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L'actualité locale

Ce que Nouméa a fait en une nuit

13 septembre 2026 à 16:00
6 min de lecture
Ce que Nouméa a fait en une nuit

Résumé IA

Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie ouvre son hémicycle au public mardi 15 septembre 2026 pour une soirée-débat consacrée au 86e anniversaire du Ralliement à la France libre. Historien, général et descendants d'engagés volontaires évoquent le parcours des 605 volontaires du Bataillon du Pacifique.

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Deux jours. C'est tout ce qui sépare désormais les Calédoniens d'une soirée qui n'a rien d'un colloque poussiéreux.
Le 15 septembre, l'hémicycle du Congrès rouvre un chapitre que beaucoup, en métropole comme ici, ont laissé s'effacer.

Juin 1940 : la Calédonie refuse l'armistice

Il y a des anniversaires qu'on expédie en trois lignes dans un communiqué. Celui-là mérite mieux.

Pour le 86e anniversaire du Ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France libre, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie ouvre son hémicycle au public. Mardi 15 septembre 2026, de 18 heures à 20 heures. Entrée libre. Une soirée-débat consacrée à l'engagement et au parcours des volontaires calédoniens du Bataillon du Pacifique, deuxième rendez-vous du Congrès de cette VIe mandature.

Autour de la table : l'historien Luc Steinmetz, le général de brigade Gabriel Soubrier, et c'est peut-être le plus précieux des descendants des engagés volontaires. Ceux qui ont grandi avec les photos, les lettres, les silences. Ceux qui peuvent dire ce que les manuels ne disent pas.

Commençons par une évidence trop souvent gommée.

La Nouvelle-Calédonie, comme les autres colonies françaises du Pacifique, a longtemps été oubliée de l'histoire du Ralliement. Reléguée en note de bas de page. Pourtant son rôle fut décisif : les historiens Jean-Marc Régnault et Ismet Kurtovitch la décrivent comme « une digue protégeant l'Australie et la Nouvelle-Zélande » face à l'offensive japonaise, avant de devenir une base de reconquête du Pacifique pour les Américains.

Une digue. Le mot est juste.

Le 18 juin 1940, quand de Gaulle lance son appel depuis Londres, le Territoire compte environ 53 250 habitants, dont quelque 30 000 Indigènes. Un confetti démographique à l'échelle du monde. La nouvelle de la capitulation française y provoque la consternation. Puis, très vite, la fracture : pendant plus de deux mois, Vichystes et Gaullistes s'affrontent violemment dans la colonie. Rien de feutré là-dedans.

Le 20 juin, le gouverneur Pélicier tranche en faveur de la poursuite du combat aux côtés des Anglais, appuyé par les conseillers généraux. Quelques jours plus tard, il vacille.

Ce sont alors les assemblées locales qui tiennent la barre. Le Conseil privé, quatre civils, deux fonctionnaires et le Conseil général, quinze membres élus, maintiennent le cap : on se battra. La résolution du 24 juin 1940 est un acte politique majeur. Elle dit le refus calédonien de l'Armistice. Elle dit l'entrée en résistance. Et elle dit autre chose encore, que les tenants d'une lecture strictement victimaire de l'histoire coloniale feraient bien de méditer : une émancipation politique de la colonie, décidée par des élus locaux, contre le pouvoir central défaillant.

Juillet 1940. Pétain installe l'État français. À Nouméa, Michel Vergès, notaire, rédige le Manifeste de la population et réclame une nouvelle organisation politique du Territoire.

Pélicier, lui, applique les lois de Vichy et les publie au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie. La réponse ne traîne pas : le 2 août, le Conseil général désavoue le gouverneur et décide d'entrer en contact direct avec de Gaulle. Fin août, Pélicier est remplacé par le lieutenant-colonel Denis.

La nuit des broussards

Deux mouvements, d'abord distincts, vont converger et emporter la décision : le Manifeste à la population et les comités de Gaulle, créés le 17 août 1940, qui rassemblent des centaines de signatures de gaullistes calédoniens.

S'y ajoute la géographie, qui n'est jamais neutre. L'Australie et la Nouvelle-Zélande sont à portée : elles peuvent ravitailler la colonie. Choisir la France libre n'était pas un suicide logistique. C'était un pari tenable encore fallait-il le tenir.

Pendant ce temps, l'Afrique bascule. Tchad, Cameroun, Congo, Oubangui rejoignent de Gaulle. Le Pacifique suit avec les Établissements français de l'Océanie, le 2 septembre.

Puis vient la nuit.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1940, des centaines de broussards descendent sur Nouméa. Des hommes de l'intérieur, des éleveurs, des colons, des gens de la terre, venus exiger que le Territoire se rallie à la France libre. Ce ne sont pas des diplomates. Ce sont des Calédoniens qui ont décidé que leur pays serait français et libre, ou ne serait pas.

La journée du 19 septembre 1940 scelle le Ralliement. Le gouverneur Henri Sautot, représentant de De Gaulle, arrive des Nouvelles-Hébrides où il était commissaire résident de France. En fin de journée, installé dans le bureau du gouverneur à la place du colonel Denis, il annonce à la population le ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France libre.

Quatre-vingt-six ans plus tard, l'hémicycle du Congrès en fera le récit. C'est la moindre des choses.

605 volontaires, un seul drapeau

Reste le plus beau : ce qui a suivi.

Samedi 3 mai 1941, 10 h 30. Au monument aux morts de Nouméa, le gouverneur Sautot remet au capitaine Félix Broche le drapeau du corps expéditionnaire du Pacifique. Le Bataillon du Pacifique est né recréé sur ordre du général de Gaulle, l'unité s'étant déjà illustrée sur les champs de bataille européens durant la Première Guerre mondiale.

En avril 1941, 605 volontaires se sont inscrits, dont 287 Calédoniens, aux côtés de Tahitiens et de Néo-Hébridais. Calédoniens et Tahitiens formaient au départ deux compagnies séparées. Broche impose le mélange. Un seul contingent, une seule unité. Détail d'organisation ? Non. Décision de commandement, et leçon durable.

Le mois d'avril se passe en préparatifs. Acte d'engagement signé, les volontaires rejoignent la caserne de Nouméa. Ils quittent tout : le travail, la maison, la famille. Personne ne les y obligeait.

Lundi 5 mai 1941, embarquement à bord du Zelandia. Direction l'Australie, un camp à quelques dizaines de kilomètres de Sydney. Plus d'un mois d'entraînement, puis retour en mer vers le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. On les surnommera le « bataillon des guitaristes ». Le sobriquet fait sourire ; la suite beaucoup moins.

Incorporés à la 1re Division française libre sous les ordres du général Koenig, les volontaires du Pacifique entrent au combat le 2 janvier 1942, près du Caire.

Le 3 mars 1943, un second contingent de près de 170 Calédoniens quitte Nouméa pour la Tunisie. D'autres rejoignent les commandos parachutistes britanniques, les SAS.

Afrique. Italie. France. Les engagés volontaires du Bataillon du Pacifique se sont illustrés sur tous ces fronts.

Partis du bout du monde pour libérer un pays que beaucoup n'avaient jamais vu.

Rendez-vous mardi, dans l'hémicycle. Il y aura des historiens, un général, et des familles. Il y aura surtout une mémoire qu'aucune mode intellectuelle ne devrait avoir le droit d'effacer.

(Crédit photo : Musée de la Ville de Nouméa)