : la mairie de Ponérihouen réaffirme son attachement aux écoles de proximité et continuera d'œuvrer pour offrir aux enfants des conditions d'apprentissage dignes et adaptées.
Un ordinateur volé ne fera pas la une des journaux nationaux. Il ne pèsera rien dans les statistiques de la délinquance.
Mais dans une école de brousse, un ordinateur en moins, ce sont des élèves qui travaillent avec moins. Et cela, aucune commune ne devrait avoir à l'accepter en silence.
Ponérihouen ne l'a pas accepté. C'est déjà quelque chose.
(Crédit photo : mairie de Ponérihouen)

