Ils ont échoué… et ils reviennent !

Dans les salons feutrés du pouvoir, les mêmes recettes semblent de retour.
Au moment où la Nouvelle-Calédonie devrait se relever, certains rejouent le passé.
Une recomposition verrouillée par les logiques d’appareil
Ce mardi 21 juillet, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie examine une délibération déterminante pour fixer à 11 le nombre de membres du futur gouvernement. Derrière ce cadre institutionnel, c’est une réalité politique bien plus préoccupante qui se dessine : la confiscation du renouvellement par les appareils partisans.
Alors que le territoire traverse une crise profonde, marquée par les conséquences des émeutes du 13 mai 2024, les Calédoniens étaient en droit d’attendre un sursaut, une rupture, une nouvelle génération aux commandes. Mais, à observer les tractations en cours, c’est tout l’inverse qui se profile.
L’UC-FLNKS, loin de tirer les leçons des échecs récents, semble s’enfermer dans une stratégie de reconduction des mêmes profils. Une logique de recyclage politique qui interroge sur sa capacité à se réinventer et à répondre aux attentes d’un territoire en souffrance.
Le retour des figures contestées, symbole d’un immobilisme
Parmi les noms qui circulent, celui de Gilbert Tyuienon cristallise les critiques. Battu lors des dernières municipales à Canala, affaibli jusque dans son propre camp, il symbolise cette classe politique qui refuse de passer la main. Son éviction du poste de premier vice-président de l’Union calédonienne n’a manifestement pas suffi à provoquer une remise en question.
Depuis 2011, son passage au gouvernement est régulièrement pointé du doigt. Manque de résultats, absence de vision stratégique, projets jugés déconnectés des réalités du terrain : le constat est sévère et largement partagé. Dans un territoire confronté à l’urgence économique et sociale, ce type de profil ne peut plus incarner l’avenir.
Le cas de Roch Wamytan soulève tout autant d’interrogations. Ancien président du Congrès, il a perdu le perchoir en août 2024, dans un contexte de crise majeure. Depuis, son influence s’est considérablement réduite, au point de figurer en queue de liste lors d’un scrutin récent.
Son éventuel retour au gouvernement pose une question simple : l’UC-FLNKS a-t-elle encore autre chose à proposer que ses figures du passé ? Car derrière ces choix, c’est bien une stratégie politique qui apparaît : celle du maintien à tout prix, au détriment du renouvellement.
Une responsabilité politique face aux crises récentes
La séquence des émeutes du 13 mai 2024 reste dans toutes les mémoires. Blocages, violences, désorganisation du territoire : la Nouvelle-Calédonie a vacillé. Et, dans ce contexte, certains responsables politiques, aujourd’hui pressentis pour revenir aux affaires, n’ont pas su, ou pas pu, apporter de réponses à la hauteur.
Du côté de certaines zones sensibles, notamment à Saint-Louis, l’autorité coutumière et politique a été largement débordée par une jeunesse en rupture. Ce constat n’est pas une opinion, mais un fait observé pendant des semaines de tensions.
Dès lors, comment justifier aujourd’hui le retour de ces mêmes responsables ? Comment convaincre les Calédoniens que les solutions viendront de ceux qui n’ont pas su prévenir ou contenir la crise ?
Le risque est clair : installer durablement un sentiment d’impunité politique, où les échecs n’ont plus de conséquences et où les responsabilités ne sont jamais assumées.
Le choix du courage ou celui du renoncement
La formation du prochain gouvernement n’est pas un simple exercice institutionnel. C’est un test de crédibilité pour toute la classe politique calédonienne, et plus particulièrement pour l’UC-FLNKS, qui joue ici une part de son avenir.
Le territoire a besoin de clarté, de compétence et d’autorité. Il a besoin de femmes et d’hommes capables de restaurer l’ordre, de relancer l’économie et de retisser le lien social. Pas de compromis internes ni de calculs de survie politique.
En persistant à promouvoir des profils contestés, l’UC-FLNKS prend le risque de s’enfermer dans une impasse, coupée des attentes réelles de la population. Le message envoyé est désastreux : celui d’un parti qui préfère ses équilibres internes à l’intérêt général.
La Nouvelle-Calédonie mérite mieux. Elle mérite un véritable renouvellement, une rupture assumée avec les pratiques d’hier et une volonté politique claire tournée vers l’avenir.
À défaut, le prochain gouvernement ne sera qu’une répétition des erreurs passées, dans un territoire qui, lui, n’a plus le luxe d’attendre.
(Crédit photo : Rémy Artiges/Libération)

