Le Mouv' : une scène ou un marché, Rivière-Salée a déjà choisi

Résumé IA
La mairie de Nouméa ne reconstruit pas la salle de concerts Le Mouv' de Rivière-Salée, détériorée lors des émeutes de mai 2024, et prévoit d'y installer une halle de marché. Une pétition circule, relayée par la SACENC, mais le directeur de l'association dénonce un manque de concertation.
La mairie de Nouméa ne reconstruira pas la salle de concerts de Rivière-Salée, détériorée pendant les émeutes. Elle en fera une halle de marché. Une pétition circule, relayée par la société des auteurs. Celle-ci a pourtant elle-même été épinglée par la Chambre territoriale des comptes.
Le Mouv' ne rouvrira pas. Après les émeutes de mai 2024, « très intenses dans le grand quartier Nord de Nouméa » selon NC1ère, le bâtiment est devenu inutilisable. En septembre 2026, la mairie a lancé un appel d'offres pour des « travaux de démolition contrôlée » : les deux ailes tomberont, la salle principale deviendra une halle de marché. Le directeur de l'association dénonce une décision prise sans concertation : « Pas de dialogue, pas d'explication. »
Le quartier a déjà tranché
La halle ne sort pas de nulle part. Depuis les émeutes, un grand marché se tient chaque samedi à Rivière-Salée, organisé par l'association Solidarité RS. Il n'a pas attendu de bâtiment pour exister. La mairie ne fait que lui donner un toit.
Entre une salle de 400 places fermée depuis deux ans et un marché qui fonctionne chaque semaine, le choix n'est pas idéologique. Il est pratique : on garde ce qui sert.
Ce que coûtait la scène
Le Mouv' n'était pas une entreprise culturelle autonome. En 2019, la ville de Nouméa lui a accordé 12 450 000 francs de subvention, pour coproduire des spectacles, mener des actions dans le quartier et financer le salaire de son directeur, « agent détaché par la Ville de Nouméa ».
En décembre 2021, le conseil municipal a validé une convention avec le gouvernement « pour financer les actions de l'association Le Mouv' ». Ce financement passait par le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance.
C'était le pari de vingt ans de politique de la ville : une scène et des activités pour les jeunes, en échange de quartiers plus calmes. En mai 2024, le bâtiment n'a pas survécu aux émeutes, au cœur du quartier qu'il devait apaiser.
La mobilisation
La pétition en ligne pour sauver le Mouv' comptait moins de deux cents signatures au moment où nous écrivons. La publication de l'association annonçant la décision a recueilli 24 réactions.
La même semaine, la vidéo d'un jeune agriculteur du Mont-Dore dépassait les cinq mille réactions.
La musique ne s'arrête pas pour autant. L'école de l'association, la Mouv'skool, continue au centre culturel Tjibaou, et des concerts sont toujours organisés ailleurs.
Le relais
La pétition a été partagée par la SACENC, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de Nouvelle-Calédonie. C'est elle qui perçoit les droits d'auteur auprès des médias, des restaurants, des salles et des commerces qui diffusent de la musique.
En juin 2025, la Chambre territoriale des comptes a publié son rapport sur cette société, contrôlée après des signalements de difficultés de gouvernance. Ses constats :
• La SACENC a collecté 232 millions de francs en 2023, soit 13 % de moins qu'en 2019.
• Sur 100 francs de droits d’exécution publique collectés, les auteurs n’en touchent que 55 environ. Les frais de la société atteignent 45 %, alors qu’elle avance elle-même que ses homologues étrangers prélèvent en moyenne 30 %.
• Son président perçoit une rémunération et les administrateurs des jetons de 20 000 francs par séance, alors que les statuts prévoient des fonctions bénévoles. La chambre est nette : « La société doit arrêter ces versements qui sont contraires aux statuts. »
• Fin 2023, la société avait 309 millions de francs en trésorerie, soit 133 % de ce qu'elle collecte en un an et « 45,1 mois de charges d'exploitation ». Une partie de cet argent correspond à des droits « dont ne bénéficient pas leurs légitimes destinataires en temps opportun ».
• Elle n'a toujours pas l'agrément requis pour percevoir et répartir les droits d'auteur.
La chambre lui demande de « revoir le modèle économique pour réduire les frais de gestion »et d'augmenter les droits reversés ou le soutien à la création.
Qui paie
Le Mouv' demandait chaque année une subvention. Le marché nourrit le quartier chaque samedi. Les collectivités n'ont plus les moyens de financer les deux, et la mairie de Nouméa achoisi.
La société qui relaie la pétition, elle, a 309 millions en caisse et des auteurs qui attendent leurs droits. Avant de demander à la mairie de reconstruire une scène, le monde de la musique peut commencer par là.
La rédaction
(Crédit photo : Le Mouv')


