J’ai allumé la radio ce matin.
J’ai entendu parler d’un requin.
Un plongeur.
Un lagon calme.
Et une morsure au bras.
J’ai pensé que ça arrivait toujours aux autres.
Puis j’ai appris qu’il avait 35 ans.
Du coup, j’ai arrêté de penser.
J’ai entendu les secours.
La coordination.
Les gardes-nature.
L’hélico.
Le Médipôle.
Et cette phrase qui rassure tout le monde : le pronostic vital n’est pas engagé.
J’ai respiré.
Pas lui.
Pas encore.
Ensuite, ils ont parlé de Bourail.
Encore.
Cette fois, pas un requin.
Du feu.
Les bureaux de la foire.
Quarante ans de bois.
Quarante ans de souvenirs.
Partis en fumée avant le café du matin.
J’ai entendu “origine criminelle”.
J’ai entendu “barre à mine”.
J’ai entendu “bouteilles d’alcool”.
J’ai surtout entendu fatigue.
Le président disait qu’ils allaient se relever.
Il le disait comme on le dit toujours.
Parce qu’il faut le dire.
Après ça, on a parlé de l’Épiphanie.
Des rois mages.
De la lumière.
De la manifestation.
J’ai trouvé le timing intéressant.
Entre un requin, un incendie et Dieu.
Ils ont enchaîné avec la galette.
Pur beurre.
Frangipane.
Fèves en céramique.
Libellules rigolotes.
J’ai pensé que le pays brûle, mais qu’on débat encore du parfum.
Puis ils ont parlé de la Suisse.
Des morts.
Des blessés.
Des bougies trop près du plafond.
J’ai regardé mon plafond.
Il allait bien.
Après ça, l’Iran.
La colère.
La peur.
L’espoir.
J’ai changé de position sur ma chaise.
Pas de régime à renverser ici.
Juste une journée à encaisser.
À la fin, ils ont parlé de sport.
De tennis.
De rugby.
De Dakar.
Comme si tout continuait.
Comme si tout avait toujours continué.
J’ai éteint la radio.
J’ai regardé le lagon.
Il était calme.
Trop calme.
Bref.

















