La question posée cette nuit au Sénat par Georges Naturel à la ministre des Outre-mer se voulait pragmatique. Elle relevait en réalité d’un constat figé, présenté comme une impasse juridique, alors même que le droit constitutionnel et électoral n’est jamais indépendant de la volonté politique lorsqu’un consensus se dessine.
Face à lui, Naïma Moutchou n’a pas nié les contraintes. Elle a fait mieux : elle les a replacées à leur juste niveau, celui d’un cadre qui peut évoluer dès lors qu’un accord politique partagé existe.
Les contraintes juridiques : une réalité, pas une fatalité
Le sénateur Naturel a déroulé une démonstration désormais classique : calendrier contraint, date butoir du 28 juin, avis du Conseil d’État, impossibilité technique de tout concilier en quelques mois. Mais cette lecture repose sur un présupposé discutable : celui selon lequel le droit serait figé, autonome, et détaché de toute dynamique politique.
Or, la ministre des Outre-mer a été claire : les contraintes existent, mais elles ne constituent pas des fatalités absolues. Sans le dire explicitement, elle a posé une ligne nette : le calendrier électoral dépend d’abord de l’émergence d’un accord politique solide. Autrement dit, le politique doit précéder l’électoral, et non l’inverse.
Réduire la situation calédonienne à une simple urgence de convocation des urnes revient à évacuer le cœur du problème : l’absence, à ce stade, d’un cadre politique partagé permettant d’aller vers des élections stabilisatrices.
Des provinciales sans accord, au risque d’un scrutin à corps électoral gelé
C’est là que le raisonnement du sénateur atteint ses limites.
Organiser des élections provinciales sans accord préalable, c’est accepter un scrutin fondé sur un corps électoral gelé, hérité d’un contexte ancien et profondément clivant. Ce serait reconduire mécaniquement les déséquilibres existants, sans tirer aucune leçon des consultations passées.
Car un fait demeure incontestable : les Calédoniens ont voté trois fois non à l’indépendance. Trois référendums, trois réponses claires, exprimées dans des conditions démocratiques validées par l’État et la communauté internationale. Faire comme si ces résultats n’impliquaient aucune conséquence institutionnelle relève d’une curieuse amnésie politique.
Une mémoire sélective face à une réalité démocratique pourtant limpide
À force d’invoquer l’urgence électorale, certains semblent oublier l’essentiel. Le non répété à l’indépendance n’est pas un détail de l’histoire récente : c’est le socle démocratique sur lequel toute évolution institutionnelle doit s’appuyer.
La position défendue par la ministre des Outre-mer est, de ce point de vue, responsable. Elle ne promet pas l’impossible. Elle refuse le passage en force. Elle assume que le retour aux urnes ne peut être une fin en soi s’il ne repose pas sur un accord politique clarifié.
Trancher politiquement plutôt que subir le confort du constat
Contrairement à ce qui a été suggéré, l’État ne se dérobe pas. Il place chacun devant ses responsabilités. Aux forces politiques calédoniennes de dire clairement ce qu’elles acceptent, ce qu’elles refusent et ce qu’elles sont prêtes à assumer devant la population.
Le véritable danger, aujourd’hui, ne réside pas dans le temps consacré au dialogue. Il réside dans la tentation de rejouer les mêmes scénarios, avec les mêmes règles, en espérant un résultat différent.
La Nouvelle-Calédonie n’a pas besoin d’un automatisme électoral ni d’une fuite en avant. Elle a besoin de mémoire, de lucidité et de courage politique. Sur ce point précis, la ministre des Outre-mer a tenu une ligne claire. À chacun désormais d’assumer la sienne.


















