Thibault Bizien dénonce la destruction de 300 arbres endémiques

Il aura fallu quelques heures à peine pour anéantir ce que des dizaines de bénévoles avaient mis des mois à construire.
Sur deux parcelles calédoniennes, plus de 300 jeunes arbres endémiques ont été arrachés, coupés, détruits.
Un coup de gueule filmé, et une colère qui ne demande pas d'excuses
Ce lundi 17 août, Thibault Bizien a publié une vidéo depuis le terrain. Le fondateur de l'association éco-citoyenne Calédoclean n'y cache rien : ni la fatigue, ni l'écœurement.
Alerté par des riverains, il s'est rendu sur place. Le constat est sans appel.
Un peu plus de 300 arbres arrachés, répartis sur deux parcelles différentes.
Des plants sortis de terre, sectionnés, piétinés. Pas un accident. Pas une négligence. Un geste délibéré.
C'est clairement un geste mal intentionné, résume-t-il, avant d'ajouter que ce sont vraiment des personnes qui ont voulu nuire qui ont fait cela.
Le mot est lâché, et il est juste. Car on n'arrache pas trois cents arbres par distraction.
Ces plantations n'étaient pas anodines. Elles correspondaient à la dernière action de plantation de la saison, menée le 4 juillet dernier dans le cadre du programme 2026 de l'association. Le point final d'un cycle. Le résultat de mois de préparation.
Il faut prendre la mesure de ce que représente une seule journée de plantation.
En amont, il y a les pépinières. Des équipes qui vont collecter les semences d'espèces endémiques, parfois rares, souvent fragiles. Qui en prennent soin. Qui les font germer, grandir, puis les mettent en pot. Un travail patient, technique, invisible.
Ensuite viennent les bénévoles de Calédoclean. La préparation des zones. Le creusement des trous. L'acheminement du matériel. La logistique d'une opération collective, montée sans tapage, avec des moyens comptés.
Tout cela pour qu'un individu ou plusieurs décide de tout défaire en une nuit.
Thibault Bizien le dit sobrement :
Il y a des jours comme ça où on est découragé. On le comprend.
Deux pour cent : le chiffre qui rend ce saccage impardonnable
Le vandalisme est toujours condamnable. Ici, il touche à quelque chose de plus grave encore.
Les espèces détruites appartiennent à la forêt sèche, l'écosystème le plus menacé de Nouvelle-Calédonie.
Il n'en reste plus que 2 % de la surface initiale.
Deux pour cent.
Ce n'est pas un slogan militant, c'est un état des lieux. Ce qui subsiste de cette forêt tient sur des fragments épars, souvent enclavés, peuplés d'espèces menacées de disparition. Chaque plant remis en terre compte réellement. Chaque plant arraché se soustrait d'un capital déjà exsangue.
C'est en cela que l'affaire dépasse le simple fait divers.
Le patrimoine naturel calédonien n'appartient à personne en particulier, et donc à tout le monde. Il constitue un héritage commun, au même titre qu'un bâtiment classé ou qu'un site historique. On ne le rebâtit pas d'un claquement de doigts. Une forêt sèche ne se reconstitue pas en une saison.
Thibault Bizien insiste sur ce point avec des mots que personne, ici, ne devrait trouver excessifs :
S'il y a bien quelque chose de sacré, c'est notre nature.
Il évoque une biodiversité qui fait aussi notre culture, dont chacun profite au quotidien. C'est exactement cela. Sur le Caillou, l'environnement n'est pas un décor : il est constitutif de l'identité du territoire, de ses usages, de ses traditions, de son économie.
S'attaquer à ces plants, c'est donc s'attaquer à un bien collectif.
Et il n'existe aucune circonstance atténuante à invoquer. Le fondateur de Calédoclean le formule sans détour : il n'y a « absolument aucune raison valable » de venir arracher des plants. Aucune revendication, aucun mécontentement, aucun contentieux de voisinage ne justifie ce type de destruction.
Voilà une évidence qu'il faut pourtant rappeler.
Car la tentation est grande, dès qu'un acte de dégradation survient, de chercher le contexte, l'explication, la circonstance. Il n'y en a pas. Il y a des gens qui construisent, et des gens qui détruisent ce que d'autres ont construit. La responsabilité est individuelle, et elle est entière.
La réponse de Calédoclean : ni plainte larmoyante, ni renoncement
Ce qui frappe, dans cette vidéo, c'est ce que Thibault Bizien ne fait pas.
Il ne se pose pas en victime. Il ne réclame rien. Il ne demande ni subvention supplémentaire, ni tribune, ni compassion.
Il constate, il dénonce, et il annonce la suite.
Nous, on va continuer.
Continuer de se battre pour la forêt. Continuer d'avancer. Continuer de faire en sorte que la nature calédonienne soit protégée. La formule est simple, et elle vaut mieux que bien des discours.
Le fondateur adresse d'ailleurs un remerciement à ceux qui l'ont prévenu, et plus largement à tous ceux qui œuvrent pour un environnement en bonne santé. Là encore, l'essentiel est dit : face à quelques destructeurs, il existe une majorité silencieuse qui plante, entretient, surveille et alerte.
Cette majorité-là mérite d'être soutenue.
Il faut aussi noter le geste, presque désarmant, que Bizien adresse aux auteurs du saccage. Si un jour ils éprouvent des regrets, sa porte reste ouverte : qu'ils viennent planter, et réparer ce qu'ils ont détruit.
On peut trouver la proposition généreuse. Elle est surtout intelligente.
Car la réparation vaut mieux que l'indignation en boucle. Remettre les mains dans la terre, sur le terrain, aux côtés de ceux qu'on a lésés, voilà une sanction qui a du sens bien plus qu'un communiqué.
Reste que la générosité de l'association ne dispense pas de fermeté.
Ces destructions ont un coût. Elles ont un auteur. Et le respect du bien commun ne se décrète pas : il se rappelle, il s'enseigne, et il se sanctionne quand il est bafoué. Le laisser-faire n'a jamais protégé un seul arbre.
En attendant, les bénévoles de Calédoclean rangeront leurs outils, referont les trous, et repartiront chercher des semences.
Trois cents arbres arrachés, c'est une saison abîmée. Ce n'est pas une saison perdue.
(Crédit photo : Calédoclean)

