Jérusalem : pourquoi plusieurs nations du Pacifique choisissent Israël au nom de la foi

Résumé IA
Plusieurs États du Pacifique, dont Nauru, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée et bientôt Samoa, affichent un soutien diplomatique fort à Israël, principalement motivé par le christianisme et une lecture biblique. Des dirigeants comme Sitiveni Rabuka et James Marape assument cette proximité, mais le soutien reste contrasté, notamment avec des manifestations pro-palestiniennes aux Fidji.
Nauru, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée et bientôt Samoa : plusieurs États insulaires du Pacifique affichent un soutien diplomatique particulièrement fort à Israël. Derrière ces choix, les calculs géopolitiques existent, mais un facteur revient avec insistance : la religion chrétienne et une lecture biblique très présente dans les sociétés du Pacifique.
Nauru rejoint le cercle restreint des ambassades à Jérusalem
Début septembre, Nauru a officiellement ouvert son ambassade à Jérusalem, rejoignant un groupe extrêmement limité de pays ayant fait ce choix diplomatique.
Dans le Pacifique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji disposent déjà d’une représentation dans la ville, tandis que Samoa a annoncé son intention de suivre le mouvement.
Cette décision tranche avec la position adoptée par la majorité de la communauté internationale, qui considère que le statut définitif de Jérusalem doit être réglé dans le cadre du conflit israélo-palestinien.
La plupart des États maintiennent donc leurs ambassades à Tel-Aviv.
Mais depuis la décision des États-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem en 2018, quelques gouvernements ont progressivement rompu avec ce consensus.
Une diplomatie profondément liée à la religion
Pour comprendre cette proximité entre Israël et certaines nations océaniennes, regarder uniquement les intérêts économiques ne suffit pas.
Selon plusieurs spécialistes interrogés par l’AFP, le christianisme joue un rôle central dans cette diplomatie.
L’ancienne diplomate fidjienne Salote Tagivakatini estime ainsi que la religion constitue probablement le principal facteur permettant d’expliquer cette orientation.
Une très large majorité des populations autochtones des États insulaires du Pacifique se revendique en effet chrétienne.
Dans certaines Églises évangéliques, l’Ancien Testament occupe une place particulièrement importante et nourrit une vision religieuse selon laquelle le peuple juif conserve un rôle central dans l’histoire biblique.
Cette lecture peut ensuite se traduire directement dans la politique étrangère.
Israël occupe une place particulière dans certaines sociétés du Pacifique
L'influence religieuse dans la région remonte notamment aux vagues de missionnaires européens arrivés au XIXe siècle.
Aujourd’hui encore, plusieurs communautés de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des Îles Salomon ou des Fidji entretiennent une relation spirituelle singulière avec Israël.
Certains groupes vont jusqu’à revendiquer une filiation symbolique avec les fameuses « tribus perdues d’Israël ».
Les anthropologues ont par exemple documenté certaines cérémonies en Papouasie-Nouvelle-Guinée durant lesquelles sont chantés des chants hébraïques et où le drapeau israélien est arboré.
La frontière entre religion, identité et politique devient alors particulièrement poreuse.
Des dirigeants qui assument publiquement cette proximité
Cette dimension religieuse se retrouve également au sommet des États.
Le Premier ministre fidjien Sitiveni Rabuka a été prédicateur laïc de l’Église méthodiste.
Son homologue de Papouasie-Nouvelle-Guinée, James Marape, est quant à lui le fils d’un pasteur adventiste du septième jour.
À Samoa, le Premier ministre La’auli Leuatea Schmidt avait encore davantage marqué les esprits lors de son investiture en portant un châle de prière juif tandis qu’un shofar, instrument traditionnel hébraïque, retentissait.
Il avait alors déclaré son soutien à Israël, qualifié de « terre de Dieu ».
Dans ces conditions, le rapprochement diplomatique avec Israël peut parfois être perçu moins comme une décision stratégique classique que comme la traduction politique d’une conviction religieuse.
Un soutien qui reste toutefois loin d’être unanime
Cette proximité ne signifie cependant pas que l’ensemble du Pacifique soutient Israël.
Lors d’une visite du ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar aux Fidji, des manifestants avaient notamment brandi des drapeaux palestiniens.
Les positions restent donc contrastées au sein des sociétés océaniennes.
Le dossier prend également place dans une région où les grandes puissances cherchent depuis plusieurs années à gagner l’appui diplomatique des petits États insulaires.
Taïwan conserve par exemple des relations diplomatiques avec Palau, Tuvalu et les Îles Marshall, alors que Pékin est parvenu ces dernières années à convaincre les Îles Salomon, Kiribati puis Nauru de reconnaître la Chine populaire.
Israël gagne surtout un soutien politique et symbolique
Pour Israël, l'intérêt de ces relations est relativement clair.
Chaque ambassade ouverte à Jérusalem contribue à renforcer symboliquement la reconnaissance de la ville comme capitale israélienne.
Selon le spécialiste des relations internationales Shannon Brincat, cette reconnaissance diplomatique possède donc une valeur politique considérable, même lorsqu’elle provient de petits États.
À l’inverse, les bénéfices économiques directs pour les nations du Pacifique apparaissent beaucoup moins évidents.
D'après les données du Lowy Institute citées par l’AFP, Israël aurait apporté environ 2 millions de dollars d’aide au développement dans le Pacifique depuis 2015, une somme très éloignée des centaines de millions mobilisés par des acteurs comme l’Australie ou la Chine.
Une relation moins transactionnelle qu’elle n’y paraît
C'est précisément ce qui rend cette diplomatie particulière.
Habituellement, la compétition d’influence dans le Pacifique est analysée à travers les investissements, l’aide au développement, les infrastructures ou les accords stratégiques.
Dans le cas d’Israël, ce raisonnement semble insuffisant.
La chercheuse Maima Koro résume ainsi la situation : pour certains responsables et certaines communautés chrétiennes du Pacifique, la relation avec Israël ne serait tout simplement pas transactionnelle.
Elle serait avant tout spirituelle.
Dans une région devenue l’un des principaux terrains de compétition diplomatique entre grandes puissances, cette particularité mérite d’être observée.
Car dans le Pacifique, la géopolitique ne se joue pas toujours seulement à coups de milliards, de ports ou d’accords militaires.
Parfois, elle commence simplement par une Bible.


