Sous OQTF, il l'égorge devant ses 5 enfants

Une mère de cinq enfants, la gorge lacérée, dans son propre appartement. Son agresseur présumé, sous OQTF, court toujours.
Dix heures trente, un cri, cinq enfants
Il était environ 10h30, samedi matin, dans le 15e arrondissement de Marseille.
Une femme de 40 ans se trouvait à son domicile. Ses cinq enfants étaient là. Son ex-compagnon s'est présenté. Il a sorti une lame de rasoir. Il a frappé, à plusieurs reprises, à la gorge.
La scène n'a pas eu lieu dans une cage d'escalier anonyme, ni au détour d'une ruelle. Elle a eu lieu chez elle. Devant ses enfants.
C'est une voisine qui a donné l'alerte. Elle a entendu les hurlements de la victime, ses appels au secours, et a prévenu les forces de l'ordre.
Les secours ont trouvé une femme grièvement blessée. Elle a été admise en réanimation, le pronostic vital engagé.
Elle a survécu. Ses jours ne sont désormais plus en danger. Cinq enfants n'auront pas à grandir sans leur mère. C'est, à ce stade, la seule bonne nouvelle de ce dossier.
Le mobile avancé tient en une phrase : l'homme, âgé lui aussi de 40 ans, n'aurait pas supporté la séparation intervenue récemment.
Une séparation. Une lame de rasoir. Voilà l'enchaînement. Il n'y a rien à interpréter là-dedans, rien à contextualiser, rien à excuser. Il y a une femme qui a voulu partir et un homme qui a estimé pouvoir en décider autrement.
L'agresseur présumé a pris la fuite. Il est activement recherché par les forces de l'ordre.
Un homme que la France aurait dû avoir expulsé
Voilà pour les faits. Voilà maintenant pour ce qui rend cette affaire proprement insupportable.
Cet homme, de nationalité algérienne, était déjà connu des services de police. Et surtout : il faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
Une OQTF. Un acte administratif signé, notifié, en bonne et due forme. Un document qui dit, noir sur blanc, que cette personne n'a plus vocation à demeurer en France.
Il était pourtant là, samedi matin, dans le 15e arrondissement de Marseille, une lame à la main.
Il faut mesurer ce que cela signifie.
La République avait identifié cet individu. Elle avait constaté son irrégularité. Elle avait pris une décision. Elle l'avait couchée sur le papier. Puis elle n'a rien fait.
Et parce qu'elle n'a rien fait, une mère de famille s'est retrouvée en réanimation.
Ce n'est pas un dysfonctionnement isolé. Ce n'est pas un accident administratif. C'est le fonctionnement normal d'un système qui a renoncé à appliquer ses propres décisions.
On nous expliquera que les procédures sont complexes. Que les laissez-passer consulaires manquent. Que les délais de recours s'empilent. Que les places en centre de rétention sont comptées.
Tout cela est peut-être exact. Rien de tout cela n'est une réponse.
Car pendant que l'on explique, les décisions ne sont pas exécutées. Et pendant que les décisions ne sont pas exécutées, des femmes se font agresser à la gorge devant leurs enfants.
Il faudra aussi entendre ceux qui, dans les heures qui suivent chaque affaire de ce type, s'emploient à noyer le fait divers dans la sociologie.
Il n'y a pourtant ici aucune fatalité sociale. Il y a une décision de l'État qui n'a pas été appliquée, et un homme qui aurait dû se trouver ailleurs.
OQTF : le mot qui ne veut plus rien dire
Le monde policier, lui, ne s'embarrasse plus de circonlocutions. Rudy Manna, délégué UNSA Police, a réagi sans détour. Il pointe une difficulté réelle de l'État à expulser les personnes visées par ces mesures.
Son constat est arithmétique avant d'être politique : l'obligation ne serait suivie d'effet que dans une minorité de cas, de l'ordre de 10 %.
D'où sa proposition, ironique et cinglante : puisque l'obligation n'oblige personne, il faudrait rebaptiser le dispositif en « invitation à quitter le territoire français ».
La formule fait sourire. Elle ne devrait pas. Elle dit exactement ce qu'elle décrit : un État qui produit du droit sans produire d'effet. Une administration qui signe des papiers que personne n'applique. Une souveraineté réduite à une correspondance administrative.
Un pays qui ne peut pas faire respecter ses propres décisions d'éloignement ne contrôle pas ses frontières. Il les commente.
Et à chaque fois, le même scénario se rejoue. Un fait divers. Un profil déjà connu. Une mesure d'éloignement jamais exécutée. Une émotion de quarante-huit heures. Puis le silence, jusqu'au suivant.
La question n'est plus de savoir s'il faut durcir le discours. Le discours a été durci cent fois. La question est de savoir quand les décisions prononcées au nom du peuple français seront effectivement appliquées.
Ce n'est pas une question idéologique. C'est une question de crédibilité de l'État.
Une femme de 40 ans est aujourd'hui hors de danger, à Marseille. Ses cinq enfants ont vu ce qu'aucun enfant ne devrait voir.
L'homme qui les a frappés dans leur chair est en fuite. Il n'aurait jamais dû se trouver là.
(Crédit photo : Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
